‹ Mgr. de Belsunce et la peste de MarseillesChapitre 7 sur 7 · Journal JH iixutre dh -fil <!,- .!//// <lc Krlstincr · texte numérisé non relu

Journal JH iixutre dh -fil <!,- .!//// <lc Krlstincr

le chanoine Jauffret, le revetir de la pourpre romaine, lorsqu il tut prevenu par la mort. Le saint pape Benoit XIII avait aussi tant de confiance dans les lumieres et le zele de notre admirable prelat, qu il disait a 1 occasion d une affaire importante : Qu on nem en parleplus.

elle a ete examinee et approuvee par le saint eveque de Marseille. Enfm Clement XII le de cora, par une grace insigne, du sacre Pallium, reserve, a fort peu d exceptions pres, aux seuls metropolitains.

Le Journal de 1 intendant de-Mgr de Belsunce nous apprend que son maitre etait parti pour Paris, a la fin de decembre 1722, dans la pensee d obtenir pour son clerge et pour son peuple decimes et appau\ris par ces deux annees d epouvantable calamite une exoneration generale des impots. A son arrivee dans la capitale, le vene rable prelat recut du jeune roi, du due d -Orleans et de la cour 1 accueil le plus flatteur et le plus empresse. Louis XY, qui atteignait a peine sa majorite,voulut le nommera reveche de Laon.

seconde pairie ecclesiastique du royaume avec le rang de due. Mgr de Belsunce refusa cet honneur en disant : Et si la peste rentrait a Marseille, quels regrets n aurais-je pas ! On ne fut pas plus heureux en lui offrant 1 archeveche de Bordeaux, et il n accepta la riche abbaye de Saint-Arnoul de Metz qu avec la resolution d en

consacrer les revenus a ses pauvres diocesains. Le parlement de Paris, louche de ces nobles refus, decida que 1 eveque de Marseille jouirait desormais du privilege de porter, en premiere

et derniere instance , a la Grand Chambre ,

toutesles causes qui regarderaient les benefices de son diocese.

Lorsqu en 1725 1 eveque de Marseille se rend it a 1 assembleegenerale du clerge, ilrecut de ses collogues dans 1 episcopat les temoignages les plus honorables d estime et d affection, et obtint tout ce qu il demandait pour ses diocesains. La capitale de la France, dit le chanoine JaultVet, lui rendit, par sonempressement a le voir eta 1 entendre, le juste hommage que le public aime a offrir au meriteet a la vertu eminente.

De retour a Marseille, Mgr de Belsunce parcourut tout son diocese comme un veritable Missionnaire, repandant en tous lieux d abonclantes aumones , multipliant les instructions evangt liques et ranimant sur son passage le zele pour la religion et 1 unite de la foi calholique. Nous nepouvonsque mentionner ici rapidement les oeuvresexcellentes de son long epis copal. En 1727. il fondaa Marseille un college, qu il confia aux Jesuites , et il en etablit un autre dans la petite ville de La Ciotat, sous la direction des Peres Minimes. Grace i\ sa bien-

veillarite protection, les Capucins, ces digues tils de saint Francois, parent s etablir dans le bourg d Auriol. En cette meme arinee, le zele pontife montra son attacbement profond aux enseignements de la chaire apostolique dans les sessions du concile d Embrun, qui deposa le trop faraeux Jean Soanen, eve que de Senez et partisan notoire de 1 heresie jansenienne. Ce t ut aussipar 1 intervention de Mgr de Belsunce que les disciples du Venerable J.-B. de la Salle commenciTent a Marseille leurs ecoles toujours si populaires de la doctrine chretienne ; que les missionnaires dlocesains du Bon-Pasteur purent se rt -unir en communaute sous le nom de Pretres du Sacre-Cceur ; que les jeunes orphelines trouverent un asile. Eniin son nom se rattache a la fondation de TAcademie de Marseille, a laquelle il donna 1 hospitalite durunt plusieurs annees dans son palais epis copal.

Au milieu de ses travaux apostoliques et des soins d une vaste et laborieuse administration, le studieux prelat sut semenager quelquesloisirs non-seulement pour ecrire ses nombreux mandements qui paraissaient toujours a temps, selon les besoins de son diocese , mais aussi pour publier plusieurs ouvrages de science et de piete. Nous msttons dans ce noinbre ses trois importantes instructions pastorales sur la grdce,

sur la predestination et centre Vincrednlite. Mais la plus importante de ses oeuvres est. sans contredit, YAntiquite de It rille de Marseille et la succession de ses c cnjiies. ou il sut, avec un habile oollaborateiiTj retracor fidelement et doctement les annates de 1 Eglise fondee par saint Lazare. Ses traductions annotees du Combat du chretien* de saint Augustin, et de VArt de bien mourir, de Bellarmin. prouvent, ainsi que/rt Vie dellenriette de Foir. sa pieuse tante, la facilite de son style, oil Ton respire toujours une onction touchante, une charite vive. un zele eclaire.

Tant de travaux, meb s a de si grandes epreuves, n empecherent point Mgr de Belsunce de parvenir a un age tres-avance. II put atteindre sa 85 e ann^e, et vit la 45 e de son glorieux epis copal, sans cesser un seul jour de remplir les devoirs de la charge pastorale ; il le dut a la force de son temperament, a sa vie re"guliere et a son extreme sobriete. Enfin Fapoplexie le frappa dans lamaison decampagne des JeAiites, au faubourg de Saint-Lazare, oil il etait venu prendre un peu de repos, et apres trois jours d agonie, ou plutot de douce lethargic, il rendit sa belle ame a Dieu, le 4 juin 17fi*>.

Ses obseques (10 juin) furent un triomphe.

Marseille le pleura com me son sauveur et son pere, et ses louanges retentirent dans la France entiere et dans toute 1 Europe. Pope en Angle-

terre, Voltaire et Millevoye en France, et beaucoup d autres poetes le celebrerent dans leurs vers. La chaire chretienne, la tribune academique porterent au loin la gloire de son nom, et une foule d ecrivains rendirent hommage a ses vertus ; enfin le Mercure de France crut resumer le sentiment public en disant que 1 Eglise et la France venaient de perdre un eveque digne des premiers siecles. On vit aussi la sculpture et la peinture rivaliser pour reproduire les traits du heros chr4tien, qui jusqu a sa mort s etait consacre exclusivement au soin du troupeau, sauve par son ardente charite.

Nous terminerons cette rapide etude sur 1 admirable pontife par deux sortes de temoignage, le premier adresse aux revolutionnaires de 1 heure presente, le second aux catholiques, nos freres. Ecoutez d abord, d irons-nous aux radicaux, un de vos patriarches. Voltaire, dans un des rares moments oil les passions anti-religieuses n obscurcissaient pas sa vive intelligence, ecrivait ces paroles au P. de la Tour, le 7 fevrier 1746 : L eveque de Marseille, pendant que la contagion depeuplait cette ville et qu il ne se trouvait plus personne pour donner la sepulture aux morts ou pour soulager les mourants, allait, le jour et la nuit, les secours temporels dans une main, et Dieu dans 1 autre, affronter, de maison en maison, un danger beaucoup plus

grand que celui ou Ton est expose a I altaque d un chemin couvert. II sauva les tristes restes de ses diocesains par 1 ardeur du zMe le plus attendrissant et par 1 exces d une intrepidite qu on ne earacteriserait pas sans doute assez en Tappelant heroi que ; car c est un homme dont le nom sera beni dans tous les ages. Mais nous terons entendre aux demagogues une voix qui leur est encore plus chrre. Le sanguinaire Marat a lui-meme public les lignes suivantes dans le n 421 de I Anri du peuple : Parmi les Brands hoaimes auxquels la France a donne le jour et qui out bien m^rite de leur pays, il en est plusieurs qui honoraientl humaine nature. Tel etait Belsunce.cedigne eveque de Marseille, qui, tout le temps que la peste ravagea cette ville, soigna de ses mains les malades que les medecins avaient abandonnes.

Nous pensons qu apres de telles paroles il est inutile derappeler aux radicaux les grands honneursdecernes depuis plusd un siecleparla ville de Marseille a la memoire du saint eveque, et la statue de bronae elevee sur le grand Cours, qui porte encore son nom, a 1 endroit meme oil, comme un autre Noe, il s offrait, au temps de la colere du Seigneur, pour fare la reconciliation de son peuple (Eccli. XLIV, 17). Nous avons hate de rappeler aux catholiques le flatteur temoignage que le savantpape Benoit XIV adressait a

Mgr de Belsunce dans son bref de 1751 : Nous vous regardons, venerable Frere, comme notre joie et notre couronne, comme I ornement et le rnodele des pasteurs de toutes les eglises. Nous craignons meme de diminuer plutot que d augmenter Feclat de vos vertus pastorales en ajoutant de nouveaux eloges a ceux que vous meritez encore tous les jours, depuis plus de quarante ans que vous gouverriez 1 Eglise de Marseille, et que vous ont si justement donnes nos predecesseurs sur ce Saint- Siege .

On ne pouvait louer plus hautement celui dont 1 univers catholique a place desormais le nom venere entre ceux de saint Charles Borromee et de saint Vincent de Paul, et qui a merite, dans ces derniers temps, comme un supreme hommage, la haine sauvage et stupide des radicaux, ces eternels insulteurs des gloires les plus pures de la France et de la Re ligion.

POITIERS. TYPOGBAPHIE OUDIN FKERES.

Page 1