RÈGLES DU SECOND HÉMISTICHE
103. — 1° Le second hémistiche n'admet que le dactyle, pas de spondée.
2° Le mot final est d'ordinaire un iambe [rûicnt) ou un groupe iambique (sât est).
3° Le mot final ne doit pas régulièrement être un trisyllabe comme patriam^ ni un groupe trisyllabique comme ?icc crit ou data stint.
4° Les mots de quatre syllabes [imperium ou les groupes équivalents inpatriam^ agnitus est], de
cinq, de six ou même de sept syllabes, ne sont pas proscrits ; mais ils sont relativement rares, surtout les plus longs.
Le vers :
Utilitate probat vulgus aniicitias.
ne serait pas mauvais, quoique Ovide ait préféré :
Vulgus amicitias utilitate probat.
5° D'ordinaire le mot final se termine par ime longue (meâ) ou par une consonne {petit); des finales comme bënë^ mëâ, sont rares.
Remarque 1. Le second hémistiche du pentamètre a donc régulièrement une des formes suivantes : parturit omnis ager, nunc quoque gutta meis^ alba ligustracadunt^ ambitiosaruit, et voluisse ' juvat; ouïes équivalents : ambitioque fuit, nullaque gutta finit, omnis et aret ager, et voluisse sat est, etc.
Remarque 2. La règle des dactyles n'admet pas d'exception, et c'est la seule dont les Grecs se soucient. Les autres, inconnues encore à Catulle, se sont développées plus tard. Ovide surtout a observé presque sans exception la loi du disyllabe final ' ; Tibulle, Properce, Martial sont un peu moins sévères.
Cependant eux aussi admettent rarement le trisyllabe, et en général pour produire un effet.
1. Ce dont lui savent fort mauvais gré les admirateurs de Properce. Voir les Etudes su?' Properce, de M. Plessis, et les Select élégies of Propertius, de M. Postgate.
. M. Postgate remarque que ce trisyllabe est presque toujours un substantif; il oublie d'ajouter que ce substantif est presque toujours précédé d'une préposition, ce qui en fait un groupe tétrasyllabique : c lacrimis. Les mots de quatre syllabes et plus sont moins rares, mais leur emploi reste exceptionnel, même chez eux.
Remarque 3. Il y a donc une grande différence entre le pentamètre à finale trisyllabique, et les autres. Nous-mêmes nous la sentons en comparant, par exemple, pallidior statua avec proferet imperium, sentiat e lacrimis, ou vulgus amicitias. Aussi ces dernières finales ne sont-elles pas à éviter avec la même rigueur que l'autre.
104. Nota. Quelle est la cause de ces règles en latin? M. Plessis, suivant l'idée qui lui est chère, les attribue au désir de distinguer et d'opposer les césures dans les deux hémistiches. Cette opposition existe en général, mais cela n'explique pas tout. Les formes partiirit omnis ager, alha ligustra cadunt, ambitiosa mit, et maninisse juvat, n'ont rien qui déplaise au premier hémistiche d'un hexamètre. Si elles sont moins fréquentes que d'autres (ce qui n'est pas prouvé pour toutes) dans le pentamètre, cela tient, sans doute, plutôt à la nature des mots latins qu'à une recherche d'artiste; dans le pentamètre surtout on devait naturellement les garder pour la fin, tandis que d'autres formes trouvaient place au commencement. La vraie cause me paraît être plutôt l'influence de l'hexamètre, ou, si l'on veut (car cela revient au môme), l'influence des mêmes raisons qui ont déterminé la structure des deux derniers pieds de l'hexamètre (cf. 34). Ce rapport
de la finale du pentamètre à la finale de l'hexamètre est visible, et M. Plessis le constate lui-môme; mais il met ce rapport seulement au cinquième et au sixième pied : la finale ire juuailui paraît calquée sur irejuvahit, dont elle n'est que la forme catalectique. Le rapport n'est pas uniquement ni principalement là ; il est plutôt au quatrième et au cinquième pied du pentamètre. Le dactyle quatrième répond au dactyle cinquième de l'hexamètre, le trochée cinquième répond au sixième pied de l'hexamètre par le désir de marquer nettement le mouvement dactylique. Qu'est-ce qui le prouve? C'est d'abord la nécessité du dactyle quatrième ^, et l'analogie des autres mètres catalectiques; il est tout naturel que le pentamètre étant catalectique on ait voulu marquer le pied fondamental non plus au cinquième pied seulement, où il ne ressortait guère, mais au quatrième : ainsi les iambiques catalectiques, l'iambe scazon exigent l'iambe à l'avant-dernier pied; sans cette raison on ne voit pas pourquoi le spondée serait exclu du quatrième pied. — C'est encore la parfaite symétrie de la structure. Retranchez l'iambe final, il vous
1. M. Havet, avec sa finesse ordinaire, donne de la ne'cessité de ce dactyle une explication qui complète heureusement celleci [Métrique, 3' ddit., 137). Selon lui, ce dactyle est la conséquence de la nature catalectique du premier membre. Avec un sponde'e à cette place, la voix aurait naturellement marqué le temps faible sur la première syllabe de ce spondée, le temps fort sur la seconde, et le mouvement initial eût continué; ce n'était plus notre pentamètre. Avec un dactyle, le cas est différent : comme dans le rythme dactylique le temps fort ne tombe jamais sur une brève, on se trouvait amené à faire sentir la catalexe, et à remettre le temps fort sur la première syllabe du second membre. On aurait
dit d'instinct :
Labitur ex oculis semper gutta mais.
On est obligé de dire :
Labitur ex Gcuhs///nunc quoque gutta meis.
reste une fin d'hexamètre : parturit almus (ager), alba ligustra {cadunt)K Les Latins ont certainement senti ce rapport, ce mouvement dactylique et ce rythme descendant dû aux césures féminines; ils l'ont senti, et ils l'ont cherché. Cette recherche explique parfaitement la structure du pentamètre : ils ont recherché l'iambe final non pour lui-même, mais pour la césure féminine au cinquième pied; ils ont évité le trisyllabe, parce que la césure était masculine et le mouvement anapestique : pallidiôr / statua; ils n'ont pas rejeté les finales de quatre syllabes et plus, parce qu'elles ne nuisaient pas au mouvement dactylique de l'hémistiche : profcret / imperium, viilgus j amicitias, mais ils les ont moins aimées, parce qu'elles ne présentaient pas devant l'iambe final cette légère césure féminine qui rappelait la fin de l'hexamètre et accentuait le rythme dactylique. Bref, tout s'explique par la recherche du mouvement dactylique au quatrième et au cinquième pied.
lOd. — 4. L'élision dans le pentamètre. Le
distique est plus sévère pour rélisioii que le vers épique. A plus forte raison le pentamètre, et surtout le second hémistiche.
1. Il est vrai, cette parfaite symétrie semble faire défaut dans les formes ambitiosa {ruit), et tneminisse [juvat], où ambitiosa, et meniinisse ne font pas une finale parfaite d'iiexamètre; mais ces formes présentent ce qui était l'important ici, le mouvement dactyiiiiue et le rythme descendant; il y manque larrèt léger après le dactyle ou le trochée (césure féminine, i[\ie nous trouvons dans les linales d'hexamètre parturit ; almus, alba / ligustra), mais ce défaut était peu sensible même dans l'hexamètre (un mot comme ambitiosa ne rompt pas le rythme); ici il disparaît complètement, car ce léger arrêt existe ailleurs, entre le trochée et l'iambe linal : ambitiosa ruil, et meminisse Juvat.