‹ Mgr. Grandin, Oblat de Marie Immaculée: premier évêque de Saint-AlbertChapitre 58 sur 75 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

(Sa vie privée) |

Son céractère aimable. Tendresse du cœur—Sa gaieté—Ses affections—

Ses conseils aux missiomaires—Prudence et fermetéVie religieuse Son esprit de pauvreté Son humilité—Sa piété,

Son charme vainqueur fut celui de son caractère. Mgr - Grandin était homme; il avait souvent des mouvements de première vivacité, surtout lorsque la gloire de Dieu, de l'Eglise, Phonneur du sacerdoce, de sa Congrégation, l'intérêt des âmes étaient en jeu. Son système nerveux entrait en vibration au premier choc. Mais, comme il se hâtait de réparer sa faute “par une visife, une lettre, une excuse, un sourire, un petit don amical ! Il n’était pas de ceux qui ne donnent pas leur cœur, mais qui le prêtent et à usure. La séduction de sa physionomie ouverte, avenante, semblait doubler sa bonté naturelle. Il avait la grâce irrésistible. Nul, comme lui, n'avait le talent de harponner les âmes ; il avait naturellement cette diplomatie des cœurs qui en fait la conquête. Un ministre protestant disait : * # Quel homme aimable et bon ! si je le fréquentais longtemps, il me gagnerait à sa cause” Comme d’autres semblent nés pour blesser et détruire, lui, semblait venu pour panser les plaies et adoucir les souffrances, Par je ne sais quelle secrète dispensation divine, il avait reçu comme un sacre qui en faisait un conquérant, un sauveur. Il vous enlaçait d’une toile d’affection dont vous ne saviez plus sortir. Telle était sa prévoyance à faire plaisir, si délicates étaient ses attentions, que ses sujets craignaient surtout de lui faire de la peine. Ses”conseils, euxmêmes, bien souvent habillés en prières devenaient des ordres

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Près D’EDMONTON

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que lon ne voulait ni né savait enfreindre. “ Comment, disait un missionnaire, résister à un homme qui vous écrit : “J’envie “ ceux qui vous aiment de plus près, mais je ne vous en aime “pas moins” Son affabilité était si naturelle, ei vraie, que les âmes s’ouvraient d’elles-mêmes, à son influence,

Nous avons dit aïlleurs quelle était son affection pour les frères convers. (C'était une tendresse spéciale, faite de respect et d'esprit de foi. Il se plaisait à passer avec eux le temps de

” la récréation, et, à Saint-Albert, se faisait une joie de présider

ordinairement leur lecture spirituelle. .

Quand ses missionnaires étaient malades, sa sollicitude n’avait plus de bornes. Souffrant lui-même, il les visitait plusieurs fois, le jour, la nuit, leur faisait de pieuses lectutes, les égayait quelquefois par d’exhilarantes histoires, ou par quelque chanson naïve qui lui rappelait ses années d’enfant. Il écoutait le récit de leurs peines et pleurait avec eux.

Le lecteur a, sans doute, remarqué que Mgr Grandin avait le don des. larmes. Faut-il l’en blâmer ? Les larmes n’indi-

quent-elles pas un cœur tendre ? Est-ce que Notre Seigneur

n'a pas pleuré ? Rien de si naturel que les larmes. Est-ce que les enfants se cachent pour pleurer ? Plus tard, l’homme pleure moins, parce qu’il ne prend pas, pour affaires sérieuses, ce qui n’est que bagatelle, mais bien souvent aussi il cache ses larmes parce que Porgueil a durci son cœur. C’est une parole

vraie qui a été prononcée sur la Montagne : “ Bienheureux

. œux qui pleurent !” L'enfant qui pleure dans le sein de sa -

mère est déjà consolé. Qu'est-ce donc que pleurer dans le sein de Dieu ? CS

Au retour de leurs pénibles travaux, les missionnaires trouvaient, en lui, une lumière dans leurs doutes, une consolation dans leurs peines, l’ange du devoir et de la paix. Ses paroles réconfortantes soufflaient sur la fatigue comme une brise rafrai-

. Chissante.

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Il souffrit beaucoup de l’ingratitude, tnais il né cessa jamais .de jeter, sur sa route, des semences de bienveillance et de sympathie, laissant à Dieu de les faire lever. La bonté lui faisait apprendre et oublier bien des choses.

Ce serait une erreur de croire que Mgr Grandin était triste.

Dans l’habitude de la vie, il avait, avec ses missionnaires, ses frères, une expansion d'enfant. Il croyait, comme pos aïeux, que “ pour bien rire, faut rire de rien.” Il n’était pas de ceux qui font grimacer la vertu elle-même, et qui semblent avoir pour mission dennuyer les autres. Il voulait le bon vieux rire de France, une gaieté bienveillante, authentique. La raillerie lui était insupportable. Raïller n'est pas rire. La-raillerie tue le rire.au contraire. Pour s'amuser franchement, il est néces-. saire d’avoir gardé .une certaine naïveté d'impression. IL animait les récréations qu’il voulait joyeuses, mais jamais au détriment de la charité. “Il faut refréner avec la dernière énergie, disait-il, la tendance puérile qui consiste à critiquer d’instinct, à railler, à trancher de hont. C’est là un travers de gamin.” Ce qu’il voulait, c'était cette zone tempérée dans

laquelle la raison et la charité s’allient aux grâces, aux finesses de lesprit. | ,

Oh‘! qu’il aimait ce sanctuaire qui, nest pas fait de main d'homme, et qui s’appelle la famille. On dit que ‘les hommes les plus forts sont ceux qui ont le mieux aimé leur mère. Nous savons comment le jeune Vital ‘aimait sa mère; nous savons comment son cœur’ se serrait, combien nombreuses les larmes montaient à se$ yeux, au seul souvenir de ses parents. Il faudrait citer les lettres débordantes d'affection qu’il écrivait à ses frères, à ses SŒUTS, à ses neveux, à ses nièces. La famille na pas été ingrate, elle lui a voué un vrai culte.

I1 fut fidèle à sa famille, à son bienfaiteur Mgr Sébaux, à sa Congrégation, à ses amis de la première comme de la dernière

heure.

LA

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