DERNIER CONSEIL DE LA SECONDE PARTIE
Nous terminons cette seoonde partie par des considérations que nous jugeons de. la plus haute importance, puisque sans elles un violoniste ne sera jamais qu'un artiste incomplet.
Ces exercices qui sont en quelque sorte le corollaire, qui unit l'exécution à la composition, se résument en trois: 1" L'élève arrive au degré de force que nous venons d'expliqûer, doit, pour se familiariser avec la musique, copier, copier encore, copier toujours les mêmes morceaux, afin de se les bien classer dans la mémoire. Quand il les sait par coeur, son intelligence s'habitue à les raisonner; ce genre de travail est le premier degré qui conduit à la composition pratique.
9.'! L'élève devra apprendre un peu de Piano. Cet instrument facile et complet, lui révélera tous les secrets de l'harmonie. L' expérience lui amènera chaque Jour une découverte nouvelle, soit pour se rappeler ce qOftl aura en tendu, soit pour trouver une mélodie. L'avantage du piano se fera mieux sentir que nous ne saurions l'expliquer î- \ci; mais un élève déjà artiste peut facilement se rendre compte de toutes les ressources qu'on peut tirer de cet instrument.
31! C'est sur cette troisième considération.- Le Prélude, que nous recommandons à i'élève de s'appesantir.
Le Prélude complète le talent de l'artiste.- il conduit à l'improvisation, puis à la composition. Préluder, c'est s'habitueç. à cette aisance, à ce laisser aller qu'on aime à retrouver chez un exécutant. Mais' celui qui ne prélude jamais peut" être, sans doute un lecteur correct, mais un lecteur froid: son jeu manque de cette heureuse initiative qui donne à l'artiste cet air inspiré qui charme et captive.
Au point de vue du' mécanisme, le prélude est le répertoire des effets du violoniste^ c'est par lui qu'il ajoute un trait à un autre. L'instrument qui lui même se ressent de cette liberté d'action, obéit sous les doigts du maître et gagne en sonorité.
Le Prélude est un arsenal que l'artiste enrichit chaque jour d'un trait nouveau, qu'il sait employer à point 'pour toucher ses auditeurs .
Le Prélude donne la désinvolture, la hardiesse^ c'est lui qui revêt les exécutants de ce que les italiens appellent la maestria, que nous nommerons volontiers la crânerie du talent.
L'artiste est heureux de pouvoir trouver dans ses propres ressources, les expressions assorties dont il compose ses oeuvres. Par une visible attraction, il s'anime peu à peu, et passe insensiblement du Prélude à l'improvisation. Son imagination, livrée à elle-même, ne connaît bientôt plus de hornes^ ce n'est plus un violon qui parle, mais un orchestre tout entier. Sa fougue entraîne l'archet obéissant qui pareourt, impétueux les cordes, frissonnantes, d'où s'échappent des flots d'harmonie et des torrents darpéges .
L'artiste a marché vers la sublimité! Mais que restera-t-il s'il n'a pas confié au papier les fruits de son imagination? Si sa plume reste muette, jl regrettera ses ^çnsées fugitives, dont il ne retrouvera plus la trace. Il recommencera souvent cette expérience, avant d'avoir conquis assez d'empire sur lui même pour abandonner l'instrument qui palpite encore, et confier au papier ses heureuses inspirations. Là est le dernier obstacle qui sépare l'improvisateur du compositeur. C'est en vain que l'artiste craint que ce temps d'arrêt ne refroidisse sa verve. Ce repos, au contraire lui donnera une nouvelle force. La satisfaction de voir sa pensée écrite redoublera son courage, et losqu'il resaisira soh instrument, il arrivera sans effort à compléter l'oeuvre de son génie.
MANIÈRE DE PRELUDER
La preinière chose à observer avant de préluder, c'est de bien étàblir sa pose, ne point se presser et d'accorder son instrument avec fermeté et. prestesse.
Il faut en second lien que ce que Ton va faire soit bien établi dans la pensée, nvant de passer dams les doigts, pour ne point commencer au hazafd des traits qui peuvent vous conduire dans une impasse. H est prudent de choisir des traits en raccourci, de prendre des temps d'arrêt, de faire peu à la fois, de lier toutes ces choses entr' elles, malgré la diversité de leur forme, poikr que tout soit parfait par la justesse et la pre'cision.
Afin de faire valoir son instrument, on devra choisir d'abord les tonalités les plus sonores, telles que $ol,re,lri, mi. et celles qui ont le plus de cordes à vide% et qui sont d'une intonation plus facile et plus brillante.