‹ Méthode complète de chant Grégorien d'après les principes de l'École de SolesmesChapitre 151 sur 173 · Les genres de musique sacrée · texte numérisé non relu

Les genres de musique sacrée

3. — Ces qualités se rencontrent au plus haut degré dans le chant grégorien, qui est par conséquent le chant propre de l'Eglise romaine, le seul chant qu'elle ait hérité des anciens pères, chant qu'elle a gardé jalousement pendant des siècles dans ses règles liturgiques et qu'elle propose aux fidèles comme étant directement le sien, qu'elle prescrit exclusivement dans certaines parties de la liturgie, et que les études les plus récentes ont si heureusement restitué dans son intégrité, dans sa pureté.

Pour ces motifs, le chant grégorien a toujours été considéré comme le modèle suprême de la musique sacrée. On peut, en effet, poser avec raison la loi générale que voici : Une composition pour Véglise est d^autant plus sacrée et litîirgique, qu'elle s'approche davantage dans sa marche, dans son inspiration et dans sa saveur^ de la mélodie grégorienne ; elle est d'autant moins digne du temple qu'on la reconnaît plus éloignée de ce suprême modèle.

L'ancien chant grégorien traditionnel devra donc être rétabli largement dans les fonctions du culte, et tout le monde doit tenir pour assuré qu'une fonction ecclésiastique ne perd rien de sa solennité quand elle n'est accompagnée d'aucune autre musique que celle-là.

Que l'on s'efforce en particulier de ramener le peuple à l'usage du chant grégorien, afin que les fidèles prennent de nouveau part plus attentivement aux offices de l'Eglise, ce qu'ils avaient coutume de faire anciennement.

4. — Les qualités susdites sont possédées à un degré excellent par la polyphonie classique, spécialement par l'Ecole Romaine, laquelle atteignit au XVI^ siècle le maximum de sa perfection, grâce à Pierluigi de Palestrina, et continua à produire dans la suite

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des compositions d'un excellent mérite liturgique et musical. La polyphonie classique approche fort bien du modèle suprême de toute musique sacrée, qui est le chant grégorien, et pour cette raison elle a mérité d'être accueillie avec le chant grégorien dans les fonctions les plus solennelles de l'Eglise, telles que celles de la Chapelle Pontificale. Elle devra donc, elle aussi, être rétablie largement dans les fonctions ecclésiastiques, spécialement dans les plus insignes basiliques, dans les églises cathédrales, dans celles des séminaires et des autres institutions ecclésiastiques, où les moyens nécessaires ne font pas d'ordinaire défaut.

5. — L'Eglise a toujours reconnu et favorisé le progrès des arts, en admettant au service du culte tout ce que le génie a su trouver de bon et de beau dans le cours des siècles, à la condition que les règles liturgiques soient toujours respectées. En conséquence, la musique la plus moderne est elle-même admise dans l'Eglise, vu qu'elle offre, elle aussi, des compositions si bonnes et si graves, qu'elles ne sont nullement indignes des fonctions liturgiques.

Néanmoins, comme la musique moderne est principalement employée à des usages profanes, on devra prendre garde, avec une grande attention, que les compositions musicales de style moderne qui sont admises dans les églises ne contiennent rien de profane, n'offrent point de réminiscences de motifs de théâtre, et ne soient point conformes, même dans leurs formes extérieures seulement, à la marche des morceaux profanes.

6. — Parmi les divers genres de musique moderne, celui qui a paru le moins propre à accompagner les fonctions du culte est le style théâtral qui fut en grande vogue durant le dernier siècle, surtout en Italie. Par sa nature, ce style présente la plus grande opposition avec le chant grégorien et la polyphonie classique, et par conséquent avec la loi la plus importante de toute bonne musique sacrée. En outre, la structure intime, le rythme et ce que l'on appelle le conventionnalisme de ce style ne se plient que mal aux exigences de la vraie musique liturgique.

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