‹ Méthode de chimieChapitre 52 sur 109 · II. — Corps isoméromorphes · texte numérisé non relu

II. — Corps isoméromorphes

Le chlore et le brome étant isomorphes avec Thydrogène, j^ai cherché à les faire entrer alternativement , par substitution, à la place de Fhydrogène dans diverses substances organiques. Tespérais obtenir, par ce moyen, des corps différents, qui auraient eu et la même composition et la même forme cristalline.

Prenons comme exemple un carbure d^hydrogène = C* H'*. Traité d'abord par le chlore, il pourrait donner C'^ H* Cl ; celui-ci , traité par le brome , donnerait ensuite C** H» B Cl.

En atuquant le carbure C^* H^^, d*abord par le brome , on pourrait obtenir C'^ H* B ; celui-ci , traité par le chlore, donnerait ensuite C^^ H* Cl B.

Il resterait i voir si les deux composés C'^ H* BCl et C'^H'CIB seraient identiques ou non. Dans le cas où ils formeraient deux corps différents, ils seraient probablement isomorphes.

Les essais que j'ai faits dans ce genre sur la naphtaline m'ont donné des résultats très-douteux. Mais on peut employer le procédé suivant, qui, certainement, permettra d'obtenir des corps isomères et isomorphes aussi souvent qu^on le voudra.

Le chlore et le brome peuvent entrer, par substitution , dan)» certaines bases organiques sans en détruire les propriétés alcalines , comme dans Taniline , qui donne une ani- ^ Une chlorée et une aniline broméc. Si Ton combine Tante* ''X^

Une chlorée a\ec Tacide bronihydrique , et l*aniliue bromée avec Facide chlorhjdrique, on obtient deux corps isomères :

qui devront être isomorpbes.

J^ai obtenu deux combinaisons de ce genre avec la cincbonine bichlorée et la cindionme bibromée. Ces deux bases se comUnent avec les bjdracides , en en prenant deux proportions, de sorte que Ton obtient les deux sels suivants:

Bicfalorhjpdritc de dncbonine bibromée. . . Cl' H' + BîbrcMnhvdrate de dncbooine hicUorée. • . Er* H' +

qui sont non-seulement isomères, mais encore isomorphes (i).

lU. CoTf^S

A. ^ constiiution semblable. — Dans cette classe se rangent les corps dont les finminles sont semblables , comme les seb de calcium et de magnésium , les seb de bariiun et de strontium , les sulfites et les aââûates , les chlorures et les bromures, etc.

Rajouterai seulement que, d*aprèsmes expériences , Thydrogène est isomorphe avec le potassiiun.

B. A eonsiùuiion rapprochée ou semblable par kypo-

(i) On pourrait se demander n le mu^puiale ferreux M O' + OF serait identique ou dillerent du ferrate mangmnenx FO' + O Mn. Dans la seconde supposition , ils seraient isomorplies. Mais , eomme il est peu probable que ces deux composés pnisaent exister, on confit néanmoins que la chimie minérale pourrait nous en fournir d'analogues. Le bi-iodure mercuriquc combiné arec le chlorura de potassium donne-t-il , dans toutes les ctrconstances, le même corps que le bicblorure mcrcuriqiie arec Tiodure de potassium V

( »67 ) thèse. Sels d'ammonium. — On sait depuis longtemps que les sels ammoniacaux sont isomorphes avec les sels de potassium, quoiqu'il y ait une très-grande différence dans la composition de ces deux genres de sels.

On connaît également Thypothèse qui a été imaginée pour se rendre compte de cet isomorphisme , hypothèse qui consiste à admettre que l'ammoniaque , plus i atome d^hydrogène ou H^ N , joue le rôle d'un corps simple dans les sels à'ammonùimj je ne le rappelle que pour mémoire.

Composés nàrés. — Beaucoup de substances organiques, mises en présence de Tacide nitrique, perdent de l'hydrogène et absorbent, en échange, son équivalent d'acide hypo-azotique. J'ai remarqué, dans quelques cas, que le composé primitif et le compose nitré sont isomorphes.

On peut se rendre compte de cet isomorphisme , en supposant que l'atome d'hydrogène enlevé a cédé la place qu'il occupait à l'acide hypo-azotique qui vient, en quelque sorte, jouer le rôle de l'hydrogène. Représentons la molécule d'acide hypo-azotique N* O* par X', nous formulerons l'acide phénique et ses dérivés ni très de la manière suivante :

Acide phénique C* H' 0;

Acide phénique binitré. ... C'H^X'O )

Acide phénique trinitré. . . C*H'X'0)* ^

Quant à Tisomorphisme de l'acide phénique avec ses deux dérivés, ses cristaux sont trop peu nets pour que l'on puisse se prononcer affirmativement.

Corps homologues. — Les corps que l'on désigne sous ce nom remplissent les mêmes fonctions chimiques , et diffèrent Tun de l'autre par n fois CH*. Ainsi les acides formique, acétique, propionique, CH'-f-O', C'H*-f-0', C H* -H 0*5 sont des corps homologues.

Il paraîtrait, diaprés les observations que j'ai faites sur l'acétate et le butyrate de cuivre, que certains corps homo~

{ «68) logues peuvent être isomorphes. M. Nicklès a vu, de son côté, que les oxalates d'élhylamine et de méthylamine ont la même forme. On peut attribuer la cause de cet isomorpliisme à la présence des groupes CH', C* H', C* H*, etc. , qui , à Tétat libre et gazeux , occupent le même volume , et qui, en se remplaçant mutuellement dans leurs combinai* sons, n^en altèrent pas le volume gazeux.

L'isomorphisme des corps homologues ne prouve pas, à la vérité, que ceux-ci renferment, tout formés, les groupes CH*, C*H*, C*H*, etc. ; car, k l'aide d'autres hypothèses, on pourrait tout aussi bien concevoir pourquoi ils sont isomorphes. Ainsi , dans la notation ordinaire , on pourrait dire que:

L*acide formique est une combinaison

de formyle (C H») -+■ O» -h H'O ;

L*acide acétique est une combinaison

d'acétyle (O H») -h 0' -h H'O j

L*acide propionique est une combinaison de propîonyle (C« H»») -h O* 4- H'O j

CH*, C^H*, C*H'®, etc., rempliraient les fonctions d'un corps simple, et pourraient se remplacer mutuellement dans leurs combinaisons sans en changer la forme.

Mais au fond, toutes ces hypothèses reviennent au même; elles tendent toutes à faire voir l'analogie qui existe dans la composition des corps homologues, analogie qui se poursuit jusque dans la forme.

Corps divers. — On sait depuis longtemps que le nitrate de soude et le spath calcaire sont isomorphes.

J'ai fait voir que le bîchlorure de naphtaline et le chlorure de naphtaline bromée sont isomorphes.

Dernièrement, M. Rose nous a appris que le nitrate de soude et Targont rouge sont isomorphes avec le spath calcaire , tandis que le nitrate de potasse et la bournonite le sont avec Tarragonitc.

Ou sait encore que les sulfures argendquc et plombique ont la même forme que le sulfure cuivreux.

En employant la notation ordinaire , on ne saisit aucun rapport dans la composition des corps qui forment ces divers groupes. Ainsi l'on a :

Sulfure plombique S Pb' ;

Sulfure argentique S Ag';

Sulfure cuivreux S Cu* ;

Bichlorure de naphtaline ... C* H'< Cl* ; Chlorure de N. broniée C H" Br' Cl' ;

Nitrate de soude N* O'Na^

Spath calcaire CCH Ca';

Argent rouge Sb* S* Ag*;

Nitrate de potasse N* O* K*;

Arragonite CO* Ca';

Boumonite Sb'S« Pb< Cu'.

Quoique nous en ayons déjà parlé, citons encore Facetate, le propionate et le butyrate de cuivre , ou, pour plus de simplicité, les acides de ces sels :

Acide acétique OWO* ;

Acide propionique C H" O* ;

Acide butyrique C'H'^O*.

Comme on le voit, on ne saisit aucune analogie dans la composition des corps isomorphes.

Employons maintenant la notation unitaire et des formules synoptiques (i) ; alors nous aurons :

Sulfure plombique S Pb' ;

Sulfure argentique S Ag' ;

Sulfure cuivreux (cupros.). SCu'; *

(i) Je reviendrai pins loin sur les formules synoptiques; pour le moment, je me borne à dire que, par ces formules, je veui indiquer non quel est l'arrangement des atomes, mais que dans tel corps il est le môme que dans tel autre.

( »7*> ) Bichloi'ure de naphutine. . . C" H' 4- 2 CI'; Chlorure de naphul. bromée C* il' Br -h CV ;

Acide acétique O' + 2 CH»;

Acide propioDÎque O' + 3 CH';

Acide butyrique O^ H- 4CH';

Nitrate de soude N0> + Ka ;

Spath calcaire CO'-f-aCa;

Argent rouge • Sb S^ + 3 Ag;

Nitrate de pousse NO' + K ;

Arragonite CO* 2 Ca ;

Boumonite (cuprosum ) . . • . Sb S^ Pb' Cu.

Uéjà ces formules offrent certains rapprochements, et r introduction du cuprosum nous aide à pénétrer dans une partie du mystère. En effet , si , dans la notation ordinaire, les formules des sulfures cuivreux et cuivrique sont S Cu^ et SCu*, elles deviennent, avec le cuprosum et le cupricum, S Cu* et S eu'. Alors on conçoit pounjuoi le sulfiiro de cuprosum a la même forme que les sulfures plombiquc et argentique , et pourquoi il les remplace dans les cuivres gris , la polybasite, la bournonite et la cuproplombite.

Ainsi, aCu jouent le rôle de Cu. N'est-ce pas la même chose que nous voyons dans les acides acétique, propionîque et butyrique, où 2CH*, 3CH*, 4CH* jouent le même rôle?

Ne peut-on pas rapprocher de ces exemples le bichlorure et le chlorure de naphtaline bromée, qui diilirent l'un de Vautre (abstraction faite du brome, qui est isomorphe avec Thydrogène qu'il remplace) par CP et aCl'?

N'en est-il pas encore de même des nitrates de soude et de potasse, du spath calcaire, de Tarragonite, de Fargent rouge et de la bournonite ?

Nous devrions encore placer ici le bimalate et le bilar-

irate d'ammoniaque qui renferment :

Le premier,

( '7» ) le second ,

OH«0*-|-H»N-hO.

Je ne terminerai pas ce sujet sans faire remarquer que le spath calcaire et le nitrate de soude, si on les note ainsi : CO' Ca* et NO' Na, ont sensiblement le même volume atomique, car celui du premier est à celui du second comme 18,7 est à 19,5.

Je le répète, par les formules que je viens de donner, je ne veux pas expliquer la cause de l'isomorphisme des corps qu'elles représentent, mais seulement signaler certains rapports qui existent dans la composition de ces corps isomorphes.

C. A constitution différente. — Ici Ton peut ranger certains corps isomorphes , comme le diamant et Talun , le quartz et la chabasie, le soufre et le bisulfate a de potasse, le feldspath avec le bisulfate |3 de potasse, etc. , et dans lesqaek on n'entrevoit pour le moment aucun rapprochement chimique.

Ce n*est peut-être qu'un isomorphisme de hasard. Cependant, je ne puis résister au désir de comparer encore les formules du feldspath et du bisulfate de potasse. Dans la notation ordinaire , ces deux sels renferment :

(Si O* -+- OK) 4- (3SiO* 4- APO*),

(SO* -h OK) -h (SO» + OH*).

Ces deux formules n'offrent aucun rapport. Si nous les transcrivons dans la notation unitaire, nous aurons alors les rapports suivants :

et

Si-'0»(KAl^), ou bien, en écrivant SiO,

Si«0''(KAr).

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