‹ Méthode complète de chant Grégorien d'après les principes de l'École de SolesmesChapitre 158 sur 173 · Monsieur le Cardinal · texte numérisé non relu

Monsieur le Cardinal

<L Le désir de voir refleurir partout l'honneur, la dignité et la sainteté des fonctions liturgiques. Nous a déterminé à faire connaître par un écrit personnel quelle est Notre volonté par rapport à la musique sacrée qui aide si largement au service du culte. Nous avons la confiance que tout le monde secondera cette restauration désirée, non pas seulement par cette soumission aveugle, toujours louable en elle-même, avec laquelle on accepte par pur

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esprit d'obéissance des commandements onéreux ou contraires à sa propre façon de penser et de sentir, mais avec cette promptitude de volonté qui naît de la persuasion intime du devoir d'en agir ainsi par des motifs dûment établis, clairs, évidents, irréfutables.

« En effet, pour peu qu'on réfléchisse à la fin très sainte en vue de laquelle l'art a été admis au service du culte, et à la souveraine convenance de n'offrir au Seigneur que des choses bonnes en soi et, autant que possible, excellentes, on reconnaîtra tout de suite que les prescriptions de l'Eglise en ce qui concerne la musique sacrée ne sont autre chose que l'application de ces deux principes fondamentaux. Quand le clergé et les maîtres de chapelle en sont pénétrés, la bonne musique sacrée refleurit spontanément, ainsi qu'on l'a observé et qu'on continue de l'observer en maints endroits.

« Au contraire, quand ces principes sont transgressés, il n'y a ni prières, ni admonitions, ni ordres sévères, fussent-ils répétés, ni menaces de peines canoniques qui réussissent à rien changer; tant la passion et, à son défaut, une honteuse et inexcusable ignorance trouve le moyen d'éluder la volonté de l'Eglise et de maintenir, pendant des années et des années, le même état de choses.

« Cette promptitude de volonté, Nous Nous la promettons d'une façon spéciale, du clergé et des fidèles de Notre chère ville de Rome, centre du christianisme et siège de la suprême autorité de l'Eglise. Il semble, en vérité, que personne ne doive mieux sentir l'influence de Notre parole que ceux qui l'entendent directement de Notre bouche, et que l'exemple d'amoureuse et filiale soumission à Nos invitations paternelles ne devrait être donné par personne avec plus de sollicitude que par la première et plus noble portion du troupeau de Jésus-Christ, à savoir l'Eglise de Rome confiée tout spécialement à Notre charge pastorale d'évêque.

« Ajoutons que cet exemple doit être donné à la face du monde entier. En effet, de partout viennent continuellement ici évêques et fidèles, pour révérer le Vicaire de Jésus-Christ et pour retremper leur esprit en visitant Nos vénérable^ basiliques et les tombes des martyrs et en assistant, avec un redoublement de ferveur, aux solennités qui se célèbrent avec beaucoup de pompe et de splendeur, en tout temps de l'année.

« Optamus ne nioribus nos tris offensi recédant^ disait de son temps Benoît XIV, Notre prédécesseur, dans sa lettre encyclique Annus qui^ où, parlant de la musique sacrée, il dit :

« Nous désirons qu'ils ne retournent pas dans leur patrie^ scandalisés par nos habitudes. »

« Et plus loin, parlant de l'abus des instruments, qui était alors flagrant, le même Pape disait :

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€ Qîielle opÍ7iio7i se formeront de nous^ ceiix qui y venant de pays oîi on ne se sert pas d'insti'uinents dans l'église, les entendront dans nos églises ni phis ni 7noins que cela se pratique dans les théâtres et les endroits profanes ? Il en viendra peut-être d'endroits et de pays où l'on chante et l'on fait du bruit musical, comme aujourd'hui dans nos églises. Mais, s'ils sont gens de bon sens, ils se lamenteront de 7ie pas trouver dans notre musique ce remède aux 7naux de leurs églises qu'ils étaient venus chercher. »

« En d'autres temps, on remarquait peut-être beaucoup moins, dans les musiques qu'on avait coutume d'exécuter dans les églises, leur désaccord avec les lois et les prescriptions ecclésiastiques et peut-être d'aventure, le scandale était-il plus restreint, surtout parce que l'inconvénient était plus répandu et plus général.

« Mais aujourd'hui, quand des hommes illustres se sont appliqués avec tout le zèle à mettre en lumière les règles de la liturgie et celles de l'art pour Le service du culte, lorsque, dans tant d'églises du monde, on a obtenu de si consolants et splendides résultats pour la restauration de la musique sacrée, et cela malgré les très graves difficultés qu'on opposait et qui furent heureusement surmontées; enfin, quand la nécessité d'un changement de choses complet est entrée dans tous les esprits, tout abus dans la matière devient intolérable et doit être écarté.

<L Vous donc. Monsieur le Cardinal, dans la haute fonction que vous occupez à Rome comme Notre Vicaire pour les choses spirituelles, avec la douceur qui vous est propre, avec une fermeté non moindre, vous travaillerez. Nous en avons la certitude, pour que les musiques qui s'exécutent dans les églises et les chapelles, soit par le clergé séculier, soit par le clergé régulier de cette ville de Rome, répondent pleinement à Nos instructions.

« Il y a beaucoup de choses qu'il faut écarter ou corriger dans les chants des Messes, des litanies de la sainte Vierge, de l'hymne eucharistique; mais ce qui a besoin d'un renouvellement complet, c'est le chant des Vêpres dans les fêtes qui se célèbrent dans diverses églises et basiliques.

*L On ne rencontre plus les prescriptions liturgiques du Cérémonial des évêques et les belles traditions musicales de la classique école romaine. A la pieuse psalmodie du clergé que le peuple lui-même accompagnait, on a substitué d'interminables compositions musicales sur les paroles des psaumes, toutes fuguées à la manière des vieilles œuvres théâtrales, et d'une si pauvre valeur artistique qu'on ne les tolérerait pas dans les concerts profanes de médiocre mérite. La dévotion et la piété chrétiennes n'en reçoivent à coup sûr aucun accroissement : on satisfait ainsi la curiosité de certaines gens peu intelligents, mais le grand nombre en reçoit plutôt du dégoût et du scandale, et l'on s'étonne qu'un si grand abus dure encore.

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« Nous donc, Nous voulons que cet abus disparaisse absolument et que la solennité des Vêpres soit entièrement célébrée selon les règles que Nous avons indiquées.

« Les basiliques patriarcales donneront l'exemple, grâce aux soins minutieux et au zèle éclairé de MM. les Cardinaux qui sont à leur tête, et ainsi feront ensuite les basiliques mineures, les églises collégiales et paroissiales comme les églises et chapelles des ordres religieux.

« Pour vous, Monsieur le Cardinal, n'usez pas d'indulgence et ne souffrez aucun délai. A différer, la difficulté ne diminue pas, elle augmente, et, puisque la chose est à faire, qu'on la fasse immédiatement, résolument. Que tous aient confiance en Nous et en Notre parole, qui emporte avec elle la grâce et la bénédiction céleste.

« Tout d'abord la nouveauté produira de l'étonnement chez quelques-uns des maîtres de chapelle et des directeurs de chœur ; mais peu à peu la chose prendra d'elle-même, et, dans la parfaite correspondance de la musique aux règles liturgiques et à la nature de la psalmodie, tous découvriront une beauté et une bonté qui leur avaient échappé tout d'abord.

« Il est vrai, la solennité des Vêpres sera ainsi notablement raccourcie. Mais si les recteurs des églises veulent, en quelque circonstance, prolonger un peu les fonctions, afin de retenir le peuple qui a si louablement coutume, aux heures des Vêpres, de se rendre à l'église où l'on célèbre la fête, rien n'empêche — et ce sera même autant de gagné pour l'édification et la piété des fidèles — que l'on fasse suivre les Vêpres d'un sermon approprié et qu'on les termine par une bénédiction solennelle du Très-Saint-Sacrement.

« Nous désirons enfin que la musique sacrée soit cultivée avec un soin spécial et dans une mesure convenable dans tous les séminaires et collèges ecclésiastiques de Rome, où il y a une troupe si nombreuse et si choisie de jeunes clercs venus de toutes les parties du monde pour se former aux sciences sacrées et au véritable esprit ecclésiastique. Nous savons, et cela Nous est d'un grand réconfort, que, dans plusieurs établissements, la musique sacrée est tellement florissante qu'ils peuvent servir de modèle aux autres. Mais certains séminaires et certains collèges, soit par l'incurie des supérieurs, soit par l'incapacité ou le mauvais goût des personnes auxquelles sont confiées l'instruction du chant et la direction de la musique sacrée, laissent beaucoup à désirer.

« Vous voudrez donc bien. Monsieur le Cardinal, pourvoir encore à cela de toute votre sollicitude, en insistant surtout pour que, selon les prescriptions du concile de Trente et d'autres innombrables conciles provinciaux et diocésains de toutes les parties du monde, le chant grégorien soit étudié avec une diligence spéciale et ordinairement préféré dans les cérémonies publiques et privées de l'établissement.

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« A dire vrai, en d'autres temps, le chant grégorien était devenu méconnaissable, ses livres ayant été corrigés, altérés, tronqués. Mais les études longues et attentives qu'y ont apportées des hommes remarquables qui ont bien mérité de l'art sacré, ont changé la face des choses. Le chant grégorien ramené d'une manière si satisfaisante à sa pureté primitive, tel qu'il fut transmis par nos pères et qu'il se trouve dans les manuscrits des diverses églises apparaît doux, suave, très facile à apprendre et d'une beauté si nouvelle et inattendue qu'il ne tarde pas à exciter un véritable enthousiasme chez les jeunes chanteurs. Or, quand l'amour entre dans l'accomplissement du devoir, tout se fait avec plus d'entrain et avec un fruit plus durable.

« Nous voulons donc que, dans tous les collèges et séminaires de cette très haute ville de Rome, on introduise de nouveau le très antique chant romain, qui résonnait autrefois dans nos églises et basiliques et faisait les délices des générations passées, aux plus beaux temps de la piété chrétienne. Et, comme autrefois ce chant s'était, de Rome, répandu dans toutes les autres Eglises d'Occident, ainsi Nous souhaitons ardemment que les jeunes clercs, instruits sous nos yeux, le reportent et le répandent de nouveau dans leurs diocèses quand ils y retournent comme prêtres pour travailler à la gloire de Dieu.

« Notre âme se réjouit d'édicter ces dispositions, quand Nous sommes sur le point de célébrer le XI 11^ centenaire de la mort du grand et incomparable Pape, saint Grégoire le Grand, à qui une tradition ecclésiastique de plusieurs siècles attribue la composition de ces saintes mélodies auxquelles même on a appliqué son nom. Que Nos très chers jeunes gens s'exercent diligemment à ces mélodies. Il Nous sera très agréable de les entendre si, comme on Nous l'a rapporté, ils se réunissent ensemble, lors des prochaines fêtes du centenaire, dans la basilique vaticane, auprès de la tombe du saint Pape, afin d'exécuter les mélodies grégoriennes durant la sainte fonction liturgique que Nous célébrerons, s'il plaît à Dieu, en cette heureuse circonstance.

« En attendant, comme témoignage de Notre particulière bienveillance, recevez. Monsieur le Cardinal, la Bénédiction apostolique que Nous donnons du fond du cœur à vous, au clergé et à tout Notre peuple bien aimé.

« Du Vatican, en la fête de l'Immaculée, l'année 1903.

« Pie X, Pape. »

458. — Par un décret de la Sacrée Congrégation des Rites, en date du 8 janvier 1904, le même Souverain Pontife ordonnait que son Motu proprio fût reçu avec respect et observé avec soumission

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par toutes les églises, nonobstant les privilèges et exemptions dont on aurait pu se prévaloir.

459. — Le 25 avril de la même année, Pie X publiait un second Motu proprio, celui-ci en vue d'une édition vaticane des livres de chant grégorien. La rédaction en était confiée aux moines de l'abbaye de Solesmes et la révision à une Commission Pontificale présidée par le R"^e \^ Joseph Pothier et dont faisait partie le directeur de l'Ecole de Solesmes, D. André Mocquereau, ainsi que d'autres bénédictins.

460. — Un mois plus tard, le 22 mai, S. S. confirmait au R"^^ P. abbé de Solesmes, D. Paul Delatte, ce qu'elle avait réglé dans son dernier Motu proprio, le remerciait de ses efforts et de son abnégation, et le louait, lui et ses moines, du grand zèle et de l'intelligence qu'ils déployaient dans la poursuite des études liturgiques. « Nous savons, disait le Pape, votre amour de l'Eglise et du Saint-Siège, votre zèle pour la beauté du culte divin, votre fidélité aux saintes prescriptions de la vie monastique. C'est la pratique de ces vertus qui jusqu'à l'heure présente a valu le succès de vos savantes recherches ; c'est elle encore qui les couronnera. A vous les fils de saint Benoît s'applique bien la parole de saint Grégoire sur votre père : Sa doctrine ne pouvait quêtre conforme à sa vie ». Et le Pape ajoutait : « Nous espérons que toutes facilités et tous secours seront accordés à vos études et que les bibliothèques se prêteront à vos recherches des anciens manuscrits ».

461. — Mais, le 24 juin 1905, une lettre de S. E. le cardinal Merry del Val à Dom Pothier venait modifier la marche que la Rédaction et la Commission avaient suivie jusque-là. Le R"^^ Dom Pothier restait seul chargé de l'édition vaticane. Solesmes n'en continua pas moins, pour son propre compte et en prévision de l'avenir, ses travaux grégoriens; car ce ne fut jamais la pensée du Saint-Siège que l'édition typique, qu'il allait donner à l'Eglise, serait le dernier mot de la science.

462. — La première partie de cette édition, le Graduel, parut en 1909. Le 7 août 1907, il avait été précédé d'un décret de la Sacrée Congrégation des Rites qui disait : « Afin que cette édition arrive à être en usage dès maintenant dans toutes les églises, il a été réglé que toutes les autres éditions du chant romain, quelles qu'elles soient, n'étant, d'après les décrets antérieurs, tolérées que pour un temps, elles ne jouissent plus désormais d'aucun droit qui leur permette de remplacer l'édition typique ».

463. — Vint ensuite la publication de l'Office des Défunts et, plus tard, celle de V Antiphonaire diurnal qui fut imposé par décret de la Sacrée Congrégation des Rites, en date du 8 décembre 1912. Voici

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le passage essentiel de ce document : « La Sacrée Congrégation des Rites déclare cette même édition officielle pour tous ceux qui suivent le rite de l'Eglise Romaine, et décrète que désormais les mélodies grégoriennes contenues dans les futures éditions doivent être conformes à cette édition type, sans qu'on puisse déroger aux décrets de la Sacrée Congrégation des Rites en date du 1 1 avril 1911, n. 4263, sur réditiort vaticane et sa repi'oduction dans les livres liturgiques grégoriens^ et du 8 juillet 191 2 relativement à r exécution des ino7iosyllabes ou des mots hébreux dans les leçons^ versets et psaumes.

L'importance de ces deux décrets, que la Sacrée Congrégation des Rites entend sauvegarder, nous engage à les reproduire ici intégralement et dans le texte latin. Le premier est en faveur des signes rythmiques^ et le second approuve la suppression de mediantes rompues réclamée, au nom de la science, de la tradition et de l'art, par l'Ecole de Solesfnes.

C'est ainsi que l'Eglise, soucieuse du légitime progrès des arts, sait toujours et partout le reconnaître et lendre hommage à ses auteurs.

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