‹ Mexique, Havane et Guatemala; notes de voyageChapitre 20 sur 80 · COMMERCE, PRODUITS DU PAYS · texte numérisé non relu

COMMERCE, PRODUITS DU PAYS

est la principale industrie du pays. On cultive pourtant aussi la canne à sucre, et l’on peut expédier chaque année, en Espagne, plusieurs milliers de tonneaux de sucre brut. Les confitures de goyaves et d’ananas sont fort estimées, et c’est encore là une petite branche du commerce havanais.

Tout est hors de prix dans cette ville; l’once d’or file entre vos doigts sans que vous vous en aperceviez. Un mouchoir de batiste coûte 4 piastres; une paire de souliers vernis, 8 piastres; un chapeau de paille ordinaire, 30 piastres ; une paire de gants, 2 piastres; un pantalon de toile, 40 piastres; on paye 2 piastres pour se faire couper les cheveux. Les bons cigares coûtent 50, 60 et même 80 piastres le mille.

Le jour de mon départ étant arrivé, j'allai faire mes visites d'adieu ; hélas! ce furent de bien tristes visites.

Je fis retenir mon passage pour Bélize à bord du packet anglais {a Malibran.On ne pouvait donner un nom plus charmant à un navire plus affreux.

Le capitaine devait appareiller à quatre heures après midi. Il était onze heures du matin, j'avais donc cinq heures à dépenser. J'en employai une partie à visiter quelques navires français mouillés dans le port, et l’un des capitaines m'invita à déjeuner | avec lui, On donna ordre à un matelot d’avoir l’œil | sur la Malibran, afin que je pusse aller m'y embarquer au moment où elle ferait son appareillage, et,

cette précaution prise, On Se mit à table. Le déjeuner se prolongea jusqu’à deux heures. À deux heures, nous montàämes sur le pont. Tout naturellement, je portai mes yeux sur la Halibran, et je la vis qui allait sortir de la rade. L’infernal Anglais avait avancé l'heure de son départ, et il emportait mes malles avec mon argent. Le capitaine français fit aussitôt mettre sa vole à la mer, six bons rameurs y descendirent avec nous, et nous nous mîmes à donner la chasse au packet. Après trois heures de course hors la rade, et malgré la hauteur des lames qui bondissaient dans notre frêle embarcation, nous atteienimes la Malibran. L’Anglais nous jeta un càble, puis une échelle de cordes, et j'escaladai son pont. La première chose que je fis en prenant pied fut de sauter à sa cravate; j'étais mouillé, furieux, et j’aurais eu du plaisir à l’étrangler un peu ; il se tira de mes mains, le visage un peu cramoisi, et d’une voix tout enrhumée, il me dit :

— Je avais oblié vô positivement.

Je fis mes remerciments au capitaine et aux matelots qui m'avaient fait rattraper la Malibran, et, après avoir répondu à leurs adieux, je les vis hisser leurs petites voiles, et leur jolie yole partit en s’inclinant sur l’eau comme une mouette.

Je demeurai sur le pont pour voir la Havane encore une fois et pour imprimer son image dans mon cœur et dans mes yeux.

La Havane est un pays admirable. Elle pourrait

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