II. — Fontes ou aciers renfermant de très faibles
proportions d'aluminium.
A. — Précipitation du phosphate dalumine après réduction du sel de fer.
On prend 5 ou 10 grammes de métal, qu'on attaque par l'acide chlorhydrique dans une capsule de platine recouverte d'une feuille de platine ; on évite l'emploi du verre ou de la porcelaine, pour ne pas risquer d'introduire dans le liquide de Talumine provenant des vases.
Lorsque le métal est entièrement dissous, sans laisser la solution se peroxyder à l'air, on y ajoute de l'eau distillée et on fait passer le liquide dans une fiole, en retenant sur un filtre les parties insolubles, graphite, silice (en partie), etc.
On neutralise la plus grande partie de Tacide libre par l'ammoniaque d'abord, puis par le carbonate de soude, mais sans atteindre le point où le liquide se troublerait ; on ajoute un peu d'hyposulfite de soude; puis, lorsque la coloration violette de la liqueur a disparu, ce qui indique la réduction complète du sel ferrique, on y verse 2 ou 3 centimètres cubes d'une solution saturée de phosphate
de soude et 20 centimètres cubes d*une solution d'acétate de soude (5 à 6 grammes) ; on chauffe alors jusqu'à TébuUition, qu'on entretient pendant trois quarts d'heure environ, aussi longtemps qu'on perçoit l'odeur d'acide sulfureux.
Il se fait un précipité, ordinairement peu volumineux, de phosphate d'alumine mêlé de soufre, contenant un peu de silice et de phosphate ferrique ; ce précipité est reçu sur un filtre et lavé à l'eau bouillante, puis placé au-dessus d'une capsule de platine et traité à chaud par 10 ou 15 centimètres cubes d'acide chlorhydrique étendu.
La solution est évaporée à sec et le résidu maintenu à 100® pendant une heure, afin que la silice devienne complètement insoluble dans les acides. On reprend alors par un peu d'acide chlorhydrique étendu, en chauffant, pour redissoudre tout le phosphate d'alumine et celui de fer, on sépare sur un petit filtre les dernières parties de silice et on étend de 100 centimètres cubes d'eau froide. On renouvelle enfin sur cette solution, qui ne renferme plus que très peu de fer, la précipitation du phosphate d'alumine par la même méthode qu'au début : neutralisation incomplète, addition d'hyposulfite de soude et ensuite d'une solution de 2 grammes d'acétate et 2 grammes d'hyposulfite, ébullition d'une demi-heure et filtration sur un petit filtre en papier Schleicher. Le peu de fer qui était resté dans le premier précipité a été complètement éliminé, ainsi que la silice; le nouveau précipité, séché, calciné et pesé, est du phosphate neutre
d'alumine Ph^O'APO' ou AlPhO*, renfermant 22,45 p. 100 d'aluminium (Ad. Garnot, 1882).
Nota. — Une méthode presque semblable a été donnée, en 1890, par Pattinson et Stead, sans qu'ils eussent connaissance de notre travail plus ancien. (Moniteur scientifique, novembre 1890 et janvier 1891.)
B. — Dosage de F alumine après séparation du fer
par'télectrolyse.
Thomas Drown et Alex. Me. Kenna ont proposé (1891) d'appliquer à la recherche de raluminium dans les aciers le procédé électrolytiqué du docteur Walcott Gibbs (1883), consistant à séparer le fer par réduction et précipitation sur une cathode de mercure et à doser ensuite Talumine à Tétat de phosphate. Ils conseillent d'opérer de la façon suivante :
5 ou 10 grammes d'acier sont attaqués par Tacide sulfurique ; on évapore jusqu'à apparition de fumées blanches, on ajoute de Teau et on chauffe jusqu'à redissolution complète des sulfates, on filtre pour séparer la silice et le carbone, on sature autant que possible par l'ammoniaque et on fait passer le liquide, dont le volume peut être de 300 à 500 centimètres cubes, dans un vase à électrolyse, où l'on a versé un poids de mercure égal à 100 fois celui du métal traité. Le mercure doit former la cathode, tandis que l'anode est une grande lame de platine ; on se sert d'un courant de 2 ampères, donnant 20 centimètres cubes de gaz par minute.
Le fer se dépose sur la cathode et s'unit au mercure. Le manganèse se partage, une moitié environ s'unissant au mercure, tandis que l'autre se dépose à l'état de bioxyde sur l'anode ; le phosphore passe entièrement dans la dissolution. Il faut, de temps en temps, saturer par l'ammoniaque l'acide mis en liberté par suite de la décomposition du sel de fer. Au bout de 10 ou 15 heures, quand tout le fer est précipité, on enlève la solution à l'aide d'une pipette, sans interrompre le courant, on ajoute de l'eau et on recommence ainsi, jusqu'à ce que le liquide ne soit presque plus acide et ne risque pas de
dissoudre du fer. L'anode est alors enlevée et on lave le mercure.
Les eaux mères et les eaux de lavage sont filtrées pour séparer le bioxyde de manganèse, qui pourrait se trouver en suspension. On ajoute un excès de phosphatede soude et 10 grammes d'acétate, on neutralise presque par Tammoniaque et on porte à TébuUition pendant 40 à 45 minutes. Le phosphate d'alumine précipité est alors lavé, calciné et pesé. Il doit ^tre blanc après calcination. S'il arrivait qu'il fût coloré par du fer, il faudrait l'attaquer par du bisulfate de potasse, dissoudre dans l'eau et soumettre de nouveau à Télectrolyse pendant deux ou trois heures.
Les auteurs admettent que le précipité répond à la formule : 7APOS6Ph*0', correspondant à 24,14 p. 100 d'aluminium (Chemical News^ 16 octobre 1891). Mais <iette formule est en désaccord avec les résultats trouvés par différents chimistes et récemment encore par C. Glaser [Moniteur scientifique y juin 1893).
Nota. — Les deux méthodes que nous venons de décrire ont, •comme toutes celles où le métal sera dissous par un acide, l'inconvénient de ne pouvoir fournir qu'un dosage brut de Talumine et de ne pas montrer avec certitude, si cette alumine correspond à de Talu minium métallique allié au fer ou à du silicate ^laitier ou scorie) inclus dans le métal. Leurs indications peuvent être heureusement complétées par remploi du chlore par voie sèche, qui va être décrit un peu plus loin.