‹ Métrique naturelle du langageChapitre 58 sur 85 · B. — PÉRIODES HÉTÉROGÈNES PROPREMENT DITES · texte numérisé non relu

B. — PÉRIODES HÉTÉROGÈNES PROPREMENT DITES

104. Toute période hétérogène formée soit par des amplifications simples, soit par des amplifications complexes, lorsqu'elle ne peut pas s'assimiler par approximation à une période homogène simple, est inorganique, c'est-à-dire que les nombres qui la composent, formant avec l'unité des rapports qui sortent des limites de la perception, produisent sur l'oreille l'effet du chaos, et sur le jugement sensoriel l'effet de l'inintelligible. Pour rendre possible la perception d'une pareille période, il faut introduire de nouveau l'homogénéité disparue et ramener les rapports numériques en deçà des limites de la perception. Dans ce but, il faut séparer les deux éléments qui composent la période afin que chacun d'eux, envisagé en lui-même, abstraction faite de l'autre, puisse être considéré comme un tout homogène, et que les nombres qui le constituent ayant tous un même diviseur, à savoir le coefficient de l'amplification, puissent rentrer dans les limites dé la perception. De la sorte, la période, tout en étant réellement composée d'éléments hétérogènes, tout en formant objectivement un tout formel parfaitement défini, se scinde dans la perception en deux parties distinctes qui produisent un effet simultané. C'est comme si l'on avait deux périodes, avec cette différence que toutes deux sont prononcées dans un seul et même temps. Il résulte, de cette dualité simultanée, une synthèse qui permet à l'oreille d'embrasser pour un moment les deux systèmes en un seul, et d'entrevoir un instant des limites beaucoup plus reculées que celles de la perception ordinaire. Ces limites sont celles qui réuniraient, dans un seul système de perception homogène, les nombres issus des amplifications par octaves et par quintes, c'est-à-dire toutes les notes de la tonalité : ceci confirme ce que nous avons déjà dit une fois *, à savoir que la tonalité est un organisme éphémère vers lequel tend sans cesse la phrase, et qui se dissout aussitôt que formé.

105. Quel sera l'agent séparateur des deux éléments hétérogènes de la période? Comment arriverons-nous à diviser

dans la sensation ce qui est simultané dans le phénomène? Ceci ne pourra se faire que par un procédé très connu en chimie. Lorsqu'il s'agit d'analyser un composé de deux éléments, nous plaçons en sa présence une substance capable d'absorber l'un d'eux, et de la sorte nous mettons l'autre en liberté. Dans le cas présent, l'absorption se fera par assimilation, au moyen d'une période qui précédera le mélange hétérogène. Cette période jouera le même rôle que les accords de préparation enharmonie. Elle contiendra en elle un élément identique à celui des deux éléments que je veux séparer dans la période hétérogène : de la sorte, les notes de la période hétérogène qui auront été ainsi préparées ne paraîtront plus faire partie de celle-ci, mais sembleront n'être qu'une continuation de la période précédente, tandis que l'autre élément, mis en liberté, sera perçu séparément, et partant clairement. La simultanéité des deux éléments ne nuira plus à leur clarté, car le premier aura été déjà perçu dans la période précédente, et, dans la période actuelle, la sensation sera un fait acquis qui se prolongera sans demander un nouvel effort de perception. Pendant ce temps, le second élément pourra faire son apparition et engendrer des perceptions claires concurremment avec la note ou les notes retardées, sans que pour cela la simultanéité puisse passer pour un mélange.

Ce que nous venons de dire au sujet des périodes hétérogènes peut s'appliquer également en harmonie à tous les accords par retard. Nous nous rencontrons ici avec Fétis qui voit dans tous les accords auxquels la préparation est nécessaire, de simples accords obtenus par retard.

106. Nous avons dit que la simultanéité des éléments hétérogènes favorisait la formation non plus d'un mélange, mais d'une combinaison, en un mot d'une synthèse qui avait pour effet de reculer momentanément les limites de la perception aussi loin que le comportaient les amplifications par octaves et par quintes réunies. Cette synthèse, disions-nous, engendre un organisme très instable, très éphémère, appelé tonalité. Il en résulte que toute période hétérogène doit être suivie d'une dissolution des éléments composants et d'un retour à l'homogénéité : c'est ce que Ton appelle en harmonie, et ce que nous appelons aussi en métrique, une résolution. Dans cette résolution, l'élément isolé se maintient

et arrive à évincer complètement l'élément retardé ; chacune des notes métriques de l'élément retardé se résout sur la note la plus rapprochée dans le système de l'élément isolé. Il se trouve que dans la grande majorité des cas cette résolution a lieu en descendant d'un degré, de là cette règle d'école en harmonie : que tout retard doit se re'soudre en descendant d'un degré. Il y a cependant des exceptions : la plus importante est celle qui concerne la septième majeure de la tonique ou tierce delà dominante (si), laquelle doit se résoudre sur la tonique (do). Cet exemple suffit pour nous montrer que la règle de la résolution en descendant d'un degré n'est pas absolue et qu'elle provient uniquement d'un hasard par suite duquel le fait a lieu ainsi dans la grande majorité des cas. Du reste, la résolution en montant est employée par les auteurs et prend le nom de suspension inférieure par opposition à la résolution en descendant que l'on appelle suspension supérieure.

107. Nous allons donner un exemple de période hétérogène avec préparation et résolution. Soit un mètre primitif heptasème-hexasème-tétrasème .

Nous l'amplifions en partie par 4 et en partie par 3.

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