‹ Méthode dé̀quitation basée sur de nouveaux principes augmentée de documents inédits; de rapports officiels en faveur de làpplication de la méthode aux chevaux de troupesChapitre 56 sur 61 · UN DERNIER MOT DE POLÉMIQUE · texte numérisé non relu

UN DERNIER MOT DE POLÉMIQUE

La précédente édition contenait, sous le titre à* appendice, les observations suivantes :

« C'est toujours avec crainte que Ton met au jour une idée nouvelle, bien qu'on soit convaincu d'avance, par une longue pratique, des avantages réels qui doivent en résulter. N'est-on pas exposé à rencontrer, à côté des gens loyaux et éclairés, les adversaires de mauvaise foi, les ennemis intéressés du progrès, toujours disposés à méconnaître ou à dénigrer les découvertes utiles et consciencieuses? J'allais oublier d'ajouter le fléau des plagiaires. C'est ainsi que déjà plusieurs pamphlétaires ont cherché par toutes espèces de moyens, excepté celui du raisonnement, à arrêter l'élan (si profitable d'ailleurs à l'art hippique) qui s'était manifesté à l'occasion de ma nouvelle méthode. J'aurais laissé dans l'ombre tous ces détracteurs, si le nom de M. D'Aure ne se fût pas trouvé en tète de Tune de ces brochures. J'ai dû répondre, et afin que le public, trop souvent abusé par le vain éclat d'un nom, fût mis à même de juger si l'adversaire qui attaque mon système est bien réellement une autorité irrécusable et compétente, j'ai recherché et exposé dans une récente brochure ce que M. D'Aure appelle tes principes équestres.

u Comme les brochures, sous le point de vue scientifique, sont sans importance, je crois devoir, dans l'intérêt de l'art

et de la complète édification des amateurs, reproduire ici un échantillon des hautes leçons de M. D'Aure.

« Cet échantillon suffira pour donner une idée du reste.

TBAITS D'ÉOCITÀTIOK fClLIB BH 1834 PAB M. D AURE, PAGE 123.

a L'autour suppose un cheval devant tourner à droite, et a qui, par une raison quelconque de souffrance ou de voce lonté, se dérobe à gauche j généralement, l'homme qui le « montera, pour le faire tourner à droite, ouvrira la rêne « droite, el résistera sur cette rêne tant que le cheval n'aura a pas cédé. 11 arrive alors que, par cette action trop répétée a de la rône droite, le cavalier offense la barre droite de ma- « nière à la rompre (les cavaliers de M. D'Aure sont terriblea ment énergiques), ou à lui donner une sensibilité telle qu'il « ne répondra plus à ce mouvement d'attraction (il est ingéc nieux le mouvement d'attraction !) qui, tendant à porter la « léte à droite, entraînerait la masse de ce côté, tandis qu'au «t contraire, cédant à la sensibilité qui lui vient de droite, il « se portera à gauche et s'y jettera d'autant plus qu'on agira « davantage sur la rêne droite, qui, souvent dans ce cas, a pliera bien l'encolure à droite, mais fera reculer la tête de « façon à ce que, le mouvement de l'épaule droite étant ar- « rété, il faudra absolument que le cheval s'échappe à gauche 9 si l'on continue à le tenir en mouvement. Le seul moyen de « porter remède à ce mal, c'est de rétablir l'équilibre de la u sensibilité dans la bouche du cheval, d'offenser, s'il est né- « cessait e, la barre gauche, et faiie tourner le chevatà droite a par la résistance de la rêne gauche, ainsi que par l'action « des jambes, qui maintiendront ses hanches vis-à-vis des « épaules. »

« L'ouvrage presque lout entier de M. D'Àure est traité avec cette hauteur et celte rectitude de vues. Je demande maintenant si l'homme qui a pu émettre de pareilles hérésies et de pareils non-sens n'est pas déchu du droit de se poser en appréciateur et en critique d'un système scientifique et raisonné d'équitaiion. »

Depuis que le chapitre ci-dessus a paru dans l'édition précédente, W. D'Aure a publié une nouvelle édition de son Traité d'Equitation. Dans celle-ci, la fin du curieux paragraphe qu'on vient de lire est considérablement revue et corrigée (elle en avait grand besoin, par parenthèse). On pourra en juger par le tableau suivant des deux textes mis en regard.

Édition de 1834, page 123.

Le seul moyen de porter remède à ce mal, c'est de rétablir l'équilibre de la sensibilité dans la bouche du cheval, d'offenser, s'il estnécessaire, la barre gauche et faire tourner le cheval à droite par la résistance de la rêne gauche, ainsique par l'action des jambes qui maintiendront les hanches vis-à-vis des épaules.

Édition de \m, page 11 i.

Il devient donc nécessaire, pour rectifier cette mauvaise position, de cesser une semblable action sur la rêne droite et d'agir fortement sur la gauche, afin d'irriter, s'il y a urgence, la sensibilité de la barre gauche en offrant en même temps de ce cAté une résistance assez forte pour engager le cheval à la fuir et à se porter à droite.

Comme on le voit, il y a modification complète ; il n'est

plus question « d'offenser la barre gauche, pour faire tourner le cheval à droite » mais seulement « d'irriter, s* il y a urgence, la sensibilité de la barre gauche, a6n d'engager le cheval à se porter à droite. » On pourrait bien demander encore par quel moyen il est possible d f irriter la sensibilité d'une barre quelconque, et si, dans ce cas, M. D'Aure n'a pas pris l'effet pour la cause.

Quoi qu'il en soit, la seconde version est incontestablement moins monstrueuse que la première; il y a, sans contredit, un commencement d'amendement. Il est bien sans doute de reconnaître ses erreurs et d'essayer de les réparer. Si M. D'Aure s'était borné à en agir ainsi, je n'aurais rien eu à dire, j'aurais seulement prié pour que la conversion du pécheur fût plus entière. Mais non : tout en amendant la fin du paragraphe ci-dessus (évidemment d'après la critique que j'en avais faite), M. D'Aure, dans une note annexée aux nouvelles corrections dans l'édition de 1843 (page 111), s'emporte violemment contre moi, sans me nommer toutefois. Je suis rangé dans la catégorie des esprits jaloux et malencontreux chez lesquels la calomnie est une habitude, prêtant à M. D'Aure des principes absurdes qui, répétés, comme émanant de lui t peuvent lui faire perdre la sorte d'influence due à son ancienne position, etc., etc.

Analysons ces injures anonymes : je suis un esprit malencontreux, parce que j'ai relevé quelques-unes des énormes aberrations dont fourmillent les ouvrages de M. D'Aure;— je lui prête des principes absurdes, parce que je le cite textuellement; — enfin je suis un calomniateur, parce que je n'ai pas le don de prophétie, en d'autres termes, parce que je n'ai pas prévu, deux ans à l'avance, que, nouveau saint Pierre équestre, il se renierait lui-même, et que, dans une nouvelle édition, il essayerait de modifier et de pallier les erreurs et les non-sens signalés par moi,

« Ainsi, pourrait M. D'Eure (même note, pafje'f H), a pro-

« pos des moyens que j'ai indiques pour empêcher un cheval « de se dérober, il a été colporté, dans tout Paris et dans « toute l'armée, que j'établissais en principe que, lorsqu'un a cheval avait une barre sensible ou cassée, il fallait lui bri- « ser l'autre. »

Puis M. D'Aure ajoute d'un ton candide :

<i Je n'ai pourtant rien dit que ce que je viens de citer. > Mais il se garde bien d'expliquer quo ce qu'il vient de citer est le paragraphe revu et corrigé de la nouvelle édition, paragraphe que j'avais cité, moi, textuellement, d'après l'édition de ISto.

Je me suis étendu sur cet incident de polémique, afin de fournir une nouvelle preuve de la bonne foi de mes adversaires.

Je défie que l'on puisse jamais justifier à mon égard l'accusation de pbêter des principes absurdes à ceux qui m'attaquent, car je mo suis toujours astreint à reproduire les extraits de leurs ouvrages, sans y changer une virgule. Et pourtant, si je m'étais permis ces sortes de prêts, je n'aurais fait assurément qu'user du droit du talion, car on ne s'est pas fait faute d'employer contre moi de pareils moyens.

Je remarque, du reste, avec plaisir, que M. D'Aure ne s'est pas amendé seulement en ce qui concerne la nécessité d'offenser les barres. Sur beaucoup d'autres points, l'illustre écuyer a fini par se mettre lui-mémo à la remorque de ce qu'il appelle les mauvais principes (c'est-à-dire les miens) par se rallier à plusieurs des bases d'une méthode dont il a cherché à paralyser le succès et l'application par tous les moyens en son pouvoir.

Ainsi, dans la première édition du Traité d'Êquitation de M. D'Aure, il n'était nulle part question de flexions ni de ramener. Dans la nouvelle, M. D'Aure commence à badiner avec les rênes, afin d'amener la tête du cheval à droite et à gauche. Il recommande, à plusieurs reprises, la mise en main,

mais il n'a garde d'avouer qu'en cela il se convertit à mes préceptes. Il déclare, dans une note, que ce n'est pas moi qui ai inventé le système des flexions et des assouplissements, c'est convenu. Seulement , au lieu de l'avoir emprunté , comme M. D'Aure l'avait prétendu précédemment, aux modernes écuyers allemands, il se trouve à présent que je n'ai fait, sur ce point, que plagier l'un de nos plus anciens auteurs équestres. J'aurai bientôt sans doute pris les flexions et les assouplissements à un écuyer contemporain de Noé, qui sera censé les avoir exportés de l'arche, immédiatement après lo déluge.

M. D'Aure persiste cependant à penser que l'encolure très -assouplie nuit à la vitesse des allures, que le cheval devient alors flagellant dans ses mouvements, qu'il perd son brillant, son énergie, etc., etc. Si l'assouplissement complet produit de semblables résultats chez le cheval, il faudra donc en conclure, par une rigoureuse analogie, que le danseur a moins de forces, de grâce et d'agilité dans les jambes, parce qu'il a fallu beaucoup exercer ces parties-là; il en sera de même du bras dont se sert le maître d'armes, des doigts du pianiste, etc., etc. Ainsi encore, on deviendra incapable, idiot, par suite de l'exercice judicieux de son intelligence. Voilà cependant où conduit la logique de M. D'Aure.

La vérité est que, si quelques parties d'un cheval sont exercées isolément, ce sera souvent au détriment des autres; or, comme nous avons besoin de tout l'ensemble du cheval, il faut donc exercer toutes les parties une par une, afin qu'elles se soutiennent toutes avec la même facilité; l'encolure la première, ensuite la croupe, puis les reins. C'est ainsi que l'on parviendra à obtenir l'ensemble qui commence par le ramener et se termine au rassembler.

Voila ce que j'ai toujours enseigné, bien que M. D'Aure tronque et dénature mes principes sous ce rapport, de même que sous beaucoup d'autres. Heureusement, ces travestisse-

ments intéressés ne sauraient avoir les résultats que s'en promettent leurs auteurs. Grâce aux nombreuses éditions et aux traductions en langues étrangères qu'a obtenues la Nouvelle Méthode, mon système peut aujourd'hui être jugé sur pièce*, et il est facile ainsi de distinguer la vérité de la mauvaise foi.

Puisque je suis sur ce chapitre, je crois devoir ajouter quelques remarques, relativement à la nouvelle édition de l'ouvrage de M. D'Aure. Cet écuyer s'est enseveli dans la poussière des bibliothèques, il a compulsé avec une patience de bénédictin tous les plus vieux auteurs équestres, et pourquoi, pour tâcher de découvrir la preuve que les principes qui constituent la base de ma Nouvelle Méthode ont été connus et pratiqués avant moi. On verra, par les quelques citations suivantes, que tant de laborieux efforts, tant de pénibles recherches, n'ont abouti qu'à des résultats bien minimes, pour ne pas dire nuls.

M. D'Auro dit (Introduction, page xiv) :

« Je citerai tout à l'heure le texte de Grison, pour expli- « quer l'action des jambes du cavalier, lorsqu'il faisait exé- « culcr les tournants et les voiles ; on verra que le principe « de se servir do la jambe gauche pour faciliter le tournant à « droite, et vkeversâ, n'est pas du tout nouveau, comme te « disent les innovateurs, qui ne comprennent pas, préien- «rient-iîs, comment on est resté jusqu'à ce jour sans faire « connaître cette action. Tout homme sachant monter à che- « val sait qu'il y a deux manières d'exécuter un tournant : la «première, en faisant marcher Tarnère-main ; la seconde, « en faisant marcher les épaules. Quand le cheval est en place u ou très-main'.enu dans la main, si on veut le tourner à « droite sans que les épaules se déplacent, la jambe droite du « cavalier agit pour redresser les hanches du cheval à gau- « che, ce qui exécute le tournant à droite; quand au conte traire le cheval marche, et que Ton tourne à droite, la « jambe gauche du cavalier doit agir pour soutenir la faan-

« cbe gaucho, afin de maintenir l'action transversale des « jambes du cheval ; car en agissant autrement, il se désunio rail. Si l'on pouvait ne pas savoir cela avant Grison, de- « puis nous ne devons pas l'ignorer. »

A en juger par les réflexions de M. D'Aure, il est facile de voir que cet écuyer ne comprend pas le mécanisme qui oblige à se servir d'abord de la jambe droite pour tourner à gauche, et vice vend. Grison a pu dire qu'il fallait employer la jambe droite afin d'obtenir une volte à gauche; mais il ^ n'a pas défini son effet pour tourner. J'ajouterai que cette définition ne se trouve dans aucun ouvrage, et la preuve, c'est que, M. D'Aure lui-même, recommande le moyen opposé.

Passons à la page xxtj.

« Le résumé de l'emploi du pilier, d'après Pluvinel, est de ^ « plier, d'assouplir l'encolure du cheval et d'assouplir les j ^ « hanches. » I co

fai sik ne

ÎXpl

l épe

« ?< « fo «ce

lect j'en fau br<

Ici M. D'Aure veut prouver que Pluvinel avait pratiqué travail à pied, et, pour cela, il rapporte le discours que cet écuyer adresse au roi Louis XIII» dans lequel se trouve un passage où Pluvinel dit : a Sachant donc que le plus diffi- « cile est de tourner (le cheval), je le mets autour d'un pi- j P r t lier, afin que, le faisant cheminer quelques jours, il nous a montre sa gentillesse, et tout ce qui peut être lui, afin de a juger à quoi il sera propre, eh laquelle sorte il faut le con- « duire. »

De bonne foi, quelle analogie existe-t-il entre ce travail, d'abord d'un pilier, puis de deux, pour commencer l'éducation du cheval et mes flexions avec la manière de les pratiquer surtout? Il y a longtemps que j'ai protesté contre l'usage des piliers, je ne reviendrai pas sur ce sujet ; seulement d j'engage M. D'Aure à voir pratiquer ma méthode, qu'il juge s sans en avoir, à ce qu'il paratt, la première notion. i

Page xxv. M. D'Aure continue ses- citations. Pluvinel I

te

explique à son royal élève ce que l'on entend par pincer dt l'éperon.

<* Sire, pincer son cheval, lorsqu'il manie, est presser tout « doucement les deux éperons, ou l'un d'iceux, contre son « ventre, non de coup, mais serrant délicatement, ou plus « fort, selon le besoin, à tous les temps, ou lorsque la né- « cessité le requiert, etc., etc. »

Pour éviter des discussions en pure perte, je renvoie le lecteur à l'article Attaques: il jugera par lui-même ce quo j'entends par le toucher de l'éperon» dans quel moment il faut s'en servir, quelle est son utililité par rapporté l'équilibre du cheval, etc., etc. Puis, je lui demanderai où est la ressemblance entre les deux théories, car il ne suffit pas do dire le mot, il faut définir tout ce qu'il comporte ; voilà ce que n'a pas fait Pluvinel, et, sur ce point, M. D'Aure est encore moins explicite. M. D'Aure pousse mémo la discrétion jusqu'à cacher complètement son opinion relativement à ce fameux pincer de l'éperon; est-il pour? est-il contre? Impossible de le savoir. Si le moyen de Pluvinel est bon, pourquoi ne le pratique-t-il pas et ne l'adopte-t-il pas dans ses propres écrits? S'il est mauvais, pourquoi n'en fait-il pas connaître les abus? L'auteur qui n'a pas d'opinion peut-il discuter fa divergence ou les rapports qui existent entre tel ou tel principe ? Qu'en pense le lecteur?

Plus loin, M. D'Aure ajoute : « Il en est de même de ce « qu'on appelle aujourd'hui le rassembler. Qu'est-ce que rasa sembler un cheval, si ce n'est le posséder dans la main et « dans les jambes ? »

Ainsi, tout cavalier qui tiendra son cheval dans la main et

dans les jambes, le tiendra au rassembler, bien que l'animal soit hors la main, qu'il ait, par conséquent, l'encolure contractée ! J'ai défini \e rassembler tout autrement que ne le fait Pluvinel; M. D'Aure est forcé d'en convenir; reste à savoir

maintenant lequel, de M. D'Aure ou de moi, ne comprend pas le rassembler dans louto son acception.

Page xxxv. M. D'Aure, passant tous les auteurs en revue, arrive à Newcastle, et aux moyens qu'emploie cet écuyer pour pratiquer les flexions, qui ressemblent bien, ajoute-t-il, à ce qu'on appelle aujourd'hui les flexions pk machoibe. Or, écoutons la citation de Newcastle :

« Après cet assouplissement sur le caveçon, je voudrais « que trous prissiez de fausses rênes et que vous les attachas- « siez, à ma mode, au banquet de la bride ! mais donnez la o liberté a la gourmette, en sorte qu'il a moins d'appréhen- « sion de la bride ; et son appui se fortifie tellement, que « quand on travaille de la bride, et par conséquent de la « gourmette, la bride le rend léger. Ceci est bon autant pour a tous ceux qui ont trop d'appui, que pour ceux qui en ont « trop peu, et lui donne le pli de la même sorte que le cave- « çon, sinon que le caveçon le travaille sur le nez, et les « fausses rênes sur les barres; ce qui le rend très-sensible, « comme il doit être, et du même côté des barres, comme la « bride doit faire ; ce qui l'accoutume tellement, que, quand « on le met avec la.bride seulement et qu'il a l'aide de la gour- « mette, il va à merveille. »

Eh bien I ma méthode ne prescrit-elle pas un moyen diamétralement opposé? En vérité, il est impossible d'avoir un adversaire plus commode que M. D'Aure, puisqu'il pousse l'obligeance jusqu'à se faire battre avec ses propres armes.

Page xl. Voici quelque chose de plus curieux encore : tout en essayant de me confondre, M. d'Aure se confond luimême. En effet, après avoir semblé approuver les flexions hypothétiques de Pluvinel, les flexions forcées de Newcastle, toutes les flexions à pied, excepté les miennes, il parait maintenant se ranger à l'opinion de Gaspard Saulnier, qui ne veut pas de flexions du tout. Ainsi, il cite le passage suivant emprunté à cet auteur :

« J'ai vu des écuyers qui poussaient l'extravagance jusor qu'à plier le cou des chevaux, de manière que leur téte « venait jusqu'à la botte du cavalier ; ils croyaient alors faire t des merveilles, et être fort habiles, et réel Ionien t ils pasa saient pour tels dans le public. »

Voilà bien les écrits et les doctrines de l'ancienne école, l'un défend ce que l'autre prescrit ; voilà où conduisent les principes sans enchaînement, les principes qui n'ont ni commencement ni fin, qui ne se définissent pas; voilà le labyrinthe inextricable dans lequel la divergence des opinions a conduit l'art de l'équitation. En attendant que M. D'Aure veuille bien nous dire qui a tort ou raison, de Newcaslle ou de Gaspard Saulnier, l'un recommandant une seule espèce de flexions, l'autre n'en voulant d'aucun genre, je prendrai l'initiative, et je déclarerai qu'ils avaient tort tous les deux. En premier lieu, les flexions à l'aide du caveçon attaché à 1a selle ne sont propres qu'à acculer le cheval, ou à le contraindre péniblement ; il est impossible, avec ce moyen, de suivre les résistances dans toutes leurs manifestations. J'ajouterai qu'en procédant ainsi on ne pourrait jamais obtenir que des flexions latérales et non l'affaissement de l'encolure, non plus que la flexion de la mâchoire, qui sont de première nécessité pour commencer l'éducation du cheval. En second lieu, je dis que Gaçpard Saulnier professait aussi une équitation hypothétique, puisqu'il ne comprenait pas et niait l'utilité ainsi que la véritable portée des flexions pour la prompte et belle éducation de toute espèce de chevaux. Il est vrai que les flexions indiquées par ses devanciers ou ses contemporains étaient peu propres à le convaincre. Je ne fais aucun doute que si Gaspard Saulnier existait de nos jours, il n'adoptât un système de flexions plus étudié et plus en rapport avec la nature du cheval. Aimant son art, il se rendrait à l'évidence des faits, car il y a encore un très-grand mérite à juger sainement et sans prévention ce que Ton n'a pu trouver soi-même.

Pagexliij. Enfin, nous arrivons à Lagoérinière ; il est fâcheux que certains grands critiques n'aient pas au moins hérité des moyens de douceur que recommande instamment ce pacifique auteur. Laissons parler M. D'Aure.

« Son travail favori, après avoir arrondi le jeune cheval à c la longe, après l'avoir mis assez en confiance et après avoir « assez avancé son éducation pour lui mettre le mors, est de « faire exécuter le travail de l'épaule en dedans. »

Ces principes ont encore l'approbation de M. D'Aure, bien qu'ils soient opposés aux autres, qu'il avait également approuvés précédemment. Jamais on ne vit un écoyer plus éclectique ; — reste à savoir si l'éclectisme, dont l'utilité est contestée en philosophie, convient mieux en équitation. Ce système me paraît seulement avoir l'avantage d'offrir un prétexte commode à l'effet de se dispenser d'exposer un corps de doctrine en propre et des opinions personnelles, surtout quand on a d'ailleurs d'excellentes raisons pour s'en abste nir.

FK\.

Page 1