PIECE G
Monseigneur de Nancy et la Retraite
Honeur au saint Prélat dont la noble éloquence A la Religion emprunte sa puissance,
Et dont le zèle ardent pour la divine loi
Fait fléchir maint genou chancelant dans la foi.
Illustre par son nom et grand de dignités,
Il faisait l’ornement des lieux qu’il a quittés ;
Mais son cœur débordant de divine harmonie,
Ne put se renfermer dans sa belle patrie.
Il brûle de voler vers les lieux trois fois saints, Où les pas de Jésus partout se sont empreints;
Il veut voir le théâtre où le Dieu de justice Reçut d’un Dieu d’amour le sanglant sacrifice.
Il respire en tremblant de joie et de bonheur, Cet air que parfuma l’haleine du Sauveur,
Et, plein d’émotions, gravissant le Calvaire,
Il baise avec transport cette sanglante terre.
De cœur brisé d’amour, il quitte le saint lieu En jurant de gagner des âmes à son Dieu.
Revenu d’Orient, ce brillant météore,
Aux lieux qu’il a quittés reluit plus pur encore; Tel un astre éclatant disparaît à nos yeux Pour briller de nouveau, plus beau, plus radieux. De même, à son retour du berceau du Messie,
La voix du Pèlerin parut s’être ennoblie.
Mais comment contenir tant de zèle et d’amour Dans un cercle borné, dans un même séjour? Brûlant d’étendre au loin son zèle apostolique, Bientôt, nouveau Xavier, il franchit l’Atlantique; Il veut voir l’univers aux genoux de son Dieu Et la croix du Sauveur s’élever en tout lieu.
Nous avons entendu cette voix éloquente,
Qui porte dans les cœurs l’amour et l’épouvante;
Nous avons contemplé dans ces jours de bonheur,
Les brebis se pressant autour du bon pasteur.
O spectacle enchanteur, ô moments pleins de charmes, Où nos frères unis, les yeux baignés de larmes,
A la divine grâce abandonnant leurs cœurs,
Abjuraient le vieil homme et leurs vieilles erreurs!
O qui me donnera de dépeindre la scène,
Où les cœurs transportés de plaisir et de peine,
A la voix du Prélat, tonnant dans le saint lieu, Sanglotaient leurs regrets, en implorant leur Dieu ! Divin ravissement, religieux délire,
Qu’on peut avoir senti, mais qu’on ne peut décrire!
De la religion les ministres sacrés,
D’un autel éclatant entouraient les degrés ;
Dans ces heureux instants, si rares dans la vie,
Dans la sainte Sion la foule était ravie,
Quand la magnifique voix de l’habile orateur Vint détruire trop tôt cet éclair de bonheur,
Et soudain, ramenant notre âme sur la terre,
La rendre au sentiment de sa propre misère.
Mais, ainsi que Moïse, au sein de son troupeau,
Il veut de nos péchés pardonner le fardeau;
Et quittant de son rang les moyens honorables,
Sa charité le place au nombre des coupables,
Alors, le cœur brisé et d’un ton suppliant,
Il montre à son Jésus un peuple repentant:
Il demande pardon pour l’aveugle folie,
Qui vient chercher la mort à la source de vie:
Il réclame merci pour tant de malheureux,
Qui, près de la lumière, en détournent les yeux.
C’est alors que, du sein de la foule attendrie S’exhale des sanglots la pieuse harmonie,
Pendant qu’un cœur sacré chantait à l’unisson : Pardon, Seigneur, pardon, pour ton peuple, pardon !
Le Solitaire.