DES NUANCES GRADUEES DE L'ARCHET
L'élève s'élaïU exercé à produire les grandes oppositions du fort au faible, dans les sons soutenus que nous avons développés a la page 70, aura déjà vaincu une partie des difficultés que présentent les nuances graduées.
Quoique ce genre d'exercice s'acquiert surtout par la pratique., il est néanmoins nécessaire que le raisonnement en dirige le travail, pour ne point tomber dans une affectation inévitable.
Nous avons déjà dit plus haut qu'il y avait deux manières principales de nuancer le son i°. La gradation, en aug-
mentant dans toute l'étendue de l'archet, ou l'inverse. Exemples
2°. La réunion de ces deux effets de crescendo et 'de decrescendo dans le même coup d'archet. Exemple:
De ces deux façons d'exercer les sons filés, la 1? nous parait la plus utile, la seule indispensable. La seconde ne peut et ne doit être appliquée, en tout cas, qu'aux notes prolongées.
Si on faisait I emploi trop fréquent de ces inflexions d'archet aux notes de courte durée, ce travail dégénérerait en une manière qui, au point de vue du coloris, aurait de graves inconvénients.
Cette façon d'enfler le son, ver*» le milieu de chaque coup daichet, répand sur le jeu une moootomie insoutenable,qui; détrtiîf toute la largeur du style.
Le violoniste doit éviter d'user son coloris sur une noie seule. L'expression doit embrasser une phrase toute entière; ei la noyer dans les détails de cette phrase, c'est perdre l'effet de la gradation. Les nuances trop fréquentes, trop détaillées fatiguent l'attention et, par cela même, manquent leur but. (*)
Nous avons déjà parlé de légalité progressive comme dlme condition nécessaire de la gradation. Pour la rendre plus palpable, nous établissons ici dans le même coup d'archet une série de notes rapides, dont la grosseur indique en même temps, dans sa progression, la force de son qui lui est relative .
Il faudra, pour qu'il y ait égaîité parfaite de progression, que ces notes soient rangées dans un ordre parfait et présentent à l'oeil cette gradation rigoureuse d'un collier de perles.
Pour faire ce que nous appelons un son soutenu avec une égalité progressive, il faut que l'élève se figure toutes les notes de l'exemple ci -dessus fondues en une seule.
C'est cette grande égalité qui fait la beauté du jeu . Elle est en musique ce qu'est dans le dessin la pureté des conlours. Pour obtenir l'égalité progressive? il faut promener moëlleusement l'archet sur la corde.
Nous ferons remarquer que Fïntensité du son dépend de plusieurs moyens réunis qui consistent: 1? dans le rapprochement de l'archet près du chevalet, 2? Du degré de sa pression sur les cordes, et 3° de son mouvement plus ou moins accéléré. Mais il faut que ces moyens soient employés dans une juste proportion. Il est clair que si l'on approche trop l'archet du chevalet sans l'appuyer suffisamment, la corde -sifflera, si l'archet ne marche pas assez vite en raison de son poids, elle grincera; enfin, si on lui imprime un mouvement trop rapide, on épuisera ses ressources^ il n'y aura pas de sons filés possibles.
C'est là qu'est tout le secret mécanique * de la nuance et de la couleur.
O Nota : BieTi que les observations que nous plaçons ici entrent dans le domaine du style d'exécution, nous aVous juge nécessaire de les émettre dans cet article po-ur prévenir Téleve contre une habitude, qui presque toujours dégénère en défaut.