‹ Méthode d'oraison: avec une nouvelle forme de méditations pour toute sorte d'étatsChapitre 42 sur 92 · SIXIÈME ENTRETIEN DE DÉVOTION · texte numérisé non relu

SIXIÈME ENTRETIEN DE DÉVOTION

C'est une belle science que celle de savoir aimer Dieu. Il 7 a bien des gens qui ne sauraient méditer^ mais 7 en a-t-il qui ne puissent soupirer! Le soupir est une voix d'amour, qu'on peut appeler la plus belle, la plus forte et la plus éloquente de toutes les prières. C'est comme prient les âmes qui sont blessées de Tamour de Dieu, et qui tendent à l'union; elles ne sauraient plus parler, elles ne font que soupirer. « Filles de Jérusalem, disent-elles dans » leur douleur, soutenei-moi de fleurs, envi- » ronnez-moi de fruils, parce que je languis » d'amour. » Voilà tout le discours qu'elles peuvent faire, puis elles demeurent dans le silence, et ne parlent plus que du cœur, soupirant en respirant, et respirant en soupirant.

Or, quoique cette oraison |soit la dernière disposition pour arriver à l'union, et l'occupation de ceux qui ne sauraient plus méditer,

CHÀMtRÉ XIV. 73

Cependant tout le monde s'en peut servir, et pendant Toraison, et après Foraison : c'est ce que nous appelons oraisons jaculatoires , qui sont autant de traits amoureux qui s'élancent du cœur de l'homme, et qui vont percer le cœur de Dieu.

Cette oraison se fait sans art et sans méthode, c'est Tamour qui l'enseigne; il ne faut point faire de violence à son cœur, mais le laisser en la liberté de dire à Dieu tout ce qu'il lui plaira. Le langage de Tamour est barbare à celui qui n'aime point, dit saint Bernard; mais c'est là le langage qui se parle à la cour du Ciel où règne la charité,

Les actes imprévus sont toujours les meilleurs, ce qui n'empêche pas qu*on ne puisse pendant son oraison s'en proposer quelquesuns; surtout ils sont de saison, lorsque l'âme est dans de grandes sécheresses, qu'elle est tourmentée de distractions, et qu'elle ne trouve rien qui la puisse occuper : c'est alors qu'elle doit se divertir à aimer. Ces aspirations doivent être courtes, principalement quand elles pro cèdent d'un cœur navré d'amour.

« mon Dieu ! ô mon tout ! quand serez- » vous tout à moi? quand serai-je tout à D vous?

» le Dieu de mon âme, qvAe. \ci %\vvs>\v^\iX'Kvx^

7i DE L'ORAISON MENTALE.

» d'être à vous ! ma gloire ! 6 ma vie ! que n« » vous puis-je aimer autant que vous êtes ai- » mable î

» Filles de Jérusalem, dites à mon bien-aimé » que je languis d'amour.

» Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avezvous délaissé ? ah ! je ne le dois point deman- » der, je Vai bien mérité !

)) Mon cœur est prêt, mon Dieu, mon cœur » est prêt à tout; que votre volonté soit faite et » non pas la mienne.

» doux Jésus, regardez-moi d'un œil de )) miséricorde, et bénissez-moi.

» amour des amours, donnez-moi votre » saint amour.

» Oh! faut-il que je vous aie offensé. Dieu de » mon cœur, et père de ma vie !

» Oh ! quand sera-ce que je vous aimerai, que » je vous serai uni, que je vous posséderai? »

On peut produire une infinité d'aspirations semblables, suivant la disposition où l'on se trouve ; et bien que dans la désolation on ne les golite point, cela n'empêche pas qu'elles ne soient au goût de Dieu.

CHAPrrRE XV.

8SFT1SME SNTRbTISN DB DiTOHON.

Il le faut dire encore, la fin de Toraison n'est pas de méditer, mais d'aimer. Les affections valent mieux que les raisonnements, parce qu'elles détachent le cœur des créatures, et l'unissent à Dieu. Il y a toujours du mérite à aimer, il n'y en a pas toujours à méditer. La méditation est un moyto pour exciter TafiFeetion; quand on a la fin, les moyens ne sont plus nécesMdres. Si vous pouvez aimer, je vous dispense de méditer. C'est la disposition où se trouvent les âmes qui ont longtemps combattu leurs passions, qui sont persuadées de toutes lc8 vérités chrétiennes, et qui ont fait beaucoup de progrès en la vertu; celles-là, comme j'ai dit, n'ont plus rien à faire sinon à désirer et à soupirer, jusqu'à ce qu'elles trouvent la fin de leurs soupirs et de leurs désirs, dans la jouissance de leur bien-aimé : Il n'y a pl\i% ^'wcl moment, ob I qu 'il est court \ oli \ qa' W esX\ou%,\

Les personnes avancées doivent produiî*e leurs affections sans art et sans méthode, laissant aller leur cœur aux impressions de Tamour, et aux mouvements du Saint-Esprit; mais ceux qui commencent et qui se trouvent dans rimpuissance de méditer, peuvent s'aider de quelques livres, où les actes de toutes les vertus soient formés, pour leur en faciliter Tusage. En voici quelques-uns quils pourront étendre selon leur dévotion.

Page 1