D’EAU DE LA FONTAINE ROUGE
L’eau minérale de Pont-à-Mousson a joui autrefois en Lorraine d’une grande réputation. Elle a été l’objet de plusieurs Mémoires, dont le plus important est dû à Guillaume Pacquotte, professeur à l’université de Pont-à-Mousson (i). e< La découverte des eaux minérales de Pont-à-Mousson, dit Buc’hoz (2), est déjà ancienne; avant le commencement du xvi e siècle, Charles le Poix, médecin consultant du grandduc Charles, qui avait accompagné ce prince aux eaux de Spa, après avoir pris connaissance de celles de Mousson, lui conseilla d’en faire usage pour la gravelle à laquelle il était sujet. Les médecins de son temps, Toussain, Fournier, Mousin et Guibert les faisaient boire à leurs malades qui en éprouvaient de merveilleux effets. Nicolas Drouyn, médecin contemporain de Charles le Poix, fit imprimer un petit ouvrage sur Les eaux minérales de la montagne de Mousson en Lorraine , avec un
( 1 ) Dissertation sur les eaux minérales de Pont-à-Mousson, par M® Charles-Guillaume Pacquotte, conseiller-médecin ordinaire de Son Altesse Royale, professeur en médecine et en chirurgie dans l’université de Pont-à-Mousson. Nancy, 1719.
(2) Dictionnaire minéralogique et hydrologique , par Buc’hoz, médecin ordinaire de S. M. le roi de Pologne. Paris, 1785, t. I“ r .
discours sur leurs qualités bienfaisantes , et une courte direction du régime qu’il faut garder en les buvant. Il estimait les eaux de Mousson, par leur excellence, des plus salutaires de l’Europe par la vertu qu’elles avaient, de passer par les urines et de purger doucement, étant, selon lui, empreintes d’un vitriol de Mars et d’un soufre doux et volatil, non bitumineux. » Plus loin, le même auteur ajoute : « M. Saint-Mihiel, docteur en médecine, a donné une analyse des eaux de Mousson, dans le concours tenu à Nancy, au Collège royal, pour la chaire vacante de M. Lorrain, professeur en médecine de l’université de Pont-à-Mousson. Ce travail avait pour titre : An aquæ minérales Ponti-Mussanœ morbis chronicis? » M. Saint-Mihiel dit que les eaux de Pont-à-Mousson sont limpides, froides, acidulés et ferrugineuses. On retire du résidu un sel amer et une terre ocrée faisant effervescence avec les acides : ce sédiment, calciné dans un creuset, donne des parties de fer attirables à l’aimant; la source est aussi abondante l’hiver que l’été. Il m’a été impossible de me procurer la dissertation de Nicolas Drouyn, et le Mémoire de Saint-Mihiel, cités par Buc’hoz; mais j’ai sous les yeux l’opuscule du docteur Pacquotte, dont je vais extraire quelques passages qui ne sont pas dépourvus d’intérêt au point de vue historique. Sur les instances de l’université de Pont-à-Mousson, S. A. R. le grandduc Léopold ordonna la restauration de la fontaine, et chargea Pacquotte de présider au captage des eaux et au rétablissement de la source, alors en très-mauvais état. Cette mission donna à Pacquotte l’idée du travail dont nous venons de parler. « On doit juger de cette eau, relativement aux eaux de Forges, dit le professeur de l’université de Pont-à-Mousson. M. le cardinal de Richelieu, passant par Pont-à-Mousson, en i63a, alla voir le lendemain de son arrivée cette fontaine. Il en but, et en trouva l’eau meilleure que celle de Forges. Il en emporta avec lui et s’en trouva bien. Messieurs les médecins du roi et de mon dit sieur le cardinal la trouvèrent excellente. Le jugement de ces messieurs a été confirmé par une longue suite de guérisons attestées, non-seulement parles médecins, mais encore par la voix des peuples, qui en ont été les témoins. Je me contenterai de donner au naturel les expériences que nous avons faites sur les eaux minérales de Pont-à-Mousson, pour pouvoir en former une idée qui ne sente ni
le creuset ni l’alambic. On a fait bouillir 4 mesures (i) de cette eau, et on en a tiré 4 onces ( 2 ) de sel jaune et fort amer au goût, et 5 onces et demie de terre jaune, de manière que chaque pinte (3) de cette eau contient r 5 grains (4) de sel et 18 grains de terre jaune, non compris la portion de ce sel qui se volatilise et s’évapore. Ce sel, mis dans le creuset, se met facilement en fusion comme du verre fondu, exhalant une odeur de soufre, et faisant une petite flamme bleue. Ce sel ayant été calciné et filtré, après l’évaporation de l’humidité, est blanchâtre, sans odeur, et garde son âpreté et son amertume. Ce sel ne fermente point avec les acides ni avec l’esprit de vitriol. Ce sel ne fait aucune détonation, étant jeté sur des charbons ardents, comme le nitre. Étant dissous dans l’eau, il ne fait aucune impression sur la noix de galle, comme le vitriol. Ce sel, tiré chimiquement, est assez semblable au sel d’Epsom que l’on tire d’une fontaine en Angleterre, lequel est blanc, sans odeur, et un peu amer. »
Voilà les seuls documents que j’aie pu consulter sur cette eau; elle n’a été l’objet d’aucun travail récent, bien qu’elle ait conservé, dans le peuple surtout, une partie du prestige dont elle semble avoir été entourée du temps de Pacquotte. En 1857 , l’administration municipale de la ville de Pont-à-Mousson fit réparer la fontaine ; désirant avoir des renseignements plus précis que ceux qu’elle possédait sur la nature de cette eau, etpar suite sur sa valeur thérapeutique, elle me pria d’en faire l’analyse. J’ai dû examiner la constitution du sol dans lequel se trouve la source, le débit de la fontaine, et les propriétés physiques et chimiques de l’eau qu’elle fournit. J’ai consigné le résultat de mes recherches dans le travail que je soumets aujourd’hui à l’examen de l’École supérieure de Pharmacie de Paris.
L,es méthodes auxquelles j’ai eu recours peuvent s’appliquer à l’analyse d’une eau quelconque, potable ou minérale ; je consacrerai un premier chapitre à les exposer avec quelque détail; j’indiquerai même,
(1) Une mesure = 44 litres.
(2) Une once = 3o Br ,59.
(3) Une pinte == 1 litre.
(4) Un grain = o g, ,53-