D. Qu'en tendez- VOUS par les occasions dangereuses
R. J'entends ce qui nous porte ordinairement au péché , comme les mauvaises compagnies , la lecture des mauvais livres , etc.
8. D. Le ferme propos doit-il être universel ? R. Oui : il doit s'étendre sur tous les péchés au
moins mortels.
9. D. Ne suffit-il pas d'avoir la volonté de ne pas y retomber si souvent?
R. Non : il faut y renoncer entièrement et pour toujours.
10. D. Si malgré ce bon propos, on retombe dans quelque péché mortel, que faut-il faire?
R. Il faut s'en repentir, s'en confesser au plus tôt, et prendre une nouvelle résolutioa de n'y plus retomber.
11. D. Pourquoi faut-il s'en repentir et s'en confesser au plus tôt ?
R. Parce qu'en restant dans cet état, on ne mérite rien pour le Ciel , et on s'expose à mourir dans le péché.
Après le cantique d'Invocation , et la récitation de ï Oraison dominicale , de la Salutation angélique et de l'acte de contrition faite par un seul bien haut et bien distinctement, on fait réciter la treizième Leçon de la manière ordinaire.
Le C. : Je ne sais pas pourquoi, mes chers enfants, j'ai peur qu'on n'ait pas bien compris tout ce que
nous avons dit sur la contrition : c'est une chose si importante , si peu connue , et malheureusement si mal pratiquée, qu'on ne saurait être trop attentif à ne rien négliger pour nourrir son cœur d'un regret profond et sincère des péchés qu^on a commis ; c'est pourquoi , sans suivre l'ordre du catéchisme , je demande ce qu'il faut faire pour se procurer une bonne contrition de ses péchés? Répondez-moi , Nicolas : qu'allez -vous faire pour avoir une bonne contrition de vos péchés ?
R. M. , j'ai déjà demandé la contrition de mes péchés au bon Dieu , à la Sainte Vierge , à mon Ange gardien et à saint Nicolas mon patron.
Le C. : C'est très bien , M. E. ; vous êtes plus avancé que je ne croyais. Je vais faire la même question à d'autres , mais ne dites pas précisément ce que vous avez fait : si vous me répondiez tous comme Nicolas, je craindrais que sur le nombre, il ne s'en trouvât qui diraient un mensonge. Que fautil donc faire pour obtenir la contrition, André,... Frédéric,.. Alexandre,.. Rosalie,.. Marthe? etc.)
( Tout le monde répond comme Nicolas ; mais au futur, en disant : il faut la demander au bon Dieu , etc. )
Le C. : Voilà en effet ce qu'il faut faire. Ceux qui l'ont déjà fait comme Nicolas, doivent s'en féliciter ; ceux qui ne l'ont pas fait, doivent prendre cette résolution dès aujourd'hui. Nicolas , puisque vous vous y êtes si bien pris d'avance , dites-nous ce que vous avez fait pour obtenir cette grâce du bon Dieu.
R. M. , dimanche dernier , j'ai assisté à deux messes au lieu d'une. Le jeudi il plut , je ne pus pas aller travailler, et j'allai à la bénédiction du Saint Sacrement qu'on donna le soir à la paroisse. Le C. : Qui vous a donné cette idée?
R. Ce qui m'en a donné l'idée , c'est ce que vous dites l'autre jour en pariant de la sainte eucharistie , de la bénédiction , des processions.
3o0 XXVII. JOUR DE CATÉCHISME.
Le C. : Je suis bien satisfait que vous y ayez fait attention et surtout que vous l'ayez mis en pratique. Ne faites-vous aucune prière journalière à la même intention?
R. M. , pardonnez-moi, je dis une dizaine de chapelet à celte intention.
Le C. : Faites-vous une prière particulière à votre Ange gardien, à votre saint Patron ?
R. Je ne sais pas de prière particulière à l'Ange gardien et à saint Nicolas ; mais j'en compose une comme je puis, et ensuite je dis deux Pater et^ve.
Le C. : Vous faites cela tous les jours ?
R. Oui, M. , ou du moins j'y manque bien rarement.
Le C. : Eh bien, M. E., continuez et je réponds d'avance que vous ferez une bonne première communion. Je voudrais bien vous faire encore une question , mais j'ai peur de vous faire de la peine et de vous embarrasser. N'importe, répondez -moi avec simplicité : que dites-vous à votre bon Ange gardien ?
R. Oh! M., je lui dis tout simplement : Je crois que vous êtes près de moi, que vous m'accompagnez partout: préservez-moi du péché, et obtenez-moi une sincère contrition de ceux que j'ai commis.
Le C. : C'est très bien ; mais encore une question. Qui vous a appris à parler à votre Ange gardien de cette manière ?
R. M. , c'est ma mère. Elle compose beaucoup de petites prières comme cela.
Le C. : Sait-elle lire, votre mère?
R. Malheureusement non , elle ne le sait pas ; sans cela elle me l'aurait appris.
Le C. : Ne vous en mettez pas en peine, M. E. , continuez à prier de la même manière. Voyons , Rosalie, que faut-il faire pour obtenir la contrition ?
R. Il faut 1*^ demander à Dieu, etc.
SUR LE FERME PROPOS. 3ol
Le C. : Vous me faites la réponse du catéchisme , mais je voudrais savoir ce que vous faites.
R. M. , je parle au bon Dieu et à la Sainte Vierge comme s'ils étaient là et je leur demande tout ce ce qui m'est nécessaire , parce qu'ils le savent mieux que moi.
Le C. : Mais dites-vous des paroles?
R. Gela dépend quand je suis distraite et dissipée , alors je dis des paroles pour contenir ma tête , mais quand je puis faire parler mon cœur tout seul, alors je suis plus contente.
Le C. : Restez-vous immobile sans rien dire, sans rien faire , quand votre cœur parle ?
R. Ces choses là ne peuvent pas s'expliquer , mais je crois que je demande sans parler. Je me représente souvent un enfant qui est dans les bras de sa mère; ce pauvre petit enfant n'est pas en peine, il sait bien que sa mère ne l'oubliera pas. Je fais de même envers le bon Dieu et la Sainte Vierge.
Le C. : Faites-vous la même chose envers votre Ange gardien , votre saint Patron ?
R. Oui, M., à peu près, c'est si commode de parler aux Saints 1
( Il faut encourager les enfants à faire des prières qui viennent d'eux-mêmes , et les accoutumer à diriger leurs intentions particulières en disant l'Oraison dominicale , le Chapelet, le Feni Creator; leur inspirer l'idée d'aller devant le saint Sacrement, devant l'autel de la Sainte Vierge, etc. ; rien n'est plus propre à nourrir la piété à laquelle ils sont portés naturellement quand ils ont des mœurs pures. Il est utile également de leur faire dire devant tout le monde les pratiques de piété qu'ils font soit pour vaincre le respect humain , soit pour inspirer les mômes pensées et d'autres ; car les enfants feront toujours plus d'attention à ce qu'ils verront pratiquer à leurs camarades qu'aux recommandations qui leur seront faites.
Demandez quelles doivent être les qualités de la contrition? la différence qu'il y a entre la contrition
f)arfaite et la contrition imparfaite? différence dans émotif, différence dans les effets. Quand vous avez parlé de tout cela la première fois , il a fallu commencer par donner des explications, des comparaisons. Dans un second catéchisme , il faut prendre moins de précautions , si ce n'est celle d'interroger les plus forts quand les faibles ne peuvent pas s'en tirer ; l'exemple de S. Pierre et de Judas doivent revenir ici comme présentant la question d'une manière bien tranchante. )
Le C. : Avant de terminer cet article, je voudrais savoir, Antoine, ce que vous vouliez dire en parlant de la crainte servile, et de la crainte révérencielle? R. M. , c'était le Gros-Pierre qui m'avait dit cela. La crainte révérencielle est celle qui est mêlée avec le respect, la confiance et l'amour; la crainte servile est celle des esclaves, de ceux qui ne craignent que le bâton. C'est comme cela qu'il disait. Le C. : A quel propos vous disait-il cela? R. Il disait cela à l'occasion de la contrition on plutôt de l'altrition : il disait donc que ceux qui détestaient leurs péchés par la crainte de déplaire à Dieu et de mériter la punition , avaient une contrition imparfaite , mais suffisante pour recevoir le pardon de leurs péchés au tribunal de la pénitence. Le C. : C'est bien ce que nous avons dit et<;e que tout le monde a compris.
R. C'est vrai , M. , mais il ajoutait que la crainte servile ne suffisait pas pour la confession , et que souvent elle rendait plus coupable.
Le C. : Comment expliquait-il cela?
R. Il disait : si vous avez dans votre âme la pensée que vous feriez volontiers tel péché s'il n'y avait pas d'enfer, il est évident que vous n'avez pas la contrition du péché, et vous ne pouvez pas en obtenir le pardon.
Le C. : Mais comment prouvait-il que cette crainte rendait coupable ?
R. Il disait : on est coupable quand on aime le péché , et c'est ce qui arrive à celui qui a la crainte servile ; il aime le péché , puisqu'il serait disposé à le commettre s'il n'y avait pas d'enfer.
Le C. : Puisqu'il ne commet pas le péché , il ne peut pas être coupable.
R. C'est ce que je lui disais. Il me répondit : il n'est pas coupable du péché d'action , mais il est coupable du péché d'affection.
Le C. : Tout cela est vrai, M. E. , et mérite toute notre attention ; nous devons donc vous engager de plus en plus à demander à Dieu la contrition parfaite , afin d'avoir au moins la contrition imparfaite. Je ne fais plus qu'une demande. Clotilde , croyez-vous qu'il faut absolument chasser de son esprit la crainte de l'enfer, afin d'avoir toujours la contrition parfaite ?
R. M. , les psaumes des vêpres du dimanche disent que la crainte est le commencement de la sagesse : il ne faut donc pas la chasser entièrement.
Le C. : Faut-il s'en tenir à la crainte?
R. Non , M. , il faut que la crainte nous conduise à l'amour de Dieu qui est la perfection delà sagesse. L'autre jour la sœur nous montrait une jolie broderie , et elle nous disait que pour faire cette broderie , il fallait commencer par percer l'étoffe avec l'aiguille, et ensuite en tirant l'aiguille on introduit la soie et on forme des fleurs. L'aiguille représente la crainte qui dispose à l'amour
Le C. : Oui, M. E. , la crainte est utile, mais il ne faut pas s'en tenir là ; il faut y ajouter un amour sincère pour le bon Dieu.
(Faites raconter aux enfants la chute de saint Pierre ; demandez si la contrition était surnaturelle. Faites raconter la trahison de Judas, son repentir et
3oi XXVII. JOUR DE CATÉCHISME.
sa mort , et demandez ce qu'il faut penser de sa contrition. Racontez ou faites raconter la conversion de la pécheresse de l'Evangile , qui va dans la maison de Simon le Pharisien , arrose les pieds de Jésus-Christ, les essuie avec ses cheveux et les parfume. J-C. dit que beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu'elle a beaucoup aimé. Demandez si sa contrition était parfaite ; racontez, ou faites raconter l'histoire d'Antiochus , ses persécutions contre les juifs, ses menaces, sa maladie, son repentir, ses promesses , etc. Ces traits historiques font faire l'application des caractères de la contrition d'une manière plus intelligible. Maintenant , parlez du ferme propos dont j'espère qu^il vous sera plus facile de comprendre la nécessité et les caractères.
1. D. Qu'est-ce que le ferme propos, François? Dites la réponse et ensuite la demande.
2. D. Pourquoi le ferme propos est-il nécessaire à la véritable contrition ?
( Quand les deux demandes ont parcouru les bancs, faites les questions suivantes : )
Le, G. : Qu'est-ce que la contrition ?
R. C'est une douleur et une détestation, etc.
Le G. : Combien de choses renferme la contrition?
R. Elle renferme quatre choses. Il faut qu'elle «oit intérieure, etc.
Le G. ; Est-ce la réponse qu'il fallait me faire , Augustin ?
R. Oui , M. , parce que ce sont les qualités de la contrition.
Le G. : Ai-je demandé les qualités de la contrition ?
R. Non , M. , vous avez demandé combien il r avait de choses dans la contrition.
Le G. : Répétez la définition de la contrition , et vous verrez qu'elle renfermé deux choses : l'une qui regarde le passé et l'autre qui regarde l'avenir.
R. Oui , M. , je n'y faisais pas attention : c'est
une douleur des péchés qu'on a commis, voilà pour le passé ; et le ferme propos de ne plus pécher, voilà ce qui regarde l'avenir.
( Faites répétera plusieurs cette distinction. )
Le C. : De quelle partie de la contrition avonsnous parlé ces jours-ci? Est-ce de ce qui regarde le passé, ou de ce qui regarde l'avenir, Jules ?
R. M. , nous avons parlé de ce qui regardele passé.
Le C : C'est-à-dire du regret que nous devons avoir des péchés commis. Croyez-vous qu'il y ait possibilité d'avoir un regret sincère du passé, sans avoir un ferme propos de ne plus pécher ?
R. Oui , M. , parce qu'on n'y pense pas.
Le C. : On n'y pense pas , cela est vrai ; mais il faudrait y penser. Dieu ne voit-il pas le fond du cœur , Jules ?
R. Pardonnez-moi , Monsieur.
Le C. : Si vous conservez la volonté de pécher, Dieu ne verra-t-il pas cette mauvaise volonté ?
R. Pardonnez-moi, M. , Dieu la verra.
Le C. : Il faut donc la changer cette mauvaise volonté ?
R. Oui , M., il faut la changer, et alors former le bon propos de ne plus offenser Dieu.
Le C. : Le cœur est- il véritablement converti quand on n'est pas dans la ferme résolution de ne plus tomber dans les mêmes fautes? Non, M. E. , il n'est pas converti. Le pécheur se rend coupable en s'éloignant de Dieu pour s'attacher aux créatures: pour se convertir , il faut se détacher des créatures pour s'attacher à Dieu. Le pécheur quitte le chemin du ciel qui est pénible, pour s^attacher à celui de l'enfer qui est plus agréable ; il faut qu'il s'éloigne de ce funeste chemin , qui le conduirait au plus grand des malheurs , et qu'il prenne le chemin du ciel. Je suppose qu'un enfant s^est sauvé de la maison paternelle , comme l'enfant prodigue ; son père
court après lui et l'engage à rentrer dans sa maison : cet enfant s'arrête , il pleure, mais il ne veut pas retourner à la maison. Peut-on dire qu'il a le regret de sa faute? S'il en était fâché , il se hâterait de rentrer dans la maison paternelle. Voyons, Alexandre, pour se convertir sincèrement, sulBt-il d'être fâché d'avoir fait des sottises ?
R. Non, M. , il faut être résolu à n'en plus faire.
Le C. : Le pécheur est-il dans le chemin du ciel?
R. Non, M. ; au contraire, il est dans le chemin de l'enfer.
Le C. : Quel chemin doit-il prendre pour se convertir?
R. Il doit prendre le chemin du ciel.
Le C. : Et que faut-il faire pour prendre le chemin du ciel ?
R. Il faut faire tout le contraire de ce que l'on faisait auparavant.
Le C. : Que voulez- vous dire par-là?
R. Je veux dire qu'il faut quitter le péché et pratiquer la vertu.
Lç Ç. : Qui devons'nous aimer par-dessus toutes choses ?
R. Monsieur , c'est le bon Dieu.
Le C. : Celui qui blasphème, aime-t-il le bon Dieu par- dessus toutes choses?
R. Non sans doute , puisqu'il l'outrage.
Le C. : Que doit-il faire pour se convertir?
R. Il doit demander pardon à Dieu , le prier et pratiquer les commandements de Dieu et de l'Eglise.
( Faites la même question successivement : sur ceux qui volent le bien d'au trui, ceux qui se vengent, ceux qui manquent la messe le dimanche , ceux qui s'enivrent, etc. )
Le C. : Que faut-il faire pour obtenir le pardon de tous ses péchés?
R. Il faut en avoir une sincère contrition.
Le C. .* Ceux qui sont disposés à continuer, en ont-ils la contrition ?
R. Il est bien clair qu'ils ne l'ont pas tant qu'ils n'ont pas le ferme propos de se corriger.
Le G. : h.\i. k quelle marque peut-on reconnaître qu'on a le ferme propos ?
R. La marque la plus sûre, etc.
Le C. : 5. D. Quels sont les principaux moyens de se corriger ?
R. C'est d'en demander à Dieu la grâce , etc.
( Faites répéter ces deux demandes ; elles exigent peu d'explication , parce que la réponse en est claire. On pourrait seulement en faire l'application à saint Pierre, à sainte Magdeleine, à saint Augustin, à tous les pécheurs qui ont changé de vie , qui se sont fait religieux , anachorètes, etc. )
Le C. : 6. D. Qu'entendez-vous par les mauvaises habitudes ?
R. J'entends l'inclination , etc.
Le C. : Il est nécessaire, mes E., de se former une juste idée de ce qu'on appelle habitude ; c'està-dire de la facilité qu'on a prise de faire une chose en la faisant souvent. Louis, on dit que vous écrive» très vite : d'où cela vient-il ?
R. M. , cela vient de ce que j'écris beaucoup.
Le C. : Jules, on dit que vous savez bien jouer aux boules , cela est-il vrai ?
R. Oui , M. , c'est un peu vrai.
Le C. : Comment avez-vous fait pour acquérir cette facilité ?
R. M. , je n'ose pas le dire, mais j'ai bien promis au bon Dieu de ne pas jouer autant.
Le C. : Vous croyez donc que c'est en jouant beaucoup que vous avez contracté l'habitude de bien diriger votre boule ?
R. Oui , M. , mais aussi mon père m'a souvent grondé.
Le C. : Clolilde, expliquez-moi comment il peut se faire que les filles fassent des coutures dont les points sont si droits, si égaux?
R. C'est l'habitude qu'on nous en fait contracter de bonne heure, qui nous donne cette facilité.
Le C. : Je pourrais, M. E., vous faire d'autres questions semblables, qui vous donneraient une idée de l'habitude et de la facilité qu'elle donne de faire les choses. Quand les choses sont bonnes, il n'y a rien à dire ; au contraire , c'est un bien de contracter l'habitude de faire son travail avec facilité; mais quand les choses sont mauvaises, l'habitude estun grand malheur, parce qu'on a beaucoup de peine à se corriger. Frédéric, est-ce un grand bien d'avoir l'habitude du travail?
R. Oui, M., parce qu'on fait l'ouvrage avec moins de peine , avec plus de facilité et plus de plaisir.
Le C. : Comment acquiert-on l'habitude du travail ?
R. M. , on l'acquiert par l'assiduité au travail. Dans les commencements,j'avais beaucoup de peine pour manier le marteau et la scie ; maintenant cela ne me coûte rien, au contraire.
Le C. : Croyez-vous qu'il soit facile de se corriger des mauvaises habitudes?
R. Non, M. , cela n'est pas aisé. Nous avons un voisin qui se fâche comme un démon , il jure contre sa femme et ses enfants : il en a honte, il voudrait se corriger ; mais il n'en vient pas à bout.
Le C. : C'est donc un grand bonheur de se préserver des mauvaises habitudes ?
R. Oui , M. , c'est un très grand bonheur.
Le C. : Comment faut-il taire pour cela ?
R. Il faut bien prier Dieu , bien faire des actes de contrition.
Le C. : Régis , n'avez-yous pas des petits arbre» dans votre jardin ?
R. Pardonnez-moi, M., nous avons une belle pépinière ; nous vendons même beaucoup de plantes.
Le C. : Quand les arbres sont petits, est-il facile de les empêcher de prendre un mauvais pli ?
R. Oui, M., cela est bien aisé; moi qui ne suis pas fort, je les fais plier tant que je veux.
Le C. : Si l'arbre était bien gros et courbé vers la terre , serait-il aisé de le faire plier ?
R. Non , M. , on s'y mettrait quatre , qu'on no pourrait pas le dresser.
Le C. : Voilà, mes enfants, ce qui arrive à l'égard des habitudes : quand on est jeune , on les corrige aisément ; mais quand on est vieux , on a toutes les peines du monde à les corriger. On corrige aussi lacilement les habitudes qui ne font que commencer ; mais quand elles sont vieilles elles s'enracinent, et il est bien difficile de les corriger. Il faut retenir ces deux comparaisons et l'application qu'il est aisé d'en faire. Voyons, Louis, qu'entendez- vous par mauvaises habitudes ?
R. J'entends l'inclination et la facilité qu'on a contractée de retomber dans les mêmes fautes.
Le C. : Comment se forment les mauvaises habitudes?
R. Elles se forment en multipliant les actes comme serait de coudre , de scier le bois, de jurer , de faire de mauvaises actions.
Le C. : Est-il bien difficile de corriger les habitudes mauvaises?
R. Oui, M., quand elles sont anciennes, mais non quand elles sont nouvelles.
Le C. : Les habitudes peuvent-elles être anciennes dans les jeunes gens?
R. Non , M. , parce que nous sommes jeunes et nous plions facilement comme les petits arbres.
Le C. : Vous pouvez donc vous corriger facilement do toutes les mauvaises habitudes à Vàge où vous
êtes ? pourquoi ne le pourriez-vous pas quand vous serez plus âgés?
R. M., parce qu'alors nous serons comme ces gros arbres , semblables à celui qui est devant l'église et qu'il serait impossible de parvenir à redresser.
( Faites les mêmes questions à plusieurs, afin de leur donner une juste idée du pécbé d'habitude et de leur faire apercevoirlanécessitédes'enpréserver et de s'en corriger. Faites bien remarquer la comparaison de l'arbre jeune et de l'arbre vieux, et la double application des habitudes que contractent les jeunes gens et qui sont faciles à corriger, et les habitudes qui ne font que commencer même dans les
Îtersonnes âgées et qu'on peut aussi corriger faciement ; tandis que les habitudes qui sont vieilles poussent des racines si profondes qu'il est très difficile de les arracber. )
Le C. : Est-il impossible de corriger les mauvaises habitudes ? Non , M. E. , rien n'est impossible avec le secours de la grâce de Dieu qui est toute-puissante , comme nous l'avons dit dans le commencement en parlant de la grâce. Voyons, François, qu'est-ce que la grâce ?
R. C'est un don que Dieu nous fait en vertu des mérites , etc.
Le C. : Que pouvons-nous faire avec la grâce?
R. M. , nous pouvons surmonter les tentations les plus violentes, corriger les habitudes les plus invétérées, pratiquer les vertus les plus héroïques.
Le C. : C'est très bien , vous n'avez pas oublié ce que nons avons dit ; Dieu veuille que vous le mettiez tous en pratique.
( Après avoir fait quelques questions particulières sur diverses habitudes, comme vol^ jurements , ivropierie^ etc. auxquelles vous faites l'application de la puissance de la grâce, passez à l'occasion du péché. ]
Le C. : 7 D. Qu'entendez-vous par les occasions dangereuses, Charles?
R. J'entends ce qui nous porte ordinairement, etc.
Le C. : Pourquoi faut-il éviter les occasions?
R. Parce que Voccasion fait le larron.
Le C. ; Qu'est-ce que cela veut dire ?
R. M. , je n'en sais rien , mais je l'ai entendu dire comme cela.
Le C. : Comprenez-vous ce que cela veut dire , Régis?
R. Cela veut dire que quand on fréquente un voleur, on devient voleur.
Le C. : Quand on fréquente les libertins, les ivrognes, etc. , en est-il de même?
R. Oui, M., il y a un autre proverbe ainsi conçu : dis-moi qui tu fréquentes , je te dirai qui tu es.
Le C. : M. E. , ces proverbes sont fondés sur l'expérience de tous les pays et de tous les siècles. Mais ce n'est pas seulement en fréquentant de mauvaises compagnies qu'on trouve des occasions de péchés , c'est aussi dans les mauvaises lectures , les romans , les comédies, les bals, les cafés, les cabarets, etc. Raymond, vous n'avez jamais remarqué ces petits papillons qui voltigent autour de la chandelle le soir à la veillée?
R. J'en ai vu souvent ; ces pauvres petites bêtes , elles avancent, elles reculent, et puis finissent par se brûler.
Le C. : Pourriez- vous me dire ce que représentent ces petits papillons?
R. M. , ils volent comme l'hirondelle, comme les oiseaux.
Le C. : Louise , comprenez-vous la demande que je fais , et pourquoi je la fais?
R. Je pense que vous voulez comparer les papillons aux jeunes gens qui fréquentent les mauvaises compagnies.
362 XX m. JOUR de catéchisme.
Le C. : Que leur arrive-t-il ?
R. Ils avancent et reculent comme les papillons, et finissent par se brûler en faisant des sottises.
(Insistez sur cette comparaison et sur quelques autres, sur la fréquentation de ceux qui ont la gale ou quelqu'autre maladie contagieuse. )
Le C. : 8. D. Le ferme propos doit-il être universel ?
R. Oui, il doit, etc.
9. D. Ne suffit-il pas d'avoir la volonté de ne pas tomber si souvent dans le péché ?
R. Non, il faut, etc.
( Faites répéter ces deux demandes à plusieurs ; elles n'exigent pas beaucoup d'explication ; il faut cependant faire observer que si on n'était pas résolu à éviter tous les péchés et toujours, on conserverait une volonté coupable , on serait encore ennemi de Dieu et on n'obtiendrait pas son pardon. '
Le C. : 10. D. Si malgré le bon propos on retombe dans quelque péché mortel , que faut-il faire?
R. Il faut s'en repentir, etc.
11. D. Pourquoi faut-il s'en repentiret s'en confesser au plus tôt?
R. Parce qu'en restant dans cet état, etc.
( Il faut insister beaucoup sur ces deux demandes qui sont de la plus grande importance. )
Le C. : Emile , si un charbon allumé tombait sur votre habit , que feriez-vous ?
R. M. , je le secouerais le plus vite possible.
Le C. : Pourquoi cela ?
R. M. , pour ne pas laisser brûler mon habit.
Le C. : Votre âme ne vaut-elle pas mieux que votre habit ?
R. Bien sûr, M. , puisque mon âme est immor- i telle , au lieu que mon habit ne vaudra plus riea dans deux ans.
Le C. : Comprenez-vous ce que je veux dire en faisant celle comparaison?
R. Il me semble que je le comprends.
Le C. : Si vous le comprenez , expliquez-vous et nous verrons.
R. Vous voulez dire que le péché conduit notre âme à l'enfer.
Le C. : C'est bien à peu près cela ; mais Julie rac le dira plus clairement. Qu'est-ce que j'ai demandé, Julie?
R. Vous avez demandé ce que nous ferions si un charbon tombait sur nos habits. On a répondu que vite nous le secouerions pour ne pas brûler notre habit ; par la même raison , quand nous avons eu le malheur de faire un péché il faut vite en demander pardon.
Le C. : C'est bien. Anlhelme , si vous aviez avalé un poison , que feriez-vous ?
R. Si j'avais avalé un poison, je prendrais vîle du contre-poison.
Le C. : Le péché est-il un poison ?
R. Oui , M. , c'est un poison et bien mauvais , parce qu'il tue notre âme en lui faisant perdre la grâce.
Le C. : Quel est le contre-poison du péché? R. C'est la confession.
Le C. : Mais on ne peut pas toujours se confesser tout de suite ; ne connaissez-vous pas de contrepoison plus prompt , plus facile , plus à la portée de tout le monde ?
R. Je sens que ceux qui demeurent à la campagne sont quelquefois embarrassés, ils sont loin de l'église et de M. le curé et ne peuvent pas se confesser.
Le C. : Antoine, seriez-vous bien embarrassé pour trouver un contre-poison plus prompt, que la confession contre le péché ?
R. Non, M., je ne serais pas embarrassé, je ferais un acte de contrition.
364 xxni. JOUR de catéchisme.
Le C. : Cet acte de contrition suffirait-il pour effacer le péché qu'on aurait commis, Nicolas ?
R. Oui , M. , pourvu qu'il fût accompagné de la résolution de se confesser.
Le C. : Pourquoi faut-il se presser de faire nn acte de contrition quand on a fait une faute, Joséphine ?
R. Parce qu'on ne mérite rien pour le ciel quand on est en péché mortel.
Le C. : Ceci est un peu difficile à comprendre : avant de vous l'expliquer, je vous invite à vous mettre à genoux pour demander la grâce dont j'ai besoin pour le bien expliquer.
( Le Catéchiste dit tout haut Y Oraison dominicale et la Salutation angélique , et dit auparavant ces
Earoles : Mon Dieu faites-moi la grâce d'expliquer ien clairement cette demande du catéchisme et accordez à tous ces enfants la grâce de me bien comprendre. )
Non , mes enfants , quand on est en péché mortel on ne mérite rien pour le ciel, c'est-à-dire qu'on ne sera jamais récompensé dans le ciel des bonnes œuvres que l'on fait, étant en péché mortel ; ainsi les prières, les jeûnes, les aumônes peuvent nous attirer des grâces de conversion, ce qui est déjà un grand bonheur ; mais le pécheur étant ennemi de Dieu , il ne peut mériter aucune récompense.
Le C. • François , quel est l'effet que produit le péché mortel dans notre âme ?
R. M. , il détruit en nous la grâce sanctifiante.
Le C. : Quand on n'a pas la grâce sanctifiante peut-on aller au ciel ?
R. Non , M. , parce qu'on est ennemi de Dieu et sous la puissance du démon.
Le C. : Quand on est esclave du démon, peut-on faire quelque chose qui mérite les récompenses du j bon Dieu. •
R. Cela n'est pas possible , parce qu'on ne récompense pas ses ennemis.
Le C. : Si on avait mené une vie bien chrétienne jusqu'à l'époque où l'on a eu le malheur d'offenser Dieu mortellement, perdrait-on le mérite de toutes les bonnes œuvres qu'on a faites?
R. Oui , M. , puisqu'on serait exclu du ciel. Le C. : Quand on s'est confessé, le bon Dieu nous rend-il le mérite des bonnes œuvres que nous avons faites et que le péché nous avait fait perdre ?
R. Oui , M. , Dieu est si bon qu'en nous pardonnant nos péchés , il nous rend les mérites que nous avions acquis avant de pécher.
Le C. : Est-ce la même chose pour les bonnes
œuvres qu'on a faites étant en état de péché mortel?
R. Non : ces œuvres n'avaient aucun mérite pour
le ciel quand on les a faites, et elles n'en auront
jamais.
Le C. : Que faut-il donc faire pour rentrer en grâce avec Dieu ?
R. Il faut faire un acte de contrition et se confesser le plus tôt possible.
Le C. : Je suppose quelqu'un qui ferait beaucoup d'aumônes , ne pourrait- il pas de cette manière obtenir le pardon de ses péchés?
R. Non , M. , il n'y a que la contrition et la confession qui puissent le réconcilier avec Dieu.
Le C. : Supposons un jeune homme qui, à l'âge de quinze ans , commet un péché mortel et ne s'en confesse pas; mais il va à la messe, fait ses prières le matin et le soir et se marie à l'âge de trente ans ; à cette époque il va se confesser. Est-ce qu'il ne sera récompensé dans le ciel d'aucune des prières et bonnes œuvres qu'il aura faites depuis l'âge de quinze ans ?
R. Non , M. , il n'en sera jamais récompensé dans le ciel.
Le C. : S'il reste sans se confesser depuis son mariage jusqu'à la mort, quoiqu'il se soit conduit à rextérieur comme un bon chrétien , sauf la confession , ne sera-t-il récompensé d'aucune des bonnes œuvres qu'il aura faites ?
R. Non , M. , parce qu'il n'a pas la grâce sanctifiante qui rend nos actions méritoires.
Le C. : Si cela est ainsi, une fois qu'on est en péché mortel il n'est plus nécessaire de faire des bonnes œuvres.
R. Pardonnez-moi, M., il faut faire des bonnes œuvres pour obtenir des grâces de conversion et ne pas mourir en état de péché mortel, ce qui est un malheur irréparable.
Le C. : C'est donc un grand malheur, M. E. , de négliger d'approcher des sacrements ; mais c'est un malheur si commun qu'on n'y fait presque pas attention. Quel regret on doit éprouver en entrant dans l'autre monde d'avoir négligé de mettre à profit les grâces sans nombre que nous recevons dans celui-ci. Epargnons-nous ces regrets, nies chers enfants, en menant une vie véritablement chrétienne et en remplissant exactement tous nos devoirs.
Un des artifices les plus dangereux que l'ennemi du salut emploie pour la perte des âmes , c'est d'inspirer aux pécheurs une mauvaise honte qui leur ferme la bouche au saint tribunal, et les empêche de découvrir leurs plaies intérieures au Médecin spirituel. Un homme , qui avait mené jusqu'alors une vie assez régulière , eut le malheur de tomber dans une faute grave. Elant ensuite rentré en lui-même , il comprit toute l'énormité de son crime , et sa première pensée fut de recourir au remède salutaire de la pénitence; mais il en conçut tant de honte , qu'il ne put se déterminer à s'en confesser. Bourrelé par les remords de sa conscience , qui ne lui laissait pas un moment de repos ,
SIK LE FERME PHOPOS. 367
il prit la résolulion insensée d'aller se noyer, espérant par là mettre fin à ses peines ; mais quand il fut arrivé au bord de la rivière , il frémit à la vue du malheur éternel où il allait se précipiter , et s'en retourna pleurant à chaudes larmes, et priant le Seigneur de lui pardonner son péché sans qu'il fût obligé de s'en confesser. Il crut pouvoir recouvrer la paix de l'âme en visitant plusieurs églises et en faisant des prières et des œuvres de pénitence ; mais ce fut en vain : Dieu voulait la lui accorder par l'intercession de la très Sainte Vierge. Une nuit qu'il était plongé dans une mélancolie profonde, il se sentit fortement inspiré d'aller se confesser ; il se leva de grand malin , se rendit à l'église ; mais quand il fut sur le point d'entrer au confessional , il se sentit plus que jamais tourmenté par cette funeste honte , et n'eut pas la force d'exécuter ce que la grâce lui inspirait. Quelque temps après la même chose lui arriva : il se rendit à la même église , mais il fut encore arrêté par la honte , et prit la résolulion de mourir plutôt que de déclarer son péché à un confesseur. Cependant il lui vint en pensée de se recommander à la Sainte Vierge avant de rentrer chez lui. Il va donc se prosterner au
f>icd de l'autel de la Mère de Dieu , il lui représente e grand besoin qu'il a de son secours , et la conjure avec instance de ne pas l'abandonner. Admirable effet de la prière ! La Mère de miséricorde fut touchée des gémissements de ce malheureux pécheur, et lui obtint de son Fils la victoire sur la terrible Icnlalion qui le poursuivait. A peine se fut-il mis à genoux , qu'il sentit son cœur tout changé : il se leva plein de courage , alla trouver son confesseur , et lui déclara tous ses péchés en versant des lorrens de larmes. Il lui sembla qu'on lui ôlait un poids énorme de dessus la conscience, et il avoua ensuite qu'au moment où il reçut l'absolution , il éprouva
plus de contentement que s'il eût gagné tout Tor du monde. (Le B.Liguori, MuzareUi. )
Demain nous ferons réciter la quatorzième et la quinzième leçon du catéchisme. Dites tout haut la prière du soir ou les actes de foi , d''espérance , de charité et de contrition bien distinctement ; chantez le cantique : Z>m triste poids qui vous accable, p. 76.