DE LA GRADATION
Après avoir développe un à un les éléments qui forment Le style d'exécution, il nous reste encore à parler de leur application dans les ensembles .
Pour donner aux morceaux d'ensemble la perfection du coloris qui Leur est propre., la raison a é labli une loi absolue: c'est ce qu!on appelle la gradation; cette loi commande à l'exécutant de soutenir l'intérêt d'un morceau jusqu'à son dénouement.
Ce résultat s obtient tour à tour par la variété des nuances, par l'intensité' de l'expression et de Pac cent, et surtout parla puissance et la largeur du son. Ainsi dans un cantabile., lorsque la même phrase se répète, si sa eouleur est solennelle, on doit dès le début mesurer la gradalion,J\)ouv eu augmenter la ma. jesté a chaque période.
Si Le caractère du chant est gracieux, la phrase doit subir la même progression en élégance
Enfin, si un morceau est d'une nature vive, il doit gagner encore en animation..
Mais pour en me'nagei l'effet et pour qu'il soit plus frappant, l'artiste en exposera la mélodie avec simplicité dans les premières périodes, pour reporter toute l'accentuation sur la lermi.iaison, afin que la transition, devenant plus sensible, donne à la dernièré impression qui reste dans la mémoire tout l'esprit ile la pensée musicale..
Nous n'exceptons pas de ce principe Les œuvres dont Le début demande beaucoup de force et une grande vi gueur, ce qui n'est que passager; car cette phrase exécutée, Le morceau rentre bientôt sous les lois de la gradation.
Celte loi, qui renferme le secret du coloris des ensembles, s'applique également aux périodes, aux phrases et aux traits; en un mol à tout ce qui a une expression ascendante.
Chaque morceau, chaque période, chaque phrase a son apogée d'effet qu'il faut rendre, sous peine d'en altérer la pense'e. Ce n'est point par une ascension froide et régulière qu'on arrive à cebut,car l'effet serait manqué s'il n'était amené' parla transition.
Ainsi par comparaisonLen suivant une pente unie qui part de la plaine pour atteindre le point cuLmiuant du ne montagne, on arrive au faîte insensiblement et sans émotion, ce voyage est nous osons le dire monotone.
Mais si l'on suit une pente longtemps ménagée, dont rascendanee,très peu sentie d'abord, s'augmente ensuite au fur et à mesure que l'on approche du sommet, la gravitation devient abrupte, pittoresque , accidentée, et son imprévu procure cette émotion désirée, qui augmente les plaisirs du voyage. Ainsi se produit cet ellet de lau et de spontanéité qui fait le charme de la musi-que.