‹ Méthode dé̀quitation basée sur de nouveaux principes augmentée de documents inédits; de rapports officiels en faveur de làpplication de la méthode aux chevaux de troupesChapitre 40 sur 61 · DU TROT · texte numérisé non relu

DU TROT

La volubilité du langage ne doit pas en détruira

l'harmonie ni diminuer la netteté des pensées.

[Patte-Tetnp$ éque$tre$.)

Le cavalier engagera d'abord cette allure trèamodéréinent, en suivant exactement les mêmes principes que pour le pas. Il maintiendra son cheval parfaitement léger, sans oublior que plus l'allure est vi\e, plus l'animal a de disposition à retomber dans ses contractions naturelles. La main devra donc redoubler d'habileté, afin de conserver toujours liantes la tète et l'encolure, sans nuire cependant à l'impulsion nécessaire au mouvement. Les jambes seconderont légèrement les mains, et le cheval, renfermé entre ces deux barrières qui ne feront obstacle qu'à ses mauvaises dispositions, développera bientôt toutes ses belles facultés, et acquerra, avec la cadence du mouve* ment, la grâce, l'extension et la sûreté inhérentes à la légèreté de l'ensemble.

Quoique plusieurs personnes, qui n'ont pas voulu se donner la peine d'approfondir ma méthode, aient prétendu qu'elle s'oppose à la grande vitesaei du trot, il u'ea reste pas moins prouvé que

le cheval bien équilibré peut trotter plus vile que celui qui n'a pas cet avantage. J'en ai donné la preuve toutes les fois qu'on a bien voulu me la demander; mais c'est en vain que j'ai essayé de faire comprendre ce qui constitue l'allure du trot, et quelles sont les conditions indispensables pour la régularité de son exécution. Ainsi, il m'est arrivé, dans une course dont j'étais juge, d'annuler le pari, et de prouver que les prétendus trotteurs ne trottaient pas réellement, mais qu'ils allaient le traquenard.

La condition indispensable à un bon trotteur est l'équilibre parfait du corps, équilibre qui entretient le mouvement régulier des bipèdes diagonaux, leur donne une élévation et une extension égales, avec une légèreté telle, que l'animal peut exécuter facilement tous les changements de direction, se ralentir, s'arrêter, ou accélérer sans effort sa vitesse. Le devant alors n'a pas l'air de traîner à la remorque le derrière, qui s'en éloigne le plus possible; tout devient aisé, gracieux pour le cheval, parce que ses forces, étant bien harmonisées, permettent au cavalier de les disposer de manière à ce qu'elles se prêtent un secours mutuel et constant.

Il me serait impossible de citer le nombre de chevaux qui m'ont été envoyés pour les dresser, et dont les allures avaient été tellement faussées, qu'il leur était impossible d'exécuter un seul temps

de trot. Quelques leçons m ont toujours suffi pour remeure ces animaux à des allures régulières, et Toici par quels moyens :

La difficulté qu'éprouve le cheval pour se conserver uni à l'allure du trot provient presque toujours de l'arrière-main. Soit que cette partie ait une construction faible, ou que les ressources trop supérieures de lavant-main en paralysent les ressorts, toujours est-il que, comme c'est elle qui reçoit le choc et donne l'élan, ses effets, dans l'un ou l'autre cas, restent impuissants et rendent par suite le mouvement irrégulier (1). Il y a donc faiblesse

(i) Je ne sois pas de l'avis des connaisseurs qui s'imaginent que les qualités du cheval, ainsi que l'accélération de son trot, dépendent principalement de l'élévation du garrot. Je pense que, pour que le cheval soit brillant et régulier dans ses mouvements, il faut que la croupe soit de niveau avec le garrot ; telle était la construction des anciens chevaux anglais. Certains chevaux à la mode, appelés sleppeurs, sont construits d'une façon tout à fait opposée, ceux-ci bataillent du devant et traînent le derrière ; les chevaux à croupe basse ou à garrot trop élevé par rapport à la croupe étaient recherchés de préférence par les anciens écuyers, ils sont encore en faveur de nos jours parmi les amateurs d'équitation. Les écuyers allemands ont également une prédilection marquée pour ces sortes de conformations, bien qu'elles soient contraires à l'énergie de la croupe* au parfait équilibre du cheval et au jeu régulier des extrémités. Ce vice de construction (car c'en est un) a été peu remarqué jusqu'à présent; il est cependant capital, car il apporte un retard réel dans l'éducation du cheval. En effet, on est alors obligé, pour rendre ses mouvements uniformes, de baisser l'encolure, afin que l'espèce de bras de levier qu'elle représente serve à dégager le poids dont le derrière se trouve trop surchargé. Je dois dire encore que ce changement de position ou d'équilibre ne s'obtient qu'à l'aide de mes principes ; je fais connaître la cause et les effets, et j'indique en même temps les moyens : n'est-ce pas ainsi que tous les auteurs devraient procéder?

dans une extrémité, ou excédant de force dans l'autre. Le remède dans les deux cas sera le même, à savoir : l'affaissement de l'encolure, qui, en diminuant la puissance de l'avantanain, rétablit l'équilibre entre les deux parties. Nous avons pratiqué cet assouplissement à pied, et il sera facile de l'obtenir à cheval. On voit ici quelle est l'utilité de cette flexion perpendiculaire qui permet de placer sur un même niveau les forces des deux extrémités opposées du cheval, pour les harmoniser entre elles, et amener la régularité de leurs fonctions. Le cheval étant ainsi placé, ses extrémités antérieures et postérieures auront le temps de passer de la flexion à l'extension avant que le poids du corps les force à reprendre leur appui.

La pratique bien entendue de ce principe et de quelques autres que je développe dans cet ouvrage permettra de ranger sur la ligne des che~ vaux de choix des animaux que leur infériorité faisait considérer comme des rosses, et que les anciennes méthodes n'auraient jamais relevés de leur dégradation. Il suffira, pour habituer le cheval à bien trotter, de l'exercer à celle allure cinq minutes seulement pendant chaque leçon. Lorsqpx'\\ aura acquis l'aisance et la légèreté nécessaire*, on pourra lui faire exécuter les pirouettes ordinaires, ainsi que le travail de deux pistes au pas et au tro^. J'ai dit que cinq minutes de trot suffiraient d'abord, parce que c'est moins la conli»-

nuité d'un exercice que la rectitude des procédés qui produit sa bonne exécution. D'ailleurs, comme cette allure exige un assez grand déplacement de forces, et que ranimai aura déjà été soumis à un travail assez pénible, il serait dangereux de la prolonger au delà du temps que j'indique. Le cheval se prêtera plus volontiers à des efforts ménagés et de courte durée ; son intelligence elle-même, en se familiarisant avec cette progression efficace, hâtera le succès. Il se soumettra sans répugnance et avec calme à un travail qui n'aura rien de pénible pour lui, et Ton pourra pousser ainsi son éducation jusqu'aux dernières limites, non-seulement en conservant intacte son organisation physique, mais en rétablissant dans leur état normal des organes qu'aurait pu détériorer un travail forcé. Ce développement régulier de tous les organes du cheval lui donnera, avec la grâce, la force et la santé, et prolongera ainsi sa durée, en centuplant les jouissances du véritable écuyer.

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