AVIS
Le chasseur qui a longtemps cherché son gibier^ sent beaucoup de joie quand il le découvre. L'esprit aime ce qu'il a fait, et ce qu'il a eu de la peine à trouver : quand il a foui longtemps en terre, et qu'il y rencontre la source d'eau vive, il y boit avec plaisir.
C'est dans le désert que Dieu fait tomber la manne, et du sein des rochers qu'il tire les eaux pour faire éclater sa puissance et sa bonté. Quand une âme se voit dans un pays stérile et sablonneux ; et quand elle sent, sans y penser, son cœur noyé de consolations, elle reconnaît bien mieux les opérations de la grâce, que si elle était à une table couverte de mets délicieux, ou assise au bord d'une claire fontaine.
Le royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé, qui est fort petit, mais qui échauffe l'estomac quand il est pilé et broyé. Le trésor de la grâce est souvent enfermé dans une seule parole ; la découverte d'une vérité fait plus d'impression sur une âme qui l'a trouvée, que cent qu'on lui a proposées.
11 ne faut donc pas charger son esprit de
trop de matières^ non plus que son estomac de
trop de viandes; autrement i\ iie\^i ^\amX
POUR LES MÉDlTATIONvS SUIVANTES. 95
digérer. C'est pour cela que saint Ignace, ce grand homme d'oraison^ nous a donné, dans ses exercices, des méditations fort courtes; et plus on avance, moins donne-t-il de matière, afin que Tâme mette sa confiance en Dieu, qu'elle lui demande ses lumières, qu'elle applique ses puissances, qu'elle s'humilie dans ses pauvretés, et qu'elle reconnaisse mieux les dons de Dieu, quand elle se voit tout d'un coup enrichie de ses grâces.
C'est aussi ce qui m'a obligé de dresser les méditations suivantes; il y en a pour toutes sortes d'états et de personnes, principalement pour celles qui ont acquis quelque facilité à raisonner.
il faut choisir celle qu'on jugera plus propre à sa disposition et à sa nécessité, et s'arrêter un peu de temps à chaque ligne, puis passer à une autre, comme une abeille de fleur en fleur, jusqu'à ce qu'on ait trouvé le miel de la dévotion.
On peut se servir de ces entretiens en tout temps, en tous, lieux, dans les cabinets, dans les voyages , et lorsqu'on n'a pas la commodité lire d'autres méditations.
Ceux qui veulent faire des TeVta\Vfc^ ôl^ ^"^^
ÔC AVIS PÔUU LES MÉDITATIONS SiriYASTES.
OU de dix jours^ pourront aussi se servir de ces méditations^ qui sont disposées selon les trois états de la vie spirituelle.
La première partie est pour ceux qui commencent, et qui sont dans la vie purgative;
La seconde, pour ceux qui avancent, et qui sont dans la vie illuminative ;
La troisième et la quatrième, pour ceux qui sont plus avancés, et qui sont ou qui aspirent àlavieunitive.
La cinquième, qui est composée de quelques paroles tendres et affectueuses, peut servir à ceux qui se trouvent sans dévotion, et qui ne peuvent s'occuper dans l'oraison ou après la communion, mais principalement aux âmes qui sont dans Tunion.