‹ Méthode de dédoublement personnelChapitre 31 sur 32 · I. - CRITIQUE PARTICULIÈRE DE CHAQUE EXPÉRIENCE · texte numérisé non relu

I. - CRITIQUE PARTICULIÈRE DE CHAQUE EXPÉRIENCE

N° 1. — Il est à remarquer que cette première expérience semble, si j’ose me permettre cette expression, être venue à son heure. Mes carnets conservent trace, pendant les mois qui précèdent, d’un nombre considérable de rêves très clairs. Le jour même qui s’écoula avant la nuit du phénomène, j’étais allé entendre, à la Société Théosophique de France , une conférence de M. Ludovic Réhault, sur 1’ « Amour », qui m’avait porté à un haut degré d’enthousiasme. Toutefois, si je n’avais pas eu la chance d’avoir une amie clairvoyante, il m’aurait fallu attendre jusqu’au 15 octobre suivant, avant de pouvoir contrôler un « rêve » correspondant à une réalité ignorée (expérience n° 12).

N° 2. — C’est la première des expériences volontaires non concertée. Elle n’ofïre de remarquable que l’exagération de l’effort de volonté.

N° 3. — Expérience en deux temps; première partie concertée, deuxième partie non concertée. Les apparences de boule et de carré confirment ce fait que le corps astral (et sans doute aussi le double éthérique) peut prendre n’importe qu’elle forme: géométrique, animale, humaine, grandie ou diminuée.

La seconde partie de l’expérience contient un curieux exemple de représentation symbolique: le mauve et le rose sont les couleurs de la dévotion et de l’affection; d’autre part la pensée d’aide, de secours, paraît s’êtrfe concrétisée en ceinture de sauvetage.

Quant à rencontrer « de l’autre côté » une personne défunte, surtout dans la semaine qui suit le décès , c’est

sans doute une opération dont la réussite n’est l’apanage que d’êtres très avancés. Ou plutôt, si ce fait se produit, ine nous est-il pas encore permis d’en rapporter, dans le cerveau physique, le total souvenir.

N° 4. — Une partie du double éthérique semble avoir accompagné l’astral, et l’avoir gêné; d’où ce geste des bras de « chasser quelque chose d’autour de la tête ».

À noter que Mme A., après l’expérience n° 3, m’avait -conseillé de me condenser le plus possible. Ce sont peutêtre mes efforts dans ce but qui ont provoqué cette contraction, cet aspect compact , du fantôme.

Toutefois, l’apparence neigeuse paraît plutôt le fait du double éthérique.

N° 5. — La théorie occulte affirme qu’une montagne astrale n’est un obstacle que si l’on croit qu’elle en est un. D’autre part, quelle peut être l’influence du verre {carreaux) dans ces phénomènes qui semblent avoir tant de rapports avec l’électricité?

C’est l’impossibilité de traverser ces carreaux que je me suis rappelée au cours de l’expérience relatée par M. Daverne dans le numéro de Psijchica du 15 décembre 1923, et c’est ce souvenir qui m’a gêné pour traverser le mur.

N° ç — L’étude de la fameuse question du vêtement des apparitions, tant des vivants que des morts, reçoit ici une modeste contribution. En l’espèce, je n’ai pas ♦spécialement « pensé » aux vêtements; des expériences que j’ai tentées dans ce sens (apparition en smoking, ou avec un chapeau de clown) ont échoué. D’autres personnes en ont réussi avec Mme A.

N° 7. — Symbologie à comparer avec celle de l’essai n° 3. A noter cependant un élément entièrement nouveau: le contact des ailes sur les épaules de Mme A. D’autre part, quelle est la bonne explication de la contradiction entre: « sans toucher le parquet » et « la jeune fille a entendu craquer le plancher? »

Le double n’est-il pas perçu en entier, les pieds étant moins formés que le reste?

Y a-t-il des projections de force psychique?

Le double n’a-t-il pris, terre que dans la chambre voisine?

N° 8. — Même contradiction que dans Inexpérience ci-dessus.

Ici, le triple voyage du fantôme, constaté par deux: personnes qui ne s’étaient pas concertées, semble bien éliminer l’hypothèse de la suggestion.

Remarquer que la personne désignée sous le nom d’Alice a vu « quelque chose de vaporeux, de couleur blanchâtre », la troisième fois, c’est-à-dire celle où le fantôme était « une forme plus précise ».

N° 9. — Cette expérience est la seule de la première section qui n’ait peut-être pas eu lieu à Fétat du sommeil naturel (voir la parenthèse du 2e alinéa, partie A). C’est également la seule de cette série où le souvenir a été rapporté dans le cerveau physique.

11 est bon de souligner en passant la prudence de Mme A.: — « J’ai préféré laisser cette intuition... etc...».

Je consacrerai un paragraphe, dans la critique d’ensemble, à cette singulière question du mode de perception.

N° 10. — Je me permets d’insister sur le sang-froid de l’observatrice, critiquant la « vision » au moment même de sa perception, et vérifiant l’heure.

N° 11. — Je sais que de bienveillants critiques ne manqueront pas de rapprocher la notation: « Repas carné et copieux à midi » de cette autre: « Deux fois, je me suis senti partir, etc... ».

Eh bien, non! Il n’existe aucun rapport entre la délicieuse impression du dédoublement et l’angoisse stomacale; entre la sensation de planer et celle de tomber.

En revanche, il existe peut-être un lien entre la question nourriture et la question matérialité de l’apparition,. « presqu’aussi matérialisée qu’une main de chair ».

N° 12. — Première des expériences involontaires, à Fétat de rêve, qui ait pu faire l’objet d’une vérification. Je n’ai encore jamais essayé d’aller volontairement à un endroit donné, pendant le sommeil du corps physique*

à l’exception, bien entendu, des expériences tentées avec Mipe A.

N° 13. — Expérience exécutée sans aucun avertissement à A. D., simplement pour passer le temps, et parce que le sommeil ne venait pas.

N° 14. — A noter que M. Noël ne m’avait signalé qu’une seule chose nouvelle chez lui. Il m’a expliqué, depuis, que par « chose nouvelle » il entendait le meuble à colonnes torses. La seconde nouveauté que constituait le buste de bronze vert ne lui était pas venue à l’esprit.

Je n’ignore pas que j’ai pu, inconsciemment, remarquer physiquement la fêlure du plat, et prendre pour une information clairvoyante ce qui faisait partie de mon contenu mental. A cette observation, je puis toutefois répondre que ma vue défectueuse a fort bien pu m’empêcher d’apercevoir cette fente d’un plat accroché assez haut, et cela même avec nies verres. Je suis en effet astigmate et ne distingue que très mal les lignes minces horizontales.

N° 15. — Rien à signaler, si ce n’est l’étrangeté de cette inspection d’une cuisine inconnue.

Nos 16, 17, et 18. — Je rappelle encore une fois la rigueur du procédé employé pour ces trois essais: numérotage et rédaction des perceptions sur la colonne de gauche d’un agenda dont je remplissais la colonne de droite, le lendemain même de l’expérience, sous les yeux de A. I>. et conformément à ses indications.

Les nos 17 et 18 sont de timides essais de perception du passé.

N° 19. — Même observation que pour le n° 13.

N° 20. — A noter: 1° L’éloignement; 2° La multiplicité des rêves, la diversité de leurs objets et des personnes auxquelles ils se rapportaient (cette nuit-là, j’ai noté encore trois autres rêves, mais dont deux sont vraisem-, bîablement incontrôlables); Prémonition. C’est d’ailleurs le seul rêve prémonitoire à échéance lointaine que j’aie pu contrôler, en ce qui me concerne.

§ 2. — Critique, d’ensemble

a) Pourquoi classer ces phénomènes sous l’étiquette

dédoublement » et pourquoi « dédoublement personnel »

J’ai rangé ces expériences dans cette catégorie pour Jes raisons suivantes:

A l’exception de celles qui ont eu lieu sous forme de

rêves », aucune ne me paraît pouvoir être expliquée d’une façon suffisante par la seule hypothèse de la télépathie.

Le double a été vu, dans les 11 premières tentatives, par Mme A., au cours de chaque expérience (dont la première, ne l’oublions pas, s’est produite absolument en dehors de la volonté des participants).

Il a également été vu par la jeune fille désignée sous le nom d’Alice, qui n’est point une «voyante» (n° 8).

Il a été entendu par Mme A. (n° 3), par Alice (n° 7 et 18), par MM. Noël, Le Cour et leur ami (n° 14).

Il a touché Mme A. (n° 7) et le plat de faïence (n° 14).

Au point de vue subjectif, la sensation éprouvée par f expérimentateur, lors d’un essai de dédoublement personnel, à l’état de veille, est totalement différente de Fimpression ressentie au cours d’un exercice de « psychométrie » par exemple.

La première est celle d’un immense bien-être presque physique; la seconde ressemble plutôt à une concentration intellectuelle.

Lorsqu’on est dérangé au cours d’une «psychométrie», on éprouve un désagrément analogue à celui que provoque l’interruption brutale d’une lecture passionnante.

Lorsqu’on l’est au cours d’un dédoublement à l’état de veille, on reçoit au plexus solaire un choc comparable à un coup de poing, suivi de hoquets, de bâillements et de suffocation.

Je pense qu’une commotion soudaine — porte ouverte brusquement, par exemple — survenant au moment où le dédoublement passe par sa phase maximum, pourrait entraîner la mort de f opérateur.

Enfin, par dédoublement « personnel ». j’entends celui où un seul individu est en cause, par opposition aux expériences dans lesquelles un magnétiseur extrait successivement du corps physique les principes supérieurs y contenus.

b) Pourquoi des « rêves » figurent-ils sous ta rubrique « dédoublement » ?

Parce que la sensation éprouvée pendant le sommeil,, lorsque se produit un songe du genre de ceux racontés plus haut, ressemble d’une façon curieuse à celle que produit l’extérioration à l’état de veille;

Parce que les renseignements fournis à la conscience,, en « rêve », sont reçus d’une manière analogue au mode d’information en « dédoublement ».

Toutefois, et j’estime cette observation importante, les données du rêve sont, chez moi, toujours plus erronées, plus défigurées, que celles du dédoublement, et voici ce qui me paraît en être la raison:

Pendant le sommeil, le contrôle de l’Etre Intérieur (Esprit, Ego, ou telle appellation que chacun préfère) sur le cerveau physique est très diminué, sinon supprimé, et ce dernier amalgamé les notions venues du dehors avec les souvenirs ou les préoccupations du jour.

En l’état, si particulier, du dédoublement à l’état de veille, au contraire, le contrôle reste presque entier, et le choix entre un produit de l’imagination ou de la mémoire et un « impact » extérieur continue d’être possible.

Ceci m’amène à tâcher d’expliquer:

c) Comment se présentent les perceptions?

De deux façons, avec tous les degrés intermédiaires entre ces deux façons.

1° On voit « comme dans la réalité ». C’est ce qui a lieu dans les rêves. Pour ma part, j’ignore encore ce mode de vision lorsque je me dédouble à l’état de veille.

2° On « sait ». Relire l’explication si claire de Mme A. (n° 9).

3° Parmi les degrés intermédiaires, notons, en allant du supérieur à l’inférieur:

— ce que j’appellerai la vision verte , c’est-à-dire la perception, sous les paupières closes, de figures diverses, le plus généralement de couleur verte, un vert tirant sur le bleuâtre. Ces figures sont souvent géométriques, parfois ce sont des visages, des portions de 'visages. La pensée peut en modifier la forme, mais difficilement — pour moi, du moins — la couleur.

— le simple linéament, figurant vaguement le contour d’un objet, accompagné de la connaissance de cet objet (n° 14).

N. B. — L’éclat de ces visions est comparable à celui des phosphènes. 11 lui est souvent supérieur, parfois inférieur. Il m’est arrivé de constater la présence simultanée d’un phosphène et d’une « vision », le premier .passant lentement au travers de la seconde.

Quel rapport y a-t-il, s’il y en a un, entre ce phénomène et l’apparition des figures dites liypnagogiques? et entre ces « visions » et la vision « par-optique » ?

§ 3. — Conclusions

Au point où j’en suis arrivé (et bien que les expériences ci-dessus exposées nt puissent être considérées que comme des résultats embryonnaires), je considère comme acquise la certitude que l’Etre humain peut se dédouibler à volonté.

Le double peut rapporter dans le cerveau physique le souvenir de ce qu’il a vu ou fait.

Un entraînement rigoureux, un régime de vie approprié, peuvent sans doute accroître (jusqu’à quel point?) les potentialités du double.

Ce que je voudrais, maintenant, c’est, laissant de côté provisoirement les questions conscience et souvenir, entreprendre une série d’expériences nouvelles qui poursuivrait, cette fois, un but purement matériel.

Autrement dit, si un chercheur — un de ceux qui ne redoutent pas d’interminables suites d’échecs — est milieux, comme moi, de renouveler les expériences que relate Lancelin, par exemple, je me mets entièrement à sa disposition pour:

— Photographie -du double.

— Apposition d’un doigt sur une plaque de verre saupoudrée de talc.

— Action sur un appareil extra-sensible.

— Expériences avec des colorants.

Enfin toutes tentatives, déjà connues ou nouvelles, en vue de vérifier Vobjectiuité du double, et d’étudier jusqu’à quel point peut être poussée son objectivation.

Un mot de conseil, pour finir, à celles ou à ceux qui voudraient essayer à leur tour ces fascinantes possibilités.

Lisez et relisez l’ouvrage de Lancelin. Méditez-le. Gravez-vous dans la tête tout ce qui y est dit des dangers multiples de ce genre d’expérimentation.

Enfin, souvenez-vous toujours que tout pouvoir nouveau ne nous est donné que pour aider les antres.

Pierre Laelèche. »

Enfin, dans le n° de décembre 1925 de Psijchica, M. P. Laflèche donne le récit contrôlé d’une dernière expérience dont l’issue a été une complète réussite.

« Vingt-deux: expériences de dédoublement personnel, effectuées par moi, tant à l’état de sommeil normal qu’à l’état de veille, ont été publiées dans les numéros de Psijchica des 15 décembre 1922, 15 avril, 15 mai et 15 novembre 1924.

Les lecteurs qui ont bien voulu s’intéresser à ces récits seront peut-être satisfaits de trouver ici le compte-rendu d’une nouvelle réussite, sans contredit la plus complète de toutes celles que j’ai pu enregistrer jusqu’à ce jour.

Il s’agit, cette fois, d’une expérience à l’état de sommeil, remarquable en ce que la perception du double , par la personne à laquelle il rendit visite, mit en jeu trois sens: la vue, l’ouïe, le toucher.

La percipiente est Mlle M. F., infirmière militaire de lrc classe pendant la guerre, et actuellement infirmière privée, profession qui exige du sang-froid et le contrôle

de soi-même. Elle demeure, comme moi, à Paris. Nosarrondissements respectifs se touchent.

L’expérience eut lieu dans la nuit du dimanche 8 au lundi 9 février 1925.

Le dimanche matin, circonstance qui me paraît devoir être retenue, j’avais entendu une allocution d’un esprit particulièrement élevé, qui m’avait beaucoup ému.

D’autre part Mlle M. F. avait récemment entrepris* dans un dessein très noble, une série d’efforts dans lesquels je désirais l’encourager. Sachant Mlle M. F. douée de facultés de clairvoyance, je résolus de les mettre à contribution.

Dès la fin de janvier, nous avions convenu, elle et moi* qu’elle se préparerait à « voir », chaque nuit, à onze heures; les dates de mes tentatives d’extériorisation étant toutefois laissées à ma seule initiative, de façon qu’elles pussent conserver un certain imprévu.

Donc, le 8 février, en me couchant, vers onze heures* je décidai de me rendre « en astral », sitôt endormi, auprès de Mlle M. F. et de lui dire, faisant allusion à la tâche qu’elle avait commencée:

— « C'est bien. Continuez! »

Je me concentrai de toutes mes forces sur le monoïdéisme choisi, écartant même le désir de rapporter un souvenir de mon expédition. Je m’endormis enfin, après avoir cherché le sommeil assez longtemps. De fait, le double ne conserva aucune mémoire du phénomène.

Voici le compte-rendu écrit de Mlle M. F.

9 février 1925.

« J’avais passé la soirée chez Mme X. et m’étais cou- « chée vers une heure du matin.

«Une veilleuse près de moi, je me tenais immobile, les « yeux clos, sans dormir encore, j’en suis certaine, quand « je perçus une ombre entre moi et la veilleuse. J’ouvris « les yeux et me dressai. suit mon lit; mais j’avais reste senti une telle émotion que je retombai sur mon oreil- « 1er.

« Je reconnus très distinctement la figure et le haut du « corps de M. Laflèche. Comme j’avais le bras gauche « sur les draps, le fantôme me prit la main et je sentis « très bien les deux derniers doigts de sa main gauche « dans ma paume. En même temps, il me disait: « C’est « bien. Continuez! »

« Aui moment où je reconnus la figure de mon visiteur, « je me ressaisis. Quant la vision eut disparu, je restai « encore un moment les yeux de nouveau fermés, me « sentant très paisible.

« Il me semble bien qu’alors le réveil marquait 1 h.1/2.»

Je crois bon de souligner les points suivants:

a) Le phénomène s’est passé à la lumière d’une veilleuse, ou, plus exactement, d’une lampe pigeon.

b) Mlle M. F., quoique s’attendant depuis plusieurs jours à un phénomène (l’heure convenue était, il est vrai, dépassée) et quoique professionnellement habituée aux émotions, a ressenti une surprise violente.

c) Le fantôme a prononcé exactement les mots prescrits par ma volonté.

Ces trois faits paraissent bien établir la réalité objective du phénomène, qui aurait peut-être même pu être perçu par une personne non voyante. Ils montrent en outre le danger qu’il y aurait à pratiquer ce genre de manifestations auprès de personnes impressionnables ou sujettes à des troubles cardiaques.

Le caractère matériel du fantôme aurait pu permettre, semble-t-il, de léser celui-ci (ainsi que l’explique M. Lanceïin) et de prouver certains des risques graves que, de son côté, encourt l’opérateur.

Pierre Laflèche.

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