‹ Méthode pour l'enseignement de la langue francaise dans les écoles BerlitzChapitre 37 sur 87 · LA BONNE PREUVE · texte numérisé non relu

LA BONNE PREUVE

On sait que, dans les pièces de théâtre, on appelle a parte les mots qu'un acteur dit de manière qu'ils soient entendus des spectateurs, mais qui sont censés ne l'être pas des autres acteurs qui sont eu scène. Un soir, Molière, Boileau et La Fontaine soupaut ensemble, la discussion s'engagea sur l'opportunité des a parte. La Fontaine disait que les a parte n'avaient pas le sens commun, qu'il était absurde de supposer que des mots entendus de toute une salle, et qui contiennent souvent une réflexion plus ou moins injurieuse pour l'interlocuteur, ne parvinssent point aux oreilles des gens qui étaient à quelques pas de celui qui les prononçait. Boileau, au contraire, soutenait qu'il y avait des circonstances qui pouvaient rendre cette supposition très-vraisemblable, que la préoccupation, la passion, la chaleur de la discussion pouvaient bien empêcher uu homme d'entendre ce qu'on disait tout près de lui. Comme la dispute B'échauffait entre ces deux auteurs, Molière, qui avait écouté tranquillement, se mit tout à coup à dire tout haut, mais en se tournant d'un autre côté : La Fontaine, est un coquin; puis, vo yant que la Fontaine, tout occupé à convaincre Boileau, n'en-

tendait rien, il répéta ce propos trois ou quatre fois, en élevant la voix toujours davantage. A la troisième fois, Boileau avait souri ; mais telle était la préoccupation de La FontaiDe, que Molière dut le tirer par le pan de son habit pour lui faire entendre ce qu'il criait depuis cinq minutes. L'illustre fabuliste dut convenir qu'il avait tort.

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