MÉTHODE
13" Le mortier s’échauffant, plus il tire, plus il faut de prudence pour diminuer la poudre au pro rata.
Voilà les principaux défauts qui arrivent par le mortier et par la manière de le charger. Passons à la poudre.
J’ai renfermé quatre défauts en ce qui concerne la poudre :
1° Il arrive que la poudre d’un même baril n’est pas égale, et quand même tout le baril le serait, dès qu’il est consommé et qu’on en entame un autre , il se trouve de la différence, soit parce que l’un a été au-dessus des autres ex-' posé dans le parc au soleil ou à la pluie, soit parce que l’autre aura posé à terre et attiré l’humidité.
2° Quand bien môme lu poudre serait égale , il se fait de grandes erreurs par l’arrangement et la disposition où elle se trouve dans le mortier, quelquefois étant trop serrée, et d’autres fois trop au large.
3" Le grain de la poudre ne pouvant se faire égal, lorsqu’elle SC trouve un peu plus grosse, le feu se communique mieux par l’intervalle que lorsqu’elle est plus menue et plus serrée.
4” Le temps apporte du changement à la poudre : car quand il fait humide, elle a moins de force, et quand il fait i sec, elle est plus gaie.
Je pourrais , par une longue expérience, détailler encore < un nombre d’autres défauts , mais les vingt-cinq essentiels , ci-dessus décrits prouvent assez que quelque bien que puisse être pointé un mortier dans les règles , qu’il est très dilficile de tirer avec succès et justesse, si l’on n’a une attention particulière à prévoir et à se parer de tous ces contre-teiiips;
POUR Tl HER LES BOMBES
et pour y parvenir, voici la découverte qu’un long usage m’a appris sur celle matière.
J’ai fait connaître qu’il se trouvait huit défauts dans la bombe, treize dans le mortier, façon de le charger, ou plate-forme, et quatre dans la poudre.
Pour remédier à ces vingt-cinq défauts et les corriger autant que faire se peut, voici ce que j’ai pratiqué aux sièges de Nice, Alger, Gennes, Tripoli, Rose, Palamos , Barcelonne, Alicant, et nombre d’autres places que J’ai bombardées.
Pour corriger Ii’s défauts des bombes , il faut d’abord les faire arranger avant de les charger la bouche en haut, et assises le plus perpendiculairement que faire se peut sur le culot, en sorte qu’en les regardant bien l’une après l’autre, il soit aisé de voir si elles ont la bouche de travers, ce qui dénote qu’elles sont plus riches de métail d’un côté que de l’autre, et il faut rebuter toutes celles-là; il faut pareillement mettre à part celles qui ont les anses disproportionnées, ou des soufflures considérables dans le métail , et réserver ces sortes de bombes défectueuses pour quand on lire sur des villes, parce que si l’on manque un quartier on attrape l’autre, et elles ne sont bonnes que pour être employées à cet usage.
Lorsque l’on a mis à part les mieux conditionnées, il faut faire peser un nombre des mieux faites, que l’on réserve pour les coups de conséquence, et en faire des lots séparés, rapportant ensemble toutes celles depuis le poids de 125 livres jusqu’à 130 livres en un lot: celles de 150 livres et au-dessus jusqu’à 135 en un autre lot; toutes celles depuis 13.T jusqu’à liO en un autre, et ainsi du reste, après quoi
MICTIIODK
l’on approprie en chaque bombe la l'usée, de manière qu’elle n’excède le dehors de la bouche que d’un pouce seulement quand on chargera la bombe, et qu’elle sera poussée entièrement à sa place; et lorsqu’on tirera les bombes pour tirer des coups justes, soit sur un magasin à poudre, retranchement on autre ouvrage, il faudra tirer ces bombes lot par lot l’un après l aulre, sans prendre au hasard tantôt une bombe d’un côté , tantôt de l’autre. La raison est qu’ayant ces bombes d’un poids à peu près égal, l’on règle la quantité de poudre que l’on doit mettre dans le mortier suivant le lot que Ton tire, et ainsi fait-on lorsqu’on en entame un nouveau, connaissant par les premiers coups l’augmentation ou diminution de pouilre qu’il convient de faire. Voilà pour ce qui concerne la bombe. Quant à la poudre, pour tirer d’une poudre la plus égale que faire se peut, il faut juger de la quantité de bombes que l’on doit tirer en un jour ou pendant une nuit , et supputer combien il faut de poudre pour tirer cette quantité. Par exemple, je compte de tirer 200 bombes en une nuit, à raison de 0 livres de poudre chacune, il faudra faire verser 1 ,200 livres de poudre sur une grande toile, la bien faire remuer et mêler, puis la remettre dans les barils, ce qui la donnera autant égale que faire se peut en une expédition militaire. Voilà la correction de la poudre, il ne s’agit donc plus que de celles du mortier et plate-formes. Pour bien réussir il convient de faire deux plate-formes à côté l’une de l’autre pour chaque mortier ; et lorsqu’après un nombre de coups tirés l’une s’est affaissée, on remet le mortier sur l’autre, et on raccommode la première. Quantau mortier, pour le bien charger, il faut le dresser debout sur ses tourillons, verser la poudre dans la chambre , laquelle
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l'OUH TIRER i.ES bUMBPS. \i
(loil (^Ire réi^lée par une mesure de fer-blam: el non au poids, la ranger le plus uniincnl qu’on pourra a\ee 1a main, ensiiile mellre une loile sèclic dessus, laillée de grandeur eonvenablc, en sorte qu’il n’y en ail ni trop ni trop peu. et achever de remplir la chambre de terre, ipi'on refoulera seulement avec la main ; puis sans mettre de tampon de bois , la chambre étant remplie entièrement de terre jusqu’à l'âme du mortier, mettre encore un demi-pouce de terre de hauteur pour former le lit de la bombe , après quoi on met la bombe dans le mortier, la bouche au milieu de Tâme, observant qu’elle ne louche le métail ni d’un côté ni de l’autre : ce que l’on empêchera en la garnissant de terre tout autour; voilà le mortier chargé dans les formes. Si par hasard la bombe n’avait qu’une anse, et que l’autre eût été rompue (comme il arrive souvent) en les chargeant ou déchargeant, en ce cas il ne faut pas manquer de casser l’anse qui reste avec un maillet de bois, autrement elle irait de biais, et dériverait du côté de l’anse restante; le mortier ainsi préparé, on l’abaisse doucement sur son coussin de mire, on le pointe au quart de cercle , suivant le degré que l’on a découvert le plus convenable, cl surtout l’on prend sa mire avec unecordc, au bout de laquelle il prend un plomb, cl divisant le mortier en deux, par ce Irait l’on prend la mire la plus juste que l’on peut à l’objet où l’on veut tirer, mais à tout ce que dessus l’expérience , la prudence et la théorie conviennent fort, et plus encore la pratique que la théorie.