PARTIE CLINIQUE
Je pense qu’il n’est jamais venu à l’idée de personne d’attribuer à un remède la propriété de transformer en tissus appelés à vivre des produits absolument morts et parfois doublement infectés. Or, les injections modificatrices ont des propriétés irritantes ; cette irritation est réparatrice et de bon aloi lorsque les tissus possèdent une vitalité suffisante; elles amènent, au contraire, une réaction plus forte lorsque les tissus mous ou le squelette sont arrivés à cette phase de mortification qui fait que l’économie doit en être débarrassée. Les injections m’ont paru donner un coup de fouet et provoquer un état subaigu d’où naît l’indication opératoire ou plutôt qui la rend plus évidente.
Je m'explique : Dans un très grand nombre de cas de tuberculoses ostéo-articulaires, ganglionnaires, etc., on hésite à faire une opération et on hésite encore davantage sur le choix de l'opération, parce qu’on ne peut apprécier suffisamment bien l’état dans lequel sont les parties ; on ne connaît pas exactement l’étendue des désordres et on ne sait pas davantage s’il y a des séquestres, des cavités osseuses, etc.
La méthode que j’appelle sclérogène produit ici un autre effet ; comme dans les cas précédents, elle sclérose les tissus mous moins altérés, fongosités, etc., qui entourent le séquestre, mais elle semble provoquer une désagrégation plus complète des amas caséeux.
Il paraît se développer dans ces derniers foyers, comme immédiatement autour des séquestres, un état inflammatoire qui se caractérise par des phénomènes phlegmoneux aboutissant à un abcès. La température du sujet, en s’élevant d’un degré environ, indique la nature du travail qui s’effectue.
Comme exemple à l’appui de cette opinon, je citerai trois observations.
La première montre un gros ganglion dont j’ignorais l’état anatomique; y avait-il du caséum ou non? Aucun symptôme ne permettait de l’affirmer. Le traitement y rendit évident un abcès. De même dans la seconde, une inflammation suppurative s’empara des fongosités et conduisit à l’extirpation de séquestres et finalement à l’évidement de l’épiphyse du tibia. Dans un troisième cas enfin ( spina ventosa), l’injection amena un abcès périosseux sous lequel on trouva le corps tout entier d’une phalange nécrosée qui fut extrait en même temps qu’on ouvrit l’abcès; la guérison fut prompte.
Ainsi, d’une part, on transforme une partie des tissus envahis
TRANSFORMATION DES PRODUITS TUBERCULEUX
et on est appelé à agir sur les autres parties dans la mesure qui convient, qui est nécessaire dirais-je, sans exagération dans l’acte opératoire, mais sans diminution non plus ; généralement d’ailleurs, même avec le désir de faire plus, on fera plutôt moins et on sera appelé plus lard à achever l’œuvre par des opérations successives.
Quoi qu’il en soit, les opérations ne sont en aucune manière supprimées ; mais elles ne s’adaptent plus, comme on cherche à le faire par les autres méthodes, à une formule unique. Les désordres tuberculeux se montrent avec une variété infinie que le siège, la période du mal, le traitement employé même, expliquent surabondamment ; dans ces conditions, il convient de chercher la guérison en détruisant tous les foyers sans doute, mais aussi en conservant des parties ce qui est sain, qui sera utile et contribuera souvent au maintien partiel, sinon intégral, d’une fonction importante.
Une autre considération me semble devoir appuyer celte pratique. Les opérations d’extraction de séquestres, de résections partielles ou très étendues, d’ouvertures d’abcès, doivent être dorénavant envisagées comme complémentaires de la méthode et non point comme des opérations fondamentales ; on ne les pratiquera désormais qu’après avoir fait la sclérose des parties molles et même de certaines régions du squelette, ce qui veut dire qu’on n’interviendra parles méthodes sanglantes que dans des conditions nouvelles et que je considère comme avantageuses. En effet, la sclérose des tissus avec ses oblitérations vasculaires, ferme la porte à l’auto-infeclion de l’économie par le bacille tuberculeux ou à d’autres infections. Or, si l’antisepsie peut quelque chose contre les agents des infections secondaires, elle ne peut lien encore contre le bacille; qu’on se rappelle la mémorable élude, enrichie de si nombreux faits depuis sa divulgation, de Yerneuil à ce sujet.
Je compare les opérations sur les os dans le cas qui m occupe à celles qu’on pratique dans les ostéomyélites à partir d un à deux mois du début. La sclérose osseuse à ce moment est faite ou s’achève; aussi pourrait-on entreprendre toutes sortes d opérations sur des os ainsi transformés, sans précautions antiseptiques, chose que je déconseille d’ailleurs; tandis qu’on ne saurait assez s’entourer de garanties pour une simple ostéotomie sui lus os
ordinaires c’est-à-dire non sclérosés.
Je résume en quelques mots les considérations cliniques précédentes qui viennent de montrer les indications de la méthode