‹ Mgr Seghers, l'âpotre de l'Alaska [microforme]Chapitre 10 sur 52 · PR · texte numérisé non relu

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Le rêve de ces colons était d’accumuler une certaine fortune, pour rentrer ensuite chacun dans sa patrie. « Ils ne pensent qu’à l'or, écrivait M. Seghers (1), ils’ ne parlent qu'argent. Le dollar est leur idole. Les Blancs sont d’une telle immoalité, que parfois nous rembions pour Victoria, et redoutons des châtiments. Ce sont là les grands obstacles que notre ministère &oit surmonter. »

Les catholiques étaient surte” ::s Irlandais, des Francais, des Allemands, outre quelques Italiens, et des Américains du Sud parlant Espagnol. Le reste de la population était des épiscopaliens, des méthodistes, es presbytériens et des Juifs. Tous avaient bonne opinion des prêtres catholiques ; et la lutte acharnée des ministres protestants contre l’Evêque et son clergé avait souvent pour conséquence de concilier à ceux-ci l’estime plus entière, et les sympathies plus vives de la population.

« Quant aux Indiens qui habitent près de la ville, corrompus, comme ils le sont, par les Blancs, ils peuvent être considérés comme perdus sans remède, en même temps qu’ils sont, au point de vue temporel, les plus malheureux des êtres. Notre influence se borne à leurs enfants. » (2)

La corruption des Indiens était profonde, en effet. Quelqu’argent, ou un peu de whisky était pour eux le prix de la honte de leurs femmes et de leurs filles. Et ce qui est plus pénible, c’est que cette manière de faire de l'argent, ou de se procurer de l’alcool, fut bientôt connue des Indiens

qui habitent le Nord de l'ile; on voyait parfois ceux-ci venir

(1) Lettres à Mgr De Neve, 16 décembre 1863 et avril 1864. (2) Lettre de M. Seghers à Mgr De Neve. 16 décembre 1853.

en canot à Victoria, pour amener leurs femmes dans ce repaire d’infamie !

Aussi beaucoup de prêtres désespéraient-ils des missions indiennes ; ils trouvaient ces sauvages si profondément dégradés, si inintelligents, qu’ils les croyaient incapables de conversion. Mais de pareils découragements ne pouvaient entrer dans le cœur de M. Seghers, et dès les premiers jours, il sentit un ardent désir de sauver ces âmes, qu’il aimait d'autant plus qu’elles étaient plus malheureuses et plus abandonnées ; et ce fut son vœu le plus cher, de pouvoir se consacrer tout entier à la rude entreprise d'évangéliser les Indiens.

Dès la première entrevue, Mgr Demers fut frappé des qualités du jeune missionnaire, et il en écrivit dans les termes les plus élogieux à Mgr De Neve, exprimant la confiance que «son cher Seghers » serait « le prêtre selon le cœur du Seigneur, l’ouvrier actif et zélé dans sa vigne, n'ayant en vue, que la gloire de Dieu, l'honneur et le triomphe de la Religion (1). »

M. Seghers se mit à l'œuvre aussitôt; et le Dimanche suivant, il fit, à la Cathédrale, une instruction fort œoûtée ; on fut frappé de la correction de son accent anglais, non moins que de l'aisance avec laquelle il se mouvait dans ce milieu tout nouveau pour lui (2).

Mgr Demers le chargea de la direction du Couvent et de l’école. Sous la conduite du zélé prêtre, la communauté des Sœurs de S'-Anne devint bientôt un modèle de régularité, d'observance et de paix. Il avait un art tout particulier d’inspirer aux Sœurs l’amour de la règle et de la vie

(1) Lettre à Mgr De:Neve, 19 nov. 1863.

(2) Ibid.

Débuts dans le Ministère

M. Sechers songe à quitter Vancouver

religieuse. L'école prit un remarquable développement : elle arriva bientôt à compter jusqu’à cent élèves, dont une trentaine de pensionnaires. Elle faisait à Victoria un bien inappréciable. En même temps qu'il dirigeait cette maison, M. Seghers remplissait les fonctions d'assistant, ou vicaire, à la Cathédrale.

Bientôt le zèle du missionvaire le jeta dans une vive perplexité : le diocèse venait d’être divisé par l'érection du vicariat apostolique de la Colombie Britannique. Le nouveau vicariat avait un territoire quatre fois plus étendu que celui qui restait à Vancouver ; les besoins étaient immenses. A Vancouver il v avait quelques prêtres; Mer d'Herbomez, le nouveau vicaire apostolique, n’en avait presque pas. De plus, on attendait à Victoria le R. M. Morrison, qui venait d'être nommé coadjuteur de Mer Demers, et qui comptait amener des auxiliaires. Le généreux missionnaire se demanda -si son devoir n’était pas de quitter son poste, pour offrir ses services à Mer d’Herbomez. « Je serai inutile à Vancouver, » écrivait-t-il à Mer De Neve (1), auquel il s’ouvrit de ses perplexités. Le vénérable prélat lui répondit qu'il eût à consulter son :vêque ; et alors seulement le jeune prêtre découvrit ce que son humilité l'avait empêché de reconnaitre : son Evèque ne consentirait jamais à son départ. D'ailleurs les événements vinrent imposer la solution : M. Morrison refusa la mitre qui lui était offerte, sa santé ne lui permettant pas de se consacrer aux travaux d’un si lourd apostolat. Les prêtres qu'il devait amener ne vinrent pas davantage. M. Seghers se décida ‘one à rester, et à prodiguer encore ses soins au couvent et à la

paroisse de Victoria (2).

(1) Lettre du 11 avril 1864.

(2) Lettre de M. Seghers à Mgr De Neve, 8 août 1854,

= de

Il était attaché également à la personne de l'Evêque, en qualité de secrétaire. Mais il lui rendait surtout des services signalés lorsque le vénérable prélat se trouvait obligé, pour les affaires de son diocèse, de s'éloigner de sa ville épiscopale, et même d'entreprendre de longs voyages. Ce fut le cas dès le mois de mai 1864, puis encore au mois de décembre de la même année, Mgr Demers, qui avait su apprécier les admiables qualités de son prètre, n'avait pas hésité à lui confier l'administration temporelle du diocèse.

Au mois de mai 1865, M. Seghers se trouve de nouveau chargé de ce lourd fardeau. L'Evêque venait de quitter pour faire des collectes dans le sud de l’Amérique, lorsque des difficultés sans nombre surgirent : la situation des Pères Oblats donnait bien des soucis; d'autre part, le projet d’ériger un hôpital sous la direction des Sœurs de Ja Miséricorde, après avoir semblé toucher à son exécution, se trouvait menacé d'échouer. La population entière avait contribué, et promettait de contribuer encore, lorsqu'une crise dans les affaires vint tarir la source des g'énérosités. M. Seghers fut obligé d'écrire à l'Evèque, qui se trouvait alors en Californie, pour le prier de revenir au plus tôt {1). Mer Demers rentra au mois de juin, remettant à plus tard la suite du voyage projeté.

M Seghers avait montré dans son administration les plus brillantes qualités.

« Mon absence, écrivait l’Evèque, peu de temps après son retour, a mis mon cher Seghers à une dure épreuve, qu'il a

soutenue avec courage, prudence et capacité. Si jeune encore,

(1) Lettre de M. Seghers à Mgr De Neve, 25 mai 1865. :

M Sechers administrateur du diocèse

Appréciation de Mgr Demers

il a été chargé du soin de la cathédrale et des affaires temporelles de la mission, sous un vicaire général français, et conséquemment, ne parlant que peu la langue anglaise. » (1)

« Quant à #01 Seghers, écrivait-il encore, car il est à moi maintenant, il s’est très bien acquitté de sa besogne pendant mon absence; il s’en est acquitté comme un vétéran. Cette épreuve et ce noviciat l’ont aguerri, l’ont mis en rapport avec le peuple de la ville. et l'ont fait connaître davantage. Il a beaucoup à faire, mais le travail semble être

sa vie. Du reste, il est l’idole de tout le monde. » (2)

(1) Lettre de Mgr Demers à Mgr De Neve, 25 juillet 1865. (2) Lettre de Mgr Demers à Mgr De Neve, sans date ; (probablement novembre 1865).

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