‹ Méthodes américaines d'éducation générale et techniqueChapitre 38 sur 160 · Les formes d'animaux · texte numérisé non relu

Les formes d'animaux

Le modelage des formes, dites animales, succède aux formes végétales et introduit un élément nouveau dans les études des jeunes gens.

L'étude des modèles en nature est considérée comme la base des cours. Le choix des sujets est illimité. L'école de M. Tadd possède un matériel d'études extrêmement riclie : des moulages de poissons montés, des coquillages de diverses formes et des séries d'oiseaux empaillés, des papillons, des fleurs en toutes les saisons, dont il a été fait mention dans les cours de dessin.

Avec le degré d'avancement, les modèles se compliquent et s'animent.

Certains élèves des écoles secondaires entreprennent l'étude des modèles de Barye (fig. 80) et les approprient à des destinations décoratives, traduisent le haut-relief en bas relief ; d'autres font des études d'après photographies, réduisent le modèle en un travail de cire, technique également étudiée à l'école ; le dessin est tracé en contour sur la planche ou sur du Fig. .^7. — Em-ouiemeiu j..uUe papier ; les élèves modèlent en cire sur un carreau de vitre placé sur le dessin, les mêmes formes animales ou des formes dérivées.

e) Sculpture sur bois.

Le système de rotation, adopté dans l'Ecole publique d'arts industriels, amène successivement les élèves de tout âge, de six à dix-huit ans, dans l'atelier de sculpture sur bois. Rien de plus vivant et de plus fascinant que le

spectacle de pareils travaux (fig. 98). Au premier rang, nous voyons une petite fille de huit ans, tapant ferme du maillet sur la petite gouge, qui creuse dans le bois les contours d'un pannelet décoratif; son voisin, un garçonnet de onze ans, s'attache à modeler, cà. la force du poignet, une arabesque dans une planchette de chêne. Les maillets se lèvent et retombent avec une ardeur bru3^ante, tandis que les éclats de bois volent épars. Le mobilier consiste en une simple table, légèrement inclinée, de soixante centimètres, de large et de dix centimètres d'épaisseur, juchée sur des tréteaux ; les outils : cinq ciseaux et autant de gouges au maximum, avec une ardoise pour les affûter, un maillet pour forcer les ciseaux ou gouges dans le bois, lorsque le poignet ne parvient pas à faire ce travail ; nous voyons encore des valets à pression, pour fixer le bois à sculpter, (fig. 98).

Fig. 99. — Modèle préparé pour la sculpture

L'école admet à l'atelier tous les élèves, garçons et filles, dès qu'il parviennent à se hausser au niveau de réta])li et que, bien constitués, ils possèdent la force nécessaire pour manier le maillet. Tous sculptent sur chêne, bois un peu tenace de texture, offrant assez de résistance pour éviter les éclats, même sous un coup mal appliqué.

Le visiteur voit avec surprise, des enfants de huit ans projeter à la craie, sur un bloc de bois, les contours de leur sculpture ; ils débutent par des formes simples l'enroulement double, par exemple, dessiné antérieurement. Dès que le tracé a été approuvé par le professeur, l'élève fixe

son dessin en le repassant au crayon (fig. 90). La méthode continue à exclure les moyens mécanique dans la préparation du modèle : tout doit sortir de la main libre de l'élève, dans le but d'unir la dextérité manuelle à la conception personnelle.

Les projets sont la création propre des élèves. Parmi la centaine de travaux que nous avons vus en voie d'exécution, il n'y en avait pas deux de semblables; nous pouvons certifier ainsi la plus grande sincérité dans la mise en pratique du sj^stème.

Le contour tracé, l'élève hachure le fond, afin d'éviter toute erreur dans l'attaque. Gomme les élèves possèdent une grande habitude du dessin et du modelage, le travail de sculpture marche à pas de géant, une fois les premières difficultés matérielles vaincues.

Fig. loo. — Sculptures exécutées par les enfants de l'Ecole d'arts industriels Tadd

Le travail de sculpture sur bois se fait à l'aide de gouges et de ciseaux, soit sous la simple pression des mains sur les outils, soit avec l'outil chassé par le maillet. Un certain développement musculaire est nécessaire pour sculpter le chêne par la force des poignets; ce travail n'est praticable qu'avec des enfants de l'âge de onze à douze ans. C'est le mode le plus éducatif parce qu'il nécessite une discipline parfaite des mouvements et une grande sûreté de coup d'œil.

Pour exécuter un modèle à bas relief, sur fond, les élèves s'appliquent à inciser à la gouge, à la force des

poignets suivant le contour imposé, un sillon, d'abord sui)erficiel, puis plus profond. Ils enlèvent ensuite le bois du fond et se servent du ciseau pour l'égaliser sommairemeiit; pour guider l'outil, l'élève se sert alternativement de la main gauche et de la main droite et continue ainsi dans la sculpture la pratifpie de l'ambidextrie commencée dans les cours de dessin et de modela<ie.

Fig. loi. — Enfant sculptant une surface courbe d'après Tadd

Le contour est ensuite parachevé à l'aide du ciseau, de la gouge et du maillet, maniés indifféremment de la main droite et de la main gauche. Lorsque le motif principal apparaît sur un fond nettement marqué, les élèves commencent l'exécution du relief, travail que nous appellerions volontiers le modelage libre du bois. Ils enlèvent l'ornement et la figure du bout de l'outil, sans aucune mise au point, comme le faisaient naguère les artistes-sculpteurs de la Renaissance.

On est réellement surpris de l'assurance avec laquelle ils manient le ciseau et la gouge et l'aisance avec laquelle ils finissent par donner les formes prévues dans le projet.

Reprenant le sujet à sculpter en relief, (flg. 99) l'élève choisit les gouges d'après la courbe à donner à l'enroulement; il trace ensuite, sur le contour de la figure une ligne

Fig. 102. — Bras de fauteuil, sculptés par les élèves de l'école secondaire Tadd

marquant les épaisseurs à laisser au motif. A la force des poignets, il découpe, à l'épaisseur voulue, la courbe intérieure de l'enroulement, suivant le sujet modelé. Tantôt les élèves guident l'outil de la main gauche et poussent l'outil de la main droite ou inversement; tantôt le poignet de la main qui guide, repose sur le bloc et devient le centre des mouvements circulaires ou spiraloïdes à imprimer à l'outil ;

ENSEIGNKMENT ELEMENTAIRE 175

tantôt encore, l'élève se sert du poing- comme d'un maillet. Le professeur est là (jui veille aux petits accrocs, bris de l'enroulement, coups de ciseau mal donnés ; il conseille et encourage, sans se substituer à l'élève qui doit, par l'exercice, ac(piérir la force des poignets et des muscles, la précision des mouvements, le coup d'o^'il sur. Il est d'ailleurs entrainé aux mouvements élémentaires par des travaux répétés sur des formes fondamentales, exactement comme dans les cours de dessin.

Par ({uels exercices d'entrainement les élèves sont ils initiés aux difficultés premières de la sculpture ?

Les premiers travaux ont pour but de familiariser les élèves avec l'emploi des outils et des matériaux ; ils fixent dans leur mémoire une série de formes fondamentales, qui entreront, plus tard, dans leurs compositions décoratives. Ces formes, qui sont identiques à celles que nous avons vu étudier dans les cours de dessin et de modelage sont :

1" L'enroulement ;

2° La feuille à trois lobes ;

3° La spirale à crochets ;

4" L'antliémion.

A cette série s'ajoutent les rosettes de forme ronde et de forme carrée, ainsi que les formes conventionnelles combinées.

Pour aboutir ainsi à des projets convenant à l'ameublement (fig. 100), les élèves s'appliquent aussi à tailler sur des surfaces courbes, des moulures, des godrons, des oves, des feuilles d'acanthe. La figure 101 représente un travail en voie d'exécution.

Dans les écoles secondaires, la sculpture sur bois s'étend à l'étude de la figure, aux morceaux de style et même au plein relief (fig. 102).

Page 1