‹ Metz, 1870; notes et souvenirsChapitre 81 sur 162 · Chapitre Quatorzième» i · texte numérisé non relu

Chapitre Quatorzième» i

Ouvrières, grandes darnes^ sévères matrones et femmes du monde le plus fractionné se sont rencontrées sans répugnance sur le terrain de la charité, et, si Ton pouvait trouver une image parfaite de l'égalité et de la fraternité, il la faudrait chercher parmi ces femmes de cœur, qui, sans ostentation ni bégueulerie, ont oublié leur travail, leur rang, leurs scrupules ou leurs plaisirs pour soulager ceux qui souffrent.

Ces gardes-malades improvisées pénètrent dans toutes les tentes pour accomplir les fonctions les plus péniblôs et les plus répugnantes, avec cette bonne humeur, cette délicatesse et cette discrétion dont les femmes semblent avoir le secret.

Ce sont de véritables Françaises ; elles ont bien mérité de la patrie !

1/ août.

Cest aujourd'hui dimanche ; je suis allé déjeuner avec mes amis du 5 1* de ligne, qui fort heureusement n'ont pas été trop éprouvés, bien que leurs pertes soient sensibles. Dans le 3* bataillon un Ueutenantj Coconnas, a été tué ; un capitaine, avec lequel j'ai dîné la veille de Borny^ a reçu une balle dans les reins, on espère qu'il en reviendra ; Mayence, un lieutenant, a été blessé à la main^ et le lieutenant-colonel Breard également blessé au moment où le 3e bataillon sauvait le drapeau des grenadiers.

i36 Met!{ i8jo.

Le 3® corps est établi dans les. vignes ombragées d'arbres fruitiers et particulièrement par des pruniers de l'espèce dite mirabelle, une célébrité du pays. L'endroit est pittoresque, le 5ie a tendu ses tentes sur une croupe de Saint-Quentin, qui supporte le fort de Plappeville et d*oû Ton découvre, à travers les arbres, une belle vue sur les environs.

Une table rustique, composée d'une planche clouée sûr quatre piquets, des caisses, des pliants pour s'asseoir, tel est l'ameublement de cette salle à manger en plein air.

Il y a là le lieutenant Estienné, mon grand ami, son sous-lieutenant Brégy, les capitaines Cirou et Louant, le lieutenant Mayence déjà nommé, et le capitaine adjudant-major Nieger, l'âme d'un héros dans une enveloppe de glace.

On me raconte qu'à Gravelotte voyant ses jeunes soldats manifester quelque inquiétude^ au moment où les obus pleuvaient littéralement sur eux, il a quitté sa place de bataille pour se placer sur son cheval devant le front des troupes et que, devenu le point de mire des pointeurs prussiens, il a tranquillement allumé un londrès qu'il a fumé jusqu'au bout sans changer de place.

Tous ses amis sont venus tour à tour lui demanderdufeu et causer avec lui, et les soldats n'ont plus bronché.

—C'est égal, ajoute Estienné, je défilais mon bras droit. Cela m'est égal d'être tué, mais je serais fa*

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