ii-±:/iL i^^/>, : Aeriœ fugere grues. — Posthabita
coluisse Samo. — Infandum, regina, jubés.
Mais il ne faut pas en abuser, comme fait Lucain.
(Cf. QuiCHERAT, XXV et ci-dessous, chap. viii.)
83. La meilleure leçon est la lecture attentive de Virgile : il n'y a rien où le grand artiste soit plus admirable. Notons seulement que tout peut devenir moyen d'expression : le dactyle est d'allure plus rapide que le spondée, les grands mots ont facilement quelque chose de majestueux ou de profond; les suspensions et les rejets prolongent ou arrêtent brusquement l'impression et souvent sur un mot expressif, sur un trait pénétrant; les élisions pourront rendre quelque chose de heurté, de pénible; une césure insolite, un vers irrégulier fera ressortir le trouble, le désordre, etc. On verra quelques exemples dans le chapitre suivant. Citons-en ici quelques autres.
déjà recueillis en partie par le P. de Gellières, RoUin, Quicherat, Chardin, etc.
84. — 1. Harmonie des sons. Certains sons rendent mieux telle impression :
Mollia lutcola pingit vaccinia caltha. {G. u, 50.)
Il semble que la fréquence des a soit pour quelque chose dans la molle douceur du vers qui rend si l)icn les tons moelleux d'une corbeille de fleurs.
Insonuere cavaî geraitumque dedere caverna>. {^^En. n, 53.)
Le vers fait entendre comme un écho du bruit que fit la flèche de Laocoon en pénétrant dans le cheval de bois. Le son e y est-il pour quelque chose? Le retour du même son dans le vers connu
Te veniente die, te decedente canebat. {G. iv, 466.)
rend à sa façon l'éternel refrain d'Orphée.
Nunc nemora ingenti vento, nunc litora plangunt. {G. i, 334.)
N'entendez-vous pas le bruit du vent dans la foret, du flot sur le rivage?
Les vers qui suivent n'ont pas besoin de commentaire :
Tam multa in tecto crepitans salit horrida grande. (V.)
Tum ferri rigor, atque argutœ lamina serra). (V.)
Ergo îTgre rastris terrara rimantur. (V.)
Urgeri volucrum raucarum ad litora nubem. (V.) Ilinc exaudiri gemitus ircTque leonum Vincla recusantum, et sera sub nocte rudentura ; Setigcrique sues, atque in praesepibus ursi Saîvire, ac formae magnorum ululare luporum. (V.)
Remarque. On ne prétend pas que le son rende par lui-même telle impression, tel bruit, etc. On constate seulement une certaine harmonie du son avec l'impression, le bruit, etc. La même remarque est vraie pour ce qui va être dit.
8d. — 2. Harmonie des dactyles et des spondées. La fréquence des dactyles a quelque chose de rapide :
nia vel intacttç segetis per summa volaret Gramina, nec rapidas cursu lœsisset aritas ; Vel mare per médium fluctu suspensa tumenti Ferret iter, celeres nec tingeret œquore plantas.
{^n. VIII, 808.)
Les spondées eux-mêmes aident ici à l'impression générale ; fluctic suspensa tumenti surtout fait une image pittoresque.
Cœruleo per summa levis volât œquora curru. (V.)
Quadrupetante putrem sonitu quatit ungula campum. (V.)
Inde ubi clara dédit sonitum tuba, sedibus omnes, Haud mora, prosiluerc suis ; ferit œthera clamor. (V.)
Ici les coupes n'aident pas moins à l'expression que la multiplicité des dactyles.
Les spondées sont plus graves, tristes parfois, parfois majestueux :
Amissum Anchisen flebant, cuncteeque profundum Pontum adspectabant flentes. (V.)
Et nati natorum, et qui nascentur ab illis. (V.)
Romanes rerum dominos, gentemque togatam. (V.)
Les grands mots ont souvent quelque chose de gigantesque, de grandiose ou de lugubre qui
étonne, effraie.... On vient de voir adspectabant. Voici d'autres exemples :
Dona recognoscit populorum, aptatque supcrbis Postibus. (V.)
Parcerc subjectis et debellare supcrbos. (V.)
Vultu quo CcTlum tenipcstatesque serenat, Oscula libavit natœ (Jupiter). (V.)
Luctantes ventes tempestatesque sonoras Imperio prerait, ac vinclis et carcere frenat. (V.)
Obscenœque canes iraportunœque volucres. (V.)
8G. — 3. Harmonie des élisions. Nous en avons dit un mot plus haut. Voici encore quelques exemples célèbres :
Monstrum horrendum, informe, ingens, cui lumen ademptum. (V.)
Fama est Enceladi semiustum fulmine corpus Urgeri mole bac. (V.)
Illi intcr sese multa vi vulnera miscent,
Cornuaque infîxi infigunt, et sanguine largo
Colla armosque lavant : gemitu nemus omne remugit. (V.)
Dans le vers cité précédemment :
Dona recognoscit populorum, aptatque superbis. (V.)
Télision de populorum prolonge encore le défilé des peuples tributaires devant Auguste.
87. — 4. Harmonie des derniers pieds du vers. Certaines finales irrégulières sont célèbres par leur harmonie expressive :
Quos super atra silex jamjam lapsura cadentique Imminet assimilis. (V.)
Parturiunt montes, nascetur ridiculus mus. (H.)
On ne pouvait mieux peindre parle rythme ^
Vertitur interea caîlum et ruit Oceano nox. (V.)
Sternitur, examinisque tremens procumbit humi bos. (V.)
.... Manet imperterritus ille Ilostem magnanimum opperiens, et mole sua stat. (V.)
Concurrunt; hœret pede pes densusque viro vir. (V.)
Le vers spondaïque a d'ordinaire une expression de grandeur, de surprise, etc. :
Cara Deum soboles, magnum Jovis incrementum. (V.) Gonstitit, atque oculis Phrygia agmina circumspexit. (V.) Proximus huic, longo sed proximus intervallo. (V,)
On sait le vers de Vida sur la mort de Notre- Seigneur Jésus-Christ :
Supremamque auram, ponens caput, exspiravit.