‹ Méthode de violonChapitre 18 sur 127 · PRELIMINAIRES SUR LA POSE · texte numérisé non relu

PRELIMINAIRES SUR LA POSE

Dans les arts, comme dans les métiers, le travail le plus important, celui ou lelève doit apporter le plus de soins est sans contredit le début. 11 est bien difficile, sinon impossible, à l'élève devenu maître, de se défaire complètement des mauvaises habitudes qu'il a contractées dans les premiers pas de sa carrière. Lorsqu'on commence l'étude du Violon, on doit surtout observer avec une attention soutenue, les premières indications sur la pose du corps , le mouvement de l'archet et celui des doigts .

La pose étant intelligemment établie sous la direction du professeur, l'élève s'attachera à conserver la .plus grande élasticité dans les mouvements du bras droit et de la main gauche , en même temps que la plus rigoureuse immobilité du corps et de la tele.

Pendant les premières leçons, lelève doit se reposer fréquemment-, d'abord, pour s'habituer à reprendre avec facilité la pose méthodique ; ensuite , pour éviter les impatiences nerveuses et l'engourdissement qui sont inhérents à une immobilité longtemps soutenue.

On comprendra que la sévérité de ces principes ne s'applique qu'à l'étude du mécanisme seulement ; elle n'à rien d'absolu , ni de systématique pour l'élève devenu maître. Si telle était notre pensée, on pourrait nous objecter avec raison:

«Qu'un soliste ne saurait conserver l'immobilité froide d'une statue; que le maintien, qui « convient à un début ferme et résolu , ne peut être conservé dans un chant tendre et «passionné; et que, dès lors, l'artiste doit modifier son attitude, pour suivre insensi- « blement les nuances du morceau qu'il exécute ; qu'il doit avoir l'air pénétré , convaincu, « du sujet qu'il traite ; et qu'il faut , enfin , que son âme semble s'exhaler dans les sons «de l'instrument qu'il touche, pour convaincre et charmer son auditoire.»

Nous savons tout cela-, mais nous savons aussi que ce n'est qu'une longue expérience et un sentiment exquis de la grâce et du beau qui puisse comprendre ces nuances infinies, sans que l'artiste s'écarte du naturel. Ce je ne sais quoi, qu'on appelle la manière, ne doit point préoccuper l'élève; lorsqu'il sera pénétré du sentiment vrai , tous les secrets de l'art, ceux de plaire aux yeux comme à l'intelligence., se manifesteront a lui sans qu'il lui en coûte ni souci , ni travail.

Or , l'artiste , quelque soit sa force , doit , sans cesse , revenir à l'immobilité , à la rigidité du principe dans ses études intimes , comme le seul moyen de se garantir contre l'exagération des mouvements qui provient toujours de l'imperfection du mécanisme, ou du désir immodéré de produire de l'effet, au préjudice du bon goût et de la vérité:

Rien n'est beau que le vrai, le vrai seul est aimable.

Page 1