‹ Méthode complète de chant Grégorien d'après les principes de l'École de SolesmesChapitre 46 sur 173 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Du rythme.

Avertissement préliminaire. — Qu'est-ce que le rythme : matière et

forme. — Arts de repos et ai'ts de mouvement. — Qu'est-ce qui

détermine lafoi'me du rythme. — Rythme élémentaire ou à temps

simples. — Arsis, thésis. — Temps composé. — Rythjne simple à

temps composés. — Neutralité des groupes. — Rythme composé :

par juxtaposition^ par contraction. — Thésis masculine^ thésis

féminine. — Lictus rythmique. — Différence entre accent^

impulsion et ictus. — L'accent tonique dans ses relations avec le

rythme. — Indivisibilité du temps simple. — Rythme mesuré et

rythme libre. — La mesure. — La syncope. — Accidents du

rythme.

193. — Avant d'entreprendre l'étude du rythme du chant grégorien, il convient de rappeler que ce chant possède une vie propre, que dans sa constitution interne il s'écarte des théories de la musique figurée, et que la langue latine, qu'il accompagne et dont il a épousé le rythme, diffère des langues modernes par des caractères bien distincts.

Cette première observation étant faite, une seconde s'impose. Nous ne pouvons pas procéder à l'application immédiate au chant grégorien des lois générales du rythme, sans avoir préalablement

6Q ,: î r 'LDeuxième Partie.

étudié celui-ci en lui-même, c'est-à-dire « nu, dépouillé de tous ses ornements mélodiques et oratoires ^ ».

« Cette étude est d'autant .pfua nécessaire à notre époque que nombre de musiciens et de métriciens prennent pour des lois absolues du rythme des faits qui n'en sont que des applications spéciales et restreintes à telle langue, à telle espèce de n>.usique. Débrouiller, le rythme de toutes ces matières qui l'enveloppent, l'enlacent et en font- méconnaître la vraie nature : c'est le travail qui doit occuper d'abord l'étudiant 2 ».

Commençons par définir le rythme, et il nous sera ensuite plus facile de le comprendre en expliquant sa matière et sa forme.

. 194. — ■ Le rythme est l'ordonnance du mouvement.

195. — \^2. matière, ce sont les sons et les mouvements des corps.

196. — l^difojnjie, c'est l'ordre par lequel les sons et les mouvements sont mis en relation entre eux.

197. — Nous réduisons ici la uiatière du rythme au son et au mouvement des corps, parce qu'il ne s'agit pas du rythme en tant qu'il peut être considéré dans tous les arts, mais seulement en tant qu'il se rapporte à une catégorie d'arts très déterminée : les arts de moîivevient.

« On sait que chez les Grecs, les arts, au nombre de six, se groupaient en deux triades :

, 1° L'architecture, la sculpture, la peinture; 2^ La musique, la poésie, la danse ou orchestique, « Dans la première triade, le Beau, qui est le but de l'art, est réalisé à Vétat d'arrêt, de repos : ses divers éléments sont juxtaposés dans \Espace; il n'est pas représenté dans un développement successif, mais fixé dans un moment unique de son existence.

« Dans la deuxième triade, le Beau est réalisé à Xétat de rnouvement, par la succession de ses éléments dans le Temps.

« Les premiers, arts de repos, sont en relation avec Y Espace ; les seconds, arts de mouvement, le sont avec le Temps ».

198. — De la définition passons à l'exposition du rythme musical. Et d'abord écartons ce qui ne serait pas conforme au principe que nous avons énoncé, à savoir : que la forme du rythme

^ Cette étude du rythme en lui-même, séparé d'un texte et de toute mélodie, ne peut être faite ici que d'une manière très sommaire. On la trouvera développée avec l'ampleur et l'autorité qu'elle réclame dans le No7nbre musical grégorien.

' Les passages, qui dans les chapitres consacrés au rythme se trouvent entre guillemets, sont cités textuellement de Dom Mocquereau.

ChapitF^j III. 'j^/ÍL)u fYthme. 61)

établit entre ses éléments la reil^tipn :ijiéGessaire pour qu'ilsi forment un seul tout, une eníüé jy^/ipnç^e. . , . < : . .'

Serait-ce, en effet, être conséquent a^vec ce: principe fondamental d'avancer, par exemple, que le rythme consiste dans la succession rapicjeiou lente, dans l'émission forte ou faible, ou dans la qualité phonétique des sons? Serait-ce même; donner l'idée complète du rythme, de dire qu'il réside dans une série, de sons juxtaposés, n'ayant entre eux d'autre relation que celle de la continuité? . i. >

Assurément non; car, dans tous ces cas, nous ne considérons pas les éléments du rythme groupés ensemble et agissant de concert sous l'influence d'un facteur unique qui les dirige. tous vers un but commun, mais nous les envisageons isolés, sans lien entre eux et sans subordination à un élément supérieur, D'un côté, nous n'avons égard qu'à des éléments individuels du rythme, qui sont les qualités que peuvent avoir les sons, et, de l'autre, noUs n'avons en vue qu'une série d'éléments aptes à constituer un rythme, mais qui en seront incapables tant qu*une intelligence d'artiste ne s'en , sera pas emparé pour les coordonner et en former un corps organisé et vivant. Que manque-t-il donc à ces sons, diversement considérés, p6ùf constitue!' un rythme? Il leur manque l'essentiel, la fnri^.ç^qp ce que saint Augustin appelle Vars bene movendi ^.

199. — Qu'est-ce qui détermine la forme du rythme et lui sert de fondement? — Nos propî'es facultés physiques^ intellectuelles et esthétiques.

Pour peu que nous y prenions garde, nous reconnaissons en nous un ensemble de facultés formant comme un sens rythmique qui non seulement juge des rythmes externes déjà existants, mais nous permet encore de créer, subjectivement, des rythmes qui, objecti-

* Voici avec quelle compétence et quelle clarté Mgr Norbert Rousseau définit les rapports que le rythme établit entre les sons : <L Entre une suite de sons juxtaposés et un rythme sonore véritable il y a cette différence qui existe entre un tas de pierres géométriquement agencées et un groupe d'êtres intelligents reunis en sociei¿j¿¿i;i¿able, au sens philosophique du mot. Dans le premier cas, les éléments juxtaposés avec soin peuvent réaliser une formé symétrique agréable à l'œil, mais ce groupement physique d'êtres sans vie n'ont entre eux ni lien, ni relation mutuelle. Au contraire, dans le cas d'une union sociale d'éléments vivants et intelligents, il existe un véritable lien moral qui consiste dans la conspiration vers une même fin, par l'emploi de moyens communs, sous l'impulsion d'une même direction, donnant à cet esse sociale sa réelle formalité. Ainsi dans le groupement des sons rythmés circule une. véritable vie sociale qui, sous l'inspiration du compositeur, unit les éléments dans une conspiration vers une fin harmonieuse déterminée, par l'emploi des qualités que nous savons : durée, force, mélodie, timbre, harmonie. C'est dans cette pensée que plus tard l'auteur du Nombre musical^ en parlant des groupes neumatiques, remarquera leur « caractère éminemment sociable. > Le rythme n'est donc pas une ordonnance de division et de distinction, mais une ordonnance de fusion harmonieuse des mouvements sonores. >

Ecole Grégorienne de Solesmes^ p. 69.

62 Deuxième Partie.

vement, n'existent pas. A cette fin, il cherche des modèles ou des analogies dans les mouvements des corps, c'est-à-dire dans les rythmes infinis que lui offre la nature.

Qu'appelons-nous '}nouve7nent complet d'un corps? Le passage de ce corps de l'activité au repos. Nous disons que nous avons fait un pas quand, après avoir levé le pied, nous le posons de nouveau. De même, quand est-ce que nous aurons, en musique, un mouvement complet? Lorsque la relation entre les sons est telle qu'elle donne à l'un le caractère d'effort, d'élan, de point de départ, et, à l'autre, celui de repos, d'appui, de point d'arrivée. Le second est ainsi la suite naturelle et le complément nécessaire du premier; car, nous venons de le dire, tout mouvement suppose, à son début, un effort qui le met en branle, et tout effort appelle après lui, une détente, un repos.

Cette étroite relation de deux sons entre eux, constituant un mouvement sonore dont l'un est le point de départ, et l'autre, le point d'arrivée : cest toute la genèse du rythme inusicaL

200. Rythme élémentaire ou à temps simples. Pour former un rythme, il n'est donc besoin que de deux temps^ un pour chacune des deux parties dont il se compose. Exemple :

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Qu'on chante plusieurs fois et sans interruption ces trois groupes de sons, ces trois rythmes ; que les deux sons de chaque groupe soient émis sur une note quelconque ou avec une des voyelles, mais sans recourir pour le moment aux paroles, en ayant soin de donner à chacun la durée qui lui est attribuée et en l'accompagnant du geste de la main qui est indiqué. Par ce procédé, on sentira bientôt en soi-même, je ne dis pas naître, mais se réveiller l'idée exacte du rythme, c'est-à-dire l'int-me relation qui existe entre chacun de deux sons : le premier, bref et léger, d'impulsion et d'élan; le second, large et lourd, de repos et d'appui; appui et repos provisoires à la fin des deux premiers rythmes et définitifs au dernier.

201. — La première partie du rythme se nomme a7'sis, et, la seconde, thésis.

Le point d'appui, indiqué par un petit trait vertical au-dessous de la seconde note, est appelé ictus rythmique.

202. — L'exemple précédent nous a fait assister à la genèse du rythme.

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