LA LANGUE ROMAINE
Prêtons encore l'oreille aux remarquables paroles d'unde nos plus illustres prélatsqui gouvernent l'Eglise de France, Mgr, Parisis, çvêque d'Arras.
Voici ce qu'il écrivait à Mgr.Gaume,le 5 Juillet, 1851 : " Je n'ai encore lu que la moitié de yotre ouvrage sur l'appréciation chrétienne d» ce qu'on a malheureusement appelé la Renaissance. Je me sens le besoin de vous dire tout de suite combien j'y trouve de profonds et courageux aperçus,
** Comptez bien cependant, et pour cela même, sur vie nombreux et puissants contradicteurs.
" On vous dira que vous êtes un téméraire, et pres- <\ue un sacrilège ; que les plus grands génies, qui ont Jiaru dans l'Eglise au 17e siècle, que les ordres reliigieux qui ont rendu les plu» signalés services à la religion, sont indignement outragés par vos accusations; (bn vous dira qu'il est ridicule d'attribuer à un détail de ipédagogie le déplorable affaiblissement de la foi dont hous souffrons si cruellement encore ; que, depuis trois teents ans, l'éducation, faite avec les auteurs païens, a produit des chrétiens éclairés, fervents, parfaits, &c.
" Il y a beaucoup à répondre à ces reproches qui m'ont été faits à moi-même.
" Non, le grand siècle^ comme on l'a dit, n'a pas été infaillible, et le jour viendra où ses erreurs en littéra» iure chrétienne seront aussi palpables que le sont déjà ses impertinences et ses insolents dédains sur les plus étonnantes constructions inspirées par le christianistme. Que n'aurais-je pas à dire de sa statuaire, de sa pfein* tuire, de sa musique, de son théâtre ! Que prouvent des noms illustres ou même des institutions respectableé contre des faits de cette évidence, dont il nous reste encore tant de monuments que je ne craitis pas d'appe* 1er honteux pour une nation qui porte le nom de fille aînée de l'Eglise ?
" Hélas ! si nous eussions, vous et moi, vécu à cetté époque, nous eussions vraisemblablement pensé et parlé comme tous alors parlaient et pensaient, parce qii'il y a des inflaences publiques que des individus ne doinment jamais.
N'en fut il pas ainsi du Gallicanisme ? Aujourd'hui le Gallicanisme est jugé ; eh bien î il faut que le ÎPaganism'e le ,soit : il faut que l'on sache comment son
introduction a été une faute, comment son règne dkns^ la société chrétienne, a été un grand danger.
" Pour moi, je disais, il y a déjà bien quinze ans, k ceux qui m'entourent : Avant un demi-siècle on comprendra que la Renaissance a été la plus redoutable épreuve de VEglise de Dieu depuis son berceau.''^
Ces paroles se recommandent par elles-mêmes ; mai» quelle force n'acquièrent-elles pas lorsqu'on se rappelle qu'elles sont tombées de la bouche de Mgr. Parisis !
Pour ne pas prolonger cette esquisse outre mesure, je me contenterai maintenant de nommer quelques-uns des vénérables prélats qui ont adopté la Reforme proposée par Mgr. Gaume, ou qui du moins lui ont donné des encouragements du plus grand prix. Ces prélats sont : Mgr. Gerbert, Ev. de Perpignan, Mgr. l'Archév. d'Avignon, Mgr. l'Ev. de Rodez, Mgr. Mabille, Ev. de St. Claude, aujourd'hui de Versailles, Mgr. de Gap, Mgr. Pie, Ev. de Poitiers, Mgr. l'Ev. de Moulins, Mgr. de Salinis, Ev. d'Amiens, mort Arch. d'Auch, Mgr. de Prilly, Ev. de Châlons, Mgr. l'Arch. de Myre, nonce apostolique à Paris^ Mgr. l'Ev. de Birmingham, Mgr. PEv. de Nottingham, Mgr. l'Ev. de Ratisbonne, le vénérable confesseur de la foi, Mgr. d'Urgel, qui témoigne que les vues de Mgr. Gaume ont été adoptées en Espagne ; Mgr. l'Arch. d'Erlau, primat de Hongrie,, qui a fait traduire le Ver Rongeur pour le mettre à la disposition de tous ses prêtres, Mgr. l'Arch. de Lima,- Mgr. l'Ev. de la Havane, Mgr. de Jassen, au Maïssour, Mgr. l'Arch. de Santiago, Mgr. Retord, nonce apostolique au Tong-King.
UUnion^ organe des puséistes anglais à Londres, dit' dans son numéro du 3 décembre, 1858 : " Il est temps; quelle que soit la politique des rois et des cours, que les parents chrétiens songent à ce qu'ils ont à faire^ four conduira leurs enfants dans la voie qui sauvegar-
dera leur honneur dans celte vie et qui assurera lenr* bonheur dans Pautre. Mgr. Gaunfie a proposé une ?éforme à cet égard en France. Cet éminent écrivain demande que les études des enfants, jusqu'en quatrième soient consacrées à l'Ecriture Sainte, aux écrits des Pères et aux actes dés martyrs, en même temps qu'on leur donnerait toutes les connaissances d^histoire, de science ou d'industrie qui pourraient être en rapport avec les diverses professions qu'ils doivent embrasser plus tard. Il ne veut pas qu'on les initie à l'étude des auteurs païens avant que ces études aient été faites, et encore demande-t-il que l'élément païen n'entre dans l'enseignement qu'en de faibles proportions.
" Ce plan d'enseignement a reçu les plus hautéis approbations dans toutes les parties du monde chrétien. Le Pape, pour manquer son approbation a élevé son auteur à la haute dignité de protonotaire apostolique. Le cardinal Gousset, archevêque de Reims, l'a encouragé par une lettre où il lui annonce qu'il adopte son' plan pour tous les séminaires de 3on diocèse. Plusieurs autres Evêque» de France ont suivi cet exemple, ainsi qu'w/i grand nombre d'Evêques d'Autriche et de Lombard ie.*'
Le plan d'études irrévocablement adopté dan« le diocèse de Mgr. Filippi, Evêque d'Aquila, suivi avec des succès de plus en plus brillants d'année en année, et propagée dans plus de quarante diocèses du royaume de Naples, ainsi que le témoignent les lettres de ViU lustre prélat, est celui de Mgr. Gaume avec tous le» classiques qu'il a publiés. [1]
[1] Il est bon de rappeler ici que Mgr. Gaumea publié un cours complet de classiquès pour les collèges, et qu'il n'est paâ nécessaire pour les suivre de chang*»r la distribution actuelle des classes. Dans ce cours on trouve un choix d'auteurs païens parfaitement expurgés, et de très nombreux extraits de l'Ecriture Sainte, des Saints Pères, des Actes des Martyrs, etfc. ©n a aussi conipôâé des dictionnaires en rapport avec ce nouveau cours'.
Ne soyons pas surpris de voir la réforme de Mgr* Gaume suivie dans un si grand nombre de diocèses du royaume de Naples, car pour les évêques de ces diocèses cette réforme était un devoir de conscience» " Nous ne croyons pas, disent-ils, dans une lettre collective en date du 1er Octobre, 1853, qu'un évêque qui la connaît et qui ne Pembrasse pas puisse être en sûreté de conscience et tranquille au moment de la mort."
Aussi, malgré les criailleries et les oppositions inévitables^ ils ont mis résolument la main à l'œuvre. Dieu a béni leurs efforts. Dans un mandement envoyé à tous les évêques d'Italie, l'illustre évêque d'Aquila a publié le résultat de son expérience. Voici un court passage de celte pièce capitale, que nous regrettons vivement de ne pouvoir citer en entier. Elle est du 4 novembre, 1855.
*' Nous ne voulons pas le dissimuler ; en inaugurant un nouveau système d'études, nous éprouvâmes un moment d'hésitation. Nous craignions que la pureté de nos vues n'eût pour résultat un tardif et irréparable mécompte. ^ Mais^ d'une part, soutenu par la bonté de la cause et par la haute raison des hommes illustre^ qui la défendent, nous étions d'autre part, poussé par les motifs irrésistibles qui rendent nécessaire, dans les temps actuels, la réforme chrétienne de l'enseignement» Aussi nous attendions avec empressement, dans le silence des plus longues et des plus sérieuses réflexions^ l'effet que nous devions nous en promettre.
" Grâce à Dieu, l'expérience est faite. Nous sommes désormais en état de l'affirmer hautement; "Le " succès est aussi heureux qu'il est incontestable," et nous pouvons en toute confiance, prescrire d'une ma* nière invariable la pratique de cette méthode d'enseignementj suivie jusqu'à ce jour à titre d'essai,"
f/C/mo», que nous citions tout à l'heure, ajoute; ^* L'illustre Evêque d'Aquila a montré tant de zèle à appliquer la réforme proposée par Mgr. Gaume que Pie IX n'a pas craint de l'honorer du titre â"* Apôtre de la réforme dans f Education.
Ce digne et zélé prélat a prononcé le 1er septembre dernier, dans la séance de clôture de V Académie de la Religion Catholique à Rome, un discours qui a été publié dans cette ville et que la Correspondance de Rome résume en ces termes :
" Nous ne surprendrons personne en disant que ce discoursa produit sur l'auditoire une profonde impression. L'éloquent prélat a parlé de la maladie actuelle de la société et du reniède le plus propre à y mettre un terme. Les caractères de cette maladie sont au nombre de quatre : le bationalisme, ou l'émancipation de la raison de toute autorité divine en matière doctrinale ; le SENSUALISME, OU l'émancipation de la chair de toute autorité divine en matière de morale publique et privée ; le CESARisME, ou l'émanclpation du pouvoir social de toute autorité divine en matière politique ; I'anti-catholicisme, ou la haine implacable et systématique que professent un si grand nombre d'hommes contre le catholicisme et ses institutions.
Après avoir montré que la maladie de notre époque s'est produite dans le monde païen sous les mêmes caractères qu'aujourd'hui, a été guérie par le thristiar nisme, et a reparu à l'époque connu dans l'histoire sous le nom de Renaissance:, l'orateur établit avec une vigueur de dialectique irrésistible que le remède con^. siste dans renseignement chrétien ; c'est en effet par la fausse direction de l'enseignement que le paganisme s'est infiltré de nouveau dans la société.
" Mgr. l'évêque d'Aquila développe avec la hauteur vues qui le distingue cette ijièse qui a exercé et e^er-
ce encore les plus profonds penseurs de notre siècle. Il conclut en rappelant les sages dispositions de l'encyclique Inier muUiplices, du 21 Mars, 1853.
•Un extrait de cette encyclique a récemment paru sur le Courrier du Canada^ à la suite d'un Communiqué tendant à blâmer fortement les allégués d'un corres*. pondant au sujet de renseignement religieux dans les collèges, allégués que nous ne voulons ni soutenir ni défendre. A ce propos, il ne sera peut-être pas inutile de constater ici que l'encyclique Inter multipliées ne contredit en rien les documents que nous avons cités et qui émanent de la même source qu'elle.
Cet encyclique, en effet, a été provoquée par M. L. Veuillot, qui en a appelé au St. Siège lorsque le Journal dont il était le Rédacteur en chef, VUnivers^ a été condamné par Mgr. Sibour, Archévêque de Paris, et par un certain nombre d'autres Evêques. Une verte semonce, donnée à M. l'abbé Gaduel par M. L. Veuillo% qui défendait Donoso Cortès, donna lieu à cette condamnation. Les partis s'échauffèrent, on prétendit que l'Z7mi?ers s'aventurait en aveugle dans les questions de théologie dont il n'avait point à parler, qu'il ridicu-. lisait et rendait méprisables les ministres de l'église, etc. Les Evêques de France prirent parti pour et contre V Univers^ et les choses en vinrent à ce point que le Pape fut obligé d'intervenir.
Mais comme on peut le voir en lisant l'encyclique en son entier, raison lut donnée à M. L. Veuillot. Sa Sainteté exhorta d'abord les évêques de France à la paix et à l'union, et ensuite Elle leur recommanda de favoriser de toute leur bienveillance et de toute leur prédilection les hommes qui, animés de l'esprit catholique et versés dans les lettres et dans les sciences consacraient leurs veilles à écrire et à publier des livres
des journaux pour là défense de l'Eglise. EHe leur
disait de plus que si ces hommes manquaient en quelque chose, ils devraient les avertir avec des paroles paternelles et avec prudence.
Les quelques mots qui, dans cette encyclique ont trait à l'éducation de la jeunesse, sont tout-à-fail favorables à la thèse de Mgr. Gaume, puisqu'il y est dit que les auteurs païens les plus célèbres ne doivent être mis entre les mains des élèves qu'après avoir Q\é purifiés de toute souillure. Si ces derniers mots étaient bien compris, les livres païens seraient réduits à une très simple expression.
Je terminerai ici cette vue générale de la grande question des classiques, prise, pour ainsi dire à vol d'oiseau. Ce ne sont pas quelques dizaines de pages qu'il faudrait écrire sur cet inépuisable sujet, mais des ouvrages en plusieurs volumes. Ces ouvrages existent ; et ils sont fort bien écrits. C'est surtout pour exciter l'appétit des hommes qui aiment les choses sérieuses et solides que j'ai fait ce petit travail. J'ose espérer qu'on me pardonnera les nombreux défauts qui le déparent, et qu'on ne le regardera pas comnae une attaque contre des individus en particulier ou contre nos institutions littéraires.
Mon but unique a été de faire valoir une thèse incontestable, suivant moi, ou qui du moins, si elle n'est pas encore évidemment vraie pour tout le monde, est infiniment respectable eu égard aux imposantes d nombreuses autorités alléguées en sa faveur.