‹ Méthode et entretiens d'atelierChapitre 34 sur 50 · REMBRANDT · texte numérisé non relu

REMBRANDT

Voici un génie bien différent de celui de Raphaël, mais qui n^est pas moins grand ; il a le don bien rare de ne jamais fatiguer. Observateur profond, comme tout penseur il est tristO;, sombre ; il se plaît à rendre Thomme fatigué, flétri par Tusage de la vie. Si Raphaël nous représente riiomme sortant des mains du Créateur, Rembrandt, au contraire, nous le montre à rétat de débris, de haillon humain. Amant de ce qui a vécu, de ce qui a souffert, les déviations du visage, les rides, les yeux attendris par les larmes, rien ne lui échappe; puis l^'ombre profonde, mystérieuse, vient envelopper toutes ces douleurs. Rubens peut égayer un supplice, Fenrichir du moins ; Rembrandt attriste toute joie, toute gaieté ; il est profondément misanthrope, tout se plie aux sentiments qui le dominent : sobre comme ceux qui souffrent, il semble

peindre avec des larmes et de Tombre

Pas une couleur, pas une fleur. Un simple rayon pour éclairer ce visage. Mais quelle tête, quels yeux ! G-'est la vie même, cela épouvante et bouleverse les idées que Ton peut avoir sur Tart ; car ici il n'y a pas développement, interprétation, rien de tout cela, c'est simplement vrai.

Ce génie merveilleux se borne à sacrifier ce qui entoure la tête ou Tobjet qu'il veut représenter. Quel mystère ! Dans ses fonds quelle profondeur ! Je ne puis expliquer, j'admire,

Page 1