‹ Metz, 1870; notes et souvenirsChapitre 111 sur 162 · Chapitre Dix-neuvième, i · texte numérisé non relu

Chapitre Dix-neuvième, i

je n'entends pas dire d'opinion, car V Indépendant de la Moselle ^c{nïQst républicain, a paru sur papier rouge et le Vœu national^ qui est monarchique, s'imprime sur papier bleu de roi, naturellement. Le papier blanc a manqué, paraît-il, et les imprimeries de ces journaux épuisent leur stock de papiers d'affiche. Il y a une feuille messine — \q journal de Met:{ — qui fait mieux encore ; comme elle ne s'imprime que d'un côté elle tire ses nouveaux numéros sur son bouillon, c'est-à-dire sur l'envers de ses numéros invendus, et vousavez ainsi, à la fois, le numéro dij'4 et celui du- 12. A la guerre comme à la guerre.

Le 9 septembre, depuis huit jours l'armée vivait dans la boue^ plongée dans la torpeur, il pleuvait à torrents, l'horloge de la cathédrale venait de sonner sept heures et les habitants de Metz achevaient tranquillement leur repas du soir, lorsque retentit tout à coup une épouvantable canonnade.

On se lève^ on s'interroge. D'oti viennent les détonations ? Dufort Saint-Julien, disent les uns*, non, c'est du fort de Queuleu, disent les autres, à moins que ce ne soit du Saint-Quentin.

J'ouvre la fenêtre, et sous la pluie qui me fouette le visage, à travers la nuit noire, j'interroge le ciel ; deux ou trois éclairs me tirent du doute : c'est du fort Saint-Quentin et de celui de Plappeville que partent les coupsauxquels répondl'écholointaindes canons de l'ennemi.

Décidément le siège commence à la prussienne ;

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sans avertissement, sans sommation, les Allemands vont bombarder les femmes, les enfants et les blessés ! Je me précipite dans la rue et suis la foule effarée, qui se dirige vers les remparts de l'Esplanade. On parle d'une attaque de nuit, d'une surprise.

Près de la Moselle, je distingue des lueurs intermittentes, suivies de formidables détonations des pièces de 24. Aii loin le bruit de la canonnade prussienne et celui plus rapproché des obus qui éclatent dans la direction de Montigny où se trouve campé le 2® corps.

Après deux heures de ce tapage infernal, tout rentre dans l'ombre et le silence sans que personne ait eu l'explication de cette étrange alerte j.

Un échange de prisonniers vient d'avoir lieu. Ces hommes nous apportent la nouvelle d'un épouvantable malheur. Mac-Mahon, blessé mortellement, aurait été écrasé sous les murs de Sedan, une armée de 80,000 hommes, qui marchait sur Metz, aurait. été faite prisonnière, et Tempereur, qui a ordonné d'arborer le drapeau blanc, aurait rendu son épée au roi de Prusse.

Cependant la confiance des Messins dans l'armée de secours était telle que l'on ne voulait pas croire à toute l'étendue de ce désastre. Ces prisonniers,

I . Ce ne fut que plus tard que l'on sut à quoi s'en tenir. A quelque distance de Metz passaient les malheureux prisonniers de Sedan que l'on conduisait à Remilly. Les Prussiens avaient voulu leur faire croire à un bombardement régulier de la place.

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