DES PREMIERS PRINCIPES DELA PEINTURE
Vous ne pouvez vous mettre à peindre que lorsque vous êtes bien certain de votre dessin ; vous allez voii* que pour l'emploi de la couleur les tâtonnements sont funestes; une pratique sûre est nécessaire pour obtenir de bons résultats.
Cependant, je ne vous parlerai pas encore des grandes ressources de Texécution, qui ne peuvent s'employer qu'après de longs exercices ; la précision, une grande légèreté de main sont les qualités qui découlent du travail et du temps,
Simplifiez vos moyens d'action, ayez de la méthode, du calme surtout pour jouir de toutes Yos facultés, vouloir embrasser trop de choses, trouble; les plus forts n^'y résistent pas, jugez ce que doit devenir 'un pauvre débutant s^il se laisse envahir par les idées qui Taccablent.
Ne courez pas, comme on le dit vulgairement, deux lièvres à la fois; divisez les forces d'un art que vous ne sauriez comprendre dans son entier et qui, d^'ailleurs, vous écraseroit dans son ensemble. Etudiez chacune de ses parties séparément. Le jour de la réunion ne se fera pas longtemps attendre, et, plus tard, vous dominerez ce qui vous accablait au départ.
Ceci n^est autre chose que de la méthode.
Commençons.
Vous tracez votre dessin sur la toile ; le fusain est préférable à la craie; vos places bien arrêtées, vous composez avec de Thuile cuite, grasse, et de Tessence de térébenthine par moitié, ce que Ton appelle une sauce; vous
mettez sur votre palette ^es couleurs nécessaires à la première préparation.
Telles que : noir d'ivoire, bitume, brun rouge et cobalt.
Avec un ton composé de noir et de brun rouge, vous pouvez obtenir le ton bistre, ou bien : le bitume , le cobalt et le brun ronge vous donneront à peu près le même résultat.
Des brosses de martre, un peu longues, sont nécessaires pour tracer le dessin.
Revenons , maintenant , au dessin tracé au fusain. Il faut peindre; notre fusain pourroit nous gêner et entraîner, dans la couleur, une poussière de charbon qui ferait mauvais effet. Eh bien, avec un appui-main on frappe sur la toile comme sur un tambour, le fusain tombe, le dessin devient plus blond mais reste suffisamment marqué pour guider le pinceau. Alors, vous prenez la brosse de martre que vous trempez dans votre sauce, puis dans la teinte bistre, et vous tracez tous vos contours. Ces contours étant pris , vous massez vos
ombres et vous obtenez une espèce de sépia à rhuile.
Cette première préparation, on doit la laisser sécher; au reste, son exécution demande le travail d'une longue séance ou d'une journée, La nuit suffit pour faire prendre et le lendemain vous revenez, comme la veille, avec une préparation semblable ; vous mouillez vos ombres en ménageant vos lumières.
Ici, vous nettoyez votre palette et vous la chargez de cette manière :
Blanc de plomb ou blanc d'argent,
Jaune de Naples naturel,
Ocre jaune,
Cobalt,
Vermillon ,
Brun rouge,
Laque (les garances sont les meilleures),
Terre de Sienne brûlée.
Cobalt,
Bitume^
Noir d'ivoire.
Laissez-vous aller, dans la composition de vos teintes, à vos inspirations ; cherchez, trompez-vous ; mais prenez, avant tout, les habitudes de la sincérité.
Je ne puis pas, je ne veux pas vous en dire davantage.