‹ Méthode dé̀quitation basée sur de nouveaux principes augmentée de documents inédits; de rapports officiels en faveur de làpplication de la méthode aux chevaux de troupesChapitre 26 sur 61 · DE LEORS CAUSES ET DR LEURS EFFETS · texte numérisé non relu

DE LEORS CAUSES ET DR LEURS EFFETS

L'adresse profite avec raison de tous ses stratagèmes pour entraîner dans le piège la violence qui la tient emprisonnée.

(Paut-Temps équettre$.)

Le cheval, comme tous les êtres organisés, est doué d'un poids et d'une force qui lui sont propres. Le poids, inhérent à la matière constitutive de Tanimal, rend sa masse inerte et tend à la fixer au sol. La force, au contraire, par la faculté qu'elle lui donne de mobiliser ce poids, de le diviser, de le transférer de Tune à 1 autre de ses parties, communique le mouvement à tout son être, en détermine l'équilibre, la vitesse, la direction.

Pour rendre cette vérité palpable, supposons un cheval au repos. Son corps sera dans un parfait équilibre, si chacun de ses membres supporte exactement la part de poids qui lui est dévolue dans cette position. S'il veut se porter en avant au pas, il devra préalablement transférer sur les jambes qui resteront fixées au sol le poids qui pèse

sur celle qu'il en détachera la première. Il en sera de même pour les autres allures, la translation s'opérant au trot, d'une diagonale à l'autre; au galop, de l'avant à l'arrière-main, et réciproquement. Il ne faut donc jamais confondre le poids avec la force : celle-ci est déterminante, l'autre lui est subordonné. C'est en reportant le poids sur telles ou telles extrémités que la force les mobilise ou les fixe. La lenteur ou la vitesse des translations détermine les différentes allures, qui sont elles-mêmes justes ou fausses, égales ou inégales, suivant que ces translations s'exécutent avec justesse ou irrégularité.

On comprend que cette puissance motrice se subdivise à l'infini, puisqu'elle est répartie sur tous les muscles de l'animal. Quand ce dernier en « détermine lui-même l'emploi, les forces sont instinctives; je les appelle transmises (1) lors-

(1) Plusieurs pamphlétaires \rbs-irudits et profonds anatomUlet ont beaucoup discuté sur cette expression : foreet transmises, n'ayant, disaientrils agréablement, rien trouvé de semblable dans les chevaux qu'ils avaient écorchés à l'école d'Alfort. On reconnaîtra sans doute avec moi que cette bouffonnerie est fort concluante.

Pour parier sérieusement, je déclare qu'en employant l'expression transmises, je ne prétends pas créer des forces en principe, mais seulement en fait. Je parviens à diriger et à utiliser des forces qui, par suite de contractions et de résistances, demeuraient complètement inertes, et qui seraient conséquemment comme si elles n'étaient pas. N'estce donc point là une espèce de transmission? Au surplus, j'ai adopté ce mot tant épilogué parce qu'il m'a paru propre à rendre mon idée * ptas clairement que tout autre, et parce que je m'adressais à des ecuvers. non à des Duristes acadéiuiaues.

qu'elles émanent du cavalier. Dans le premier cas, l'homme, dominé par son cheval, reste le jouet de ses caprices; dans le second, au contraire, il en fait un instrument docile, soumis à toutes les impulsions de sa volonté. Le cheval, dès qu'il est monté, ne doit donc plus agir que par des forces transmises. L'application constante de ce principe constitue le vrai talent de l'écuyer.

Mais un tel résultat ne peut s'obtenir instantanément. Le jeune cheval, habitué à régler lui-même, dans sa liberté, l'emploi de ses ressorts, se soumettra d'abord avec peine à l'influence étrangère qui viendra en disposer sans partage. Une lutte s'engagera nécessairement entre le cheval el le cavalier ; celui-ci sera vaincu s'il ne possède l'énergie, la patience, et surtout les connaissances nécessaires pour parvenir à ses fins. Les forces de l'animal étant l'élément sur lequel l'écuyer doit agir principalement pour les dompter d'abord et les diriger ensuite, c'est sur. elles avant tout qu'il lui importe de fixer son attention. 11 étudiera ce qu'elles sont, d'où elles émanent, les parties où elles se contractent le plus pour la résistance, les causes physiques qui peuvent occasionner ces contractions. Dès qu'il saura à quoi s'en tenir sur ce point, il n'emploiera envers son élève que des procédés en rapport avec la nature de ce dernier, et les progrès seront alors rapides.

Malheureusement, on chercherait en vain dans

les auteurs anciens et modernes qui ont écrit sur l'équitation, je ne dirai pas des principes rationnels, mais même des données quelconques sur ce qui se rattache aux forces du cheval. Tous ont bien parlé de résistances, d'oppositions, de légèreté, d'équilibre; mais aucun n'a su nous dire ce qui cause ces résistances, comment on peut les combattre, les détruire, et obtenir cette légèreté, cet équilibre, qu'ils nous recommandent si instamment. C'est cette grave lacune qui a jeté sur les principes de l'équitation tant de doutes et d'obscurité; c'est elle qui a rendu cet art station naire pendant si longtemps; c'est cette lacune enfin que je crois être parvenu à combler.

£t> d'abord, je pose en principe que toutes les résistances des jeunes chevaux proviennent, en premier lieu, d'une cause physique, et que cette cause ne devient morale que par la maladresse, l'ignorance ou la brutalité du cavalier. En effet, outre la roideur naturelle, commune à tous ces animaux, chacun d eux a une conformation particulière dont le plus ou le moins de perfection constitue le degré d'harmonie existant entre les forces et le poids. Le défaut de celte harmonie occasionne la disgrâce des allures, la difficulté des mouvements, en un mot, tous les obstacles à une bonne éducation. A l'état libre, quelle que soit la mauvaise structure du cheval, l'instinct seul lui suffira pour disposer ses forces de manière à maintenir

son équilibre; mais il est des mouvements qui lui seront impossibles jusqu'à ce qu'un travail préparatoire l ait misa même de suppléer aux défectuosités de son organisation par un emploi mieux combiné de sa puissance motrice (1). Un cheval ne se met en mouvement qu'à la suite d'une position donnée ; s'il est des forces qui s'opposent à cette position, il faut donc les annuler d'abord, , pour les remplacer par celles qui pourront seules la déterminer.

Or, je le demande, si, avant d'avoir surmonté ces premiers obstacles, le cavalier vient y ajouter le poids de son propre corps et ses exigences ineptes, l'animal n'éprouvera-t-il pas une difficulté plus

(1) J'engage beaucoup les amateurs désireux de suivre mes préceptes dans tout ce qu'ils ont de naturel et de méthodique, à bien prendre garde d'y mêler des moyens pratiques qui y sont étrangers et contraires. Dans le nombre de ces grotesques inventions se trouve placé le jockey anglais ou l'homme de bois, auquel de graves auteurs ont attribué des propriétés que la saine équitation réprouve ; en effet, la force permanente du bridon dans la bouche du cheval est une géne et non pas un avis ; elle lui apprend à revenir sur lui-môme en s'acculant, pour en éviter la sujétion. À l'aide de cette force brutale, il connaîtra de bonne heure comment il peut éviter les effets de main du cavalier.

C'est à cheval, et par de justes et progressives oppositions de main et de jambes, que l'on trouvera des résultats prompts et infaillibles, résultats qui seront tous en faveur du mécanisme et de l'intelligence du cavalier. Si le cheval présentait quelques difficultés dangereuses, un second cavalier, à l'aide du caveçon, produirait une action suffisante sur le moral du cheval, pour donner le temps à celui qui le monte d'agir physiquement, afin de disposer la masse dans le sens du mouvement qu'on veut exiger. Mais, on le voit, il faut une intelligence pour parler intelligiblement au cheval, etnonpasune machine fonctionnant sans moteur.

grande encore pour exécuter certains mouvements ? les efforls qu'on fera pour F y astreindre, étant contraires à sa nature, ne devront-ils pas se briser contre cet obstacle insurmontable ? il résistera naturellement, et avec d'autant plus d'avantage, que la mauvaise répartition de ses forces suffira à elle seule pour paralyser celles du cavalier. La résistance émane donc ici d'une cause physique : cette cause devient morale dès l'instant où, la lutte se continuant avec les mêmes procédés, le cheval commence à combiner lui-même les moyens de se soustraire au supplice qu'on lui impose, lorsqu'on veut ainsi forcer des ressorts qu'on n'a pas assouplis d'avance.

Quand les choses en sont là, elles ne peuvent qu'empirer. Le cavalier, dégoûté bientôt de l'im- 4 puissance de ses efforts, rejettera sur le cheval la responsabilité de sa propre ignorance; il flétrira du nom de rosse un animal qui possédait peut-être de brillantes ressources, et dont, avec plus de discernement et d'aptitude, il aurait pu faire une monture aussi docile dans son caractère que gracieuse et agréable dans ses allures. J'ai remarqué souvent que les chevaux réputés indomptables sont ceux qui développent le plus d'énergie et de vigueur dès qu'on a su remédier aux inconvénients physiques qui empêchaient leur essor. Quant à ceux que, malgré leur mauvaise conformation, on finit par soumettre avec un pareil système à un

semblant d'obéissance, il faut en rendre grâce à la mollesse seule de leur nature ; s'ils veulent bien s'astreindre à quelques exercices des plus simples, c'est à condition qu'on n'exigera pas davantage, car ils retrouveraient bien vite leur énergie pour . résister à des prétentions plus élevées. Le cavalier pourra donc les faire marcher aux différentes allures ; mais quel décousu, quel roideur, quel disgracieux dans leurs mouvements, et quel ridicule de semblables coursiers ne jettent-ils pas sur le malheureux qu'ils ballottent et entraînent ainsi à leur gré, bien plus qu'ils ne se laissent diriger par lui ! Cet état de choses est tout naturel, puisqu'on n'a pas détruit la cause première qui l'engendre : la mauvaise répartition des forces et la roideur, produites par la mauvaise conformation.

Mais, va-t-on m' objecter, puisque vous reconnaissez que ces difficultés tiennent à la conformation du cheval, comment est-il possible d'y remédier? Vous n'avez probablement pas la prétention de changer la structure de l'animal et de réformer l'œuvre de la nature? Non, sans doute; mais, tout en convenant qu'il est impossible de donner plus d'ampleur a une poitrine étroite, d'allonger une encolure trop courte, d'abaisser une croupe élevée, de raccourcir et d'étoffer des reins longs, faibles et étroits, je n'en soutiens pas moins que, si je détruis les contractions diverses occasionnées par ces vices physiques, si j'assouplis les muscles» si

je me rends maître des forces au point d'en disposer à volonté, il me sera facile de prévenir ces résistances, de donner plus de ressort aux parties faibles, de mondérer celles qui sont trop vigoureuses, et de suppléer ainsi aux mauvais effets d'une nature imparfaite.

De pareils résultats, je ne crains pas de le dire, furent et demeurent interdits à jamais aux anciennes méthodes. Mais si la science de ceux qui professent d'après les vieux errements vient toujours se briser contre le grand nombre des chevaux défectueux, on trouve malheureusement quelques chevaux qui, par la perfection de leur organisation et la facilité d'éducaiionqui en résulte, contribuent puissamment à perpétuer les routines impuissantes, si funestes au progrès de l'équitation. Un cheval bien constitué est celui dont toutes parties, régulièrement organisées, amènent l'équilibre parfait de rensemble.il serait aussi difficile à un pareil sujet de sortir de cet équilibre naturel, pour prend re une fausse position et se défendre, qu'il est pénible d'abord au cheval mal constitué de rentrer dans celte juste répartition des forces sans laquelle on ne peut espérer aucune régularité de mouvements.

C'est donc dans l'éducation de ces derniers animaux seulement que consistent les véritables difficultés de l'équitation. Chez les autres, le dressage doit être, pour ainsi dire, instantané, puisque tous les ressorts étant à leur place, il ne reste plus

qu'a les faire mouvoir; ce résultat s'obtient toujours avec ma méthode. Les anciens principes cependant exigent deux et trois ans pour y parvenir; et lorsqu'à force de tâtonnements et d'incertitudes l'écuyer doué de quelque tact et de quelque pratique finit par habituer le cheval à obéir aux impressions qui lui sont communiquées, il croit avoir surmonté de grandes difficultés, et attribue à son savoir faire un état naturel que de bons principes auraient procuré en quelques jours. Puis, comme l'animal continue à déployer dans tous ses mouvements la grâce et la légèreté naturelles à sa belle conformation, le cavalier ne se fait nul scrupule de s'en approprier le mérite, se montrant alors aussi présomptueux qu'il était injuste lorsqu'il voulait rendre le cheval mal constitué responsable de l'inefficacité de ses efforts.

Si nous admettons une fois ces vérités :

Que l'éducation du cheval consiste dans la domination complète de ses forces ;

Qu'on ne peut disposer des forces qu'en annulant toutes les résistances ;

Et que les résistances ont leur source dans les contractions occasionnées par les vices physiques ;

Il ne s'agira plus que de rechercher les parties où s'opèrent ces contractions, afin d'essayer de les combattre et de les faire disparaître.

De longues et consciencieuses, observations

m'ont démontré que, quel que soit le vice de con-

formation qui s'oppose dans le cheval à la juste répartition des forces, c'est toujours sur l'encolure que s'en fait ressentir l'effet le plus immédiat. Pas de faux mouvement, pas de résistance qui ne soient précédés par la contraction de cette partie de l'animal ; et comme la mâchoire est intimement liée à l'encolure, la roideur de l'une se communique instantanément à l'autre. Ces deux points sont l'arcboutantsur lequel s'appuie le cheval pour annuler tous les efforts du cavalier. On conçoit facilement l'obstacle immense qu'ils doivent présenter aux impulsions de ce dernier, puisque l'encolure et la tète étant les deux leviers principaux par lesquels on détermine et dirige l'animal, il est impossible de rien obtenir de lui tant qu'on ne sera pas entièrement maître de ces premiers et indispensables moyens d'action. À Tarrière-main, les parties où les forces se contractent le plus pour les résistances sont les reins et la croupe (les hanches).

Les contractions de ces deux extrémités opposées sont mutuellement les unes pour les autres causes et effets : c'est-à-dire que la roideur de l'encolure amène celle des hanches, et réciproquement On peut donc les combattre l'une par l'autre; et dès qu'on aura réussi à les annuler, dès qu'on aura rétabli l'équilibre et l'harmonie qu'elles empêchaient entre l'avant et l'arrière-main, l'éducation du cheval sera à moitié faite. Je vais iudiquer par quels moyens on y parviendra infailliblement.

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