‹ Méthode curative externe des douleurs rhumatismales, goutteuses, nerveuses; des maladies lymphatiques, et des viscéralgies. Affections nerveuses des viscèresChapitre 53 sur 74 · LA DÉFORMATION DES MEMBRES · texte numérisé non relu

LA DÉFORMATION DES MEMBRES

On attribue, avec raison, le ramollissement des os, ainsi que la déformation des membres et la courbure ou flexion contre nature de la colonne vertébrale, à un vice Iymphatique constitutionnel. Cette cause organique est, il est vrai, le plus souvent principale, mais sous le rapport des courbures et des déviations elle n’est jamais unique ; il en existe une autre dont l’action, toute physique et incessante, imprime la direction vicieuse aux membres comme à la colonne vertébrale ; je veux parler du poids des organes dont les os sont les appuis, et de la contraction des muscles qui s’attachent aux diverses parties de la charpente humaine.

Mon intention n’est pas de disserter sur les causes et Ja pature des déviations et déformations de la colonne vertébrale et des os, ce ne serait pas ici le lieu ; je tiens seulement à justifier, par le raisonnement, une méthode curative de ces affections, qui satisfait à toutes les conditions recherchées sans avoir les inconvéniens des procédés orthopédiques, mal à propos vantés comme omnipotens, tandis qu'ils ne peuvent être employés que dans des cas tout-à-fait spéciaux et seulement comme agens auxiliaires.

La diathèse lymphatique et scrofuleuse doit être considé-

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rée comme une prédisposition particulière aux déviations de la taille et à la déformation des membres, connue sous la dénomination générique de rachitisme , nouures, ostéo-ma-— laxie, tumeurs blanches; mais la plupart des inclinaisons vicieuses de la colonne épinière et des membres, sont alors déterminées par le tiraillement des organes fixés à cet axe du corps, et surtout par l’inégale répartition de la contractilité dans les muscles destinés à mouvoir les membres sur le tronc et le tronc sur lui-même.

Si les fibres musculaires d’un côté sont dans un état de laxité plus grande que celle du côté opposé, la colonne vertébrale, par exemple, sera entraînée par les muscles les plus forts dans la direction opposée aux muscles qui manquent de vitalité, d’où la déviation de la taille.

C’est pour contre-balancer à ce défaut d'équilibre dans la contractilité musculaire, qui n’a pas échappé à l’observation des praticiens, que l’on a conseillé, pour remédier aux déviations commencçantes de la colonne vertébrale, l'emploi de la gymnastique ; mais ce moyen, adopté et préconisé avec un enthousiasme irréfléchi, ne pouvait avoir aucune action utile, au contraire.

La gymnastique n’a pour objet que de favoriser Faction des organes de la locomotion, d'en rendre l'usage plus précis, plus prompt, plus adroit ; mais elle ne développe leur force naturelle qu’à un très faible degré et alors seulement qu'ils se trouvent dans un état de santé parfaite, enfin dans toutes les conditions favorables à leur exercice. La gymnastique est très préjudiciable lorsqu'on l’impose à des organes essentiellement débiles ou qui ne reçoivent pas les élémens de réparation nécessaires à l'accroissement des forces qu’on cherche à y appeler. Et lors même que les muscles ne seraient pas dans des circonstances contraires à leur exercice, il faudrait encore que la gymnastique fût seulement appliquée aux muscles faibles; car si les moyens propres à favoriser l’aceroissement de la contractilité ont une action égale

sur les muscles forts et sur les muscles faibles, ces organes se trouveront toujours dans le même rapport et l'on ne remédiera aucunement à la cause déterminante de la déviaton. "7 :

Quand it convient d'agir sur les membres, certes on peut exercer le plus faible en condamnant le plus fort au repos; mais au torse, il n’y a pas moyen de se conduire ainsi ; bien que les muscles y soient doubles ou symétriques, on ne peut les faire mouvoir séparément. En général ils sont destinés à fonctionner de concert, et par la gymnastique on ne peut arriver à un résultat satisfaisant, cela est évident.

On à proposé l’action simultanée de la gymnastique et des machines orthopédiques ; mais presque dans tous les cas, l'emploi des moyens mécaniques les mieux combinés entraine à sa suite des inconvéniens fort graves, car ces machines torturent les organes et paralysent les forces vitales : aussi ne peuvent-ils être appliqués que dans quelques cas exceptionnels comme agens auxiliaires et non comme curatifs. Une plante fanée ne sera jamais redressée parce que le jardinier aura fixé sa tige autour d'une perche en négligeant de rétablir, par la culture et les soins convenables, la circulation et la vie dans les organes du végétal. Il en est de même pour le redressement des os du corps humain; les machines seules sont toujours impuissantes et souvent meurtrières ; et comme il arrive encore qu’un arbrisseau flétri par la sécheresse, la trop grande humidité ou la privation de la lumière, relève majestueusement sa tête sans autre secours qu'un arrosement opportun, ou son exposition au grand air Ou aux rayons solaires ; de même, sans l'intervention des moyens mécaniques, on parvient le plus souvent, par une médication bien entendue, à redonner aux organes souffrans l’aliment de réparation nécessaire à leur développement et à leur consolidation.

De ces courtes observations, il faut tirer tout de suite cette conséquence qui résume toute notre théorie; c’est que Fon

ne peut obtenir une modification favorable de la contractilité du tissu des muscles, que par une action directe sur ces organes et qu'il faut en même temps modifier la constitution organique générale viciée, en donnant aux humeurs des qualités dont elles sont privées, dans tous les cas où l’on voudra traiter rationnellement et avec toutes les chances de succès possibles, les déviations de la taille comme toutes les courbures des os.

Je démontrerai que la vaporisation, les frictions et massages balsamiques, qui constituent la médication principale que je préconise, remplissent toutes les conditions requises pour combattre les déviations et déformations de la colonne vertébrale et des membres : 1° en neutralisant la cause organique {la diathèse lymphatique) ; 2 en écartant la cause physique (la contractilité inégale des muscles), sans aucun secours mécanique ; 3° enfin en favorisant les efforts salutaires de la nature { l’action vitale), si puissans pendant la période de croissance des corps organisés vivans.

Mais il y a des moyens qui doivent être mis en usage pour favoriser l’action du traitement spécial ; ces moyens peuvent être considérés comme faisant partie du régime alimentaire, car aucun des médicamens que nous prescrivons n’est pris parmi les substances dont l’action énergique peut, dans quelque cas, n'être pas sans inconvéniens, Ainsi nous nous bornons à ordonner, selon les circonstances, l'usage habituel d'une boisson amère {décoction de douce-amère, infusion de houblon) que l’on prend même aux repas, avec du vin vieux de Bordeaux, si les organes digestifs ne fournissent aucune contre-indication. Nous donnons à doses progressives les sirops et électuaires ou conserves toniques, au cachou, au quinquina, ainsi que les préparations ferrugineuses. Selon les circonstances, les teintures cordiales, amères ou martiales sont employées. Enfin, sous ce titre de médication auxiliaire, tout ce qui nous est connu comme propre à modifier l’organisme d’une manière favorable en agissant sur les tissus

et sur les humeurs en général, est successivement conseillé aux malades pendant le cours du traitement spécial.

Rien n'est plus mauvais que d’astreindre les malades à un régime exclusivement végétal ou animal ; au contraire, en composant les repas d’alimens végétaux et animaux, l’on met l'estomac dans les conditions les plus favorables à l’accomplissement de sa fonction, et les organes nutritifs trouvent dans la masse alimentaire tous les matériaux nécessaires à la réparation des pertes que l’économie a éprouvées (1).

Il faut considérer, comme faisant partie intégrante du régime, l'exercice méthodique et calculé qu’il faut recommander aux malades avec les précautions convenables, comme un remède auxiliaire très utile, mais dont il ne faut pas abuser. Si l'exercice est mal réglé, ou poussé jusqu’à la fatigue, il produit un effet contraire à celui que l’on en doit retirer ; c'est pour cela que nous bannissons l'emploi de la symnastique.

il est utile de signaler l'importance que l'on doit mettre dans le choix de l'habitation, la nécessité d’une chambre à coucher vaste, bien aérée et exposée au midi.

(1) Dans les affections Iymphatiques en général, on exclut rigoureusement du régime alimentaire l’usage des végétaux herbacés, des fruits aqueux ou acides, et surtout du laitage. Cependant cette exclusion ne peut être absolue ; il a des circonstances dans lesquelles on reconnaît l'indication Spéciale de ces sortes d’alimens, et où l’on obtient de leur prescription des avantages notables. Mais le médecin peut seul apprécier les cas où ils sont favorables et qui forment, pour ainsi dire, une exception à la règle.

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