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Un gage de la protection divine arriva bientôt à Victoria. C'était la réponse à la lettre que l’Evéque mourant avait adressée à Sa Sainteté. S. E. le Cardinal Barnabù écrivait : « Je m’empresse de vous faire savoir que le Saint Père, en audience du 27 août, accédant à la prière formulée dans votre lettre du 24 juillet, a daigné donner de tout cœur la bénédiction apostolique au Rév. M. Charles Seghers. » M. Seghers, plein de confiance en cette prière autorisée qu’est la bénédiction apostolique, lui attribua sa guérison. Les médecins restèrent stupéfaits en voy ant la tournure nouvelle que prenait la maladie. Ils savaient qu’on l’attribuait à la prière; ils n’osèrent énoncer leur avis, reconnaissant toutefois qu’ils avaient regardé une prompte mort comme certaine. Débordant de reconnaissance, M. Seghers rédigea lui-même une lettre de remerciement, au nom de M. Jonckau, qui avait recu la missive du cardinal Barnabd. Elle était conçue en ces termes :
« J'ai reçu avec joie et reconnaissance la lettre de Votre Eminence en date du 2 septembre, par laquelle Elle m’informait que le $. Père avait accordé la bénédiction apostolique à M. Seghers; d'autant plus qu’il semble que la bénédiction de Sa Sainteté ait rendu la santé à mon ami et compagnon de travail. J'aurais répondu plus tôt à Votre Eminence, mais j'ai différé de le faire jusqu’à ce que j'aie pu juger avec plus de certitude que mon ami était sauvé. Je prie Votre Eminence de pardonner le retard. » (1) |
La bénédiction du S. Père avait-elle opéré ce prodige ? Le devait-on à l’intercession de Mer Demers priant au ciel pour son diocèse ? Dieu seul le sait. Le fait est que M. Seghers ne
(1) Cette lettre était datée du 18 décembre 1871. ,
Guérison.
Course apostolique à Sooke.
M. Seghers nommé
Evêque de
Vancouver.
cracha plus desang, malgré les extrêmes fatigues qu’ils’imposa
depuis lors, malgré la vie de privations et de labeurs inouïs qu'il mena. I] lui arriva, en effet, de parler jusqu’à six et sept fois en un jour, et certaines de ces conférences duraient une heure, et même une heure et trois quarts Sa vie et son sang étaient réservés pour le salut de beaucoup d’âmes.
Bientôt l'administrateur se sentit assez de forces pour prendre en main la direction des affaires. Il reprit en même temps ses courses apostoliques.
« Je sais bien, écrit-il vers cette époque, à un ami, (1) que vous êtes toujours affamé de nouvelles; mais il m’est bien difficile de satisfaire à votre désir : le temps me manque pour vous donner une description de la mission que j’ai faite dernièrement à Sooke, par monts et par vaux; course à cheval à travers les bois, par un sentier large d’environ trois pieds; baptème d’un enfant, visite d’un camp sauvage, navigation dans une grande baie; diner « aux moules », que nous avions trouvées sur un rocher; passage d’un ravin d’une trentaine de pieds de profondeur sur un arbre renversé ; descente d’une côte de quatre cents pieds de hauteur, à pied, en menant le cheval par la bride: course précipitée au milieu des flammes : la forêt était en feu... Tous ces détails seraient intéressants si j'avais le temps de les décrire. Peut-être les rédigerai-je un jour. Mais le temps, le temps!...»
La nomination de l’Evêque tardait; les mois se passaient en négociations : les Evêques du Canada demandaient
(1) Lettre à M l'abbé V. L., 27 octobre 1872.
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que Vancouver, possession anglaise, fût rattaché à la province Ecclésiastique de S. Boniface; l'archevêque d’Orégon, d’autre part, tenait à conserver dans sa province ce diocèse qui, en fait, avait toujours appartenu aux missions de l'Orégon. C’est ainsi que plus de dix-huit mois s’écoulèrent avant qu’une décision püt être prise.
Pendant cette longue période, l’administrateur fit preuve de tant de zèle, d'énergie et de prudence, que Pie IX, qui n'avait pas oublié le protégé de Mgr Demers, le nomma Evèque de Vancouver, en consistoire du 23 mars 1873.
Avant que la nouvelle officielle en fût arrivée, le bruit de cette nomination s'était répandu. M. Seghers en fut péniblement affecté. « Le bruit court à S. Francisco que je suis nommé Evêque. Priez pour moi : mes épaules sont trop jeunes pour un tel fardeau ! » (1)
Bientôt la nouvelle arriva, oïffisielle, et fut accueiliie avec une joi? immense par le clergé et les fidèles.
La consécration du nouvel Evêque eut lieu le 29 juin, fête des Princes des Apôtres, en l'Eglise Cathédrale de S. André, à Victoria. Mgr F. N. Blanchet, Archevéque d’Orégon, officiait; il était assisté de Mgr M. Blanchet, Evéque de Nesqualy et de Mgr d’Herbomez, Vicaire apostolique de la Colombie Britannique. Une quinzaine de prêtres, dont plusieurs missionnaires belges, assistaient à la cérémonie, au milieu d'innombrables fidèles.
L'après-midi, le nouvel Evêque reçut les hommages de ceux auxquels il avait consacré tutes ses forces pendant dix années, et auxquels l’unissaient maintenant des liens plus
(1) Lettre du 7 avril 1873, à son oncle M. J. B. Seghers .
étroits que jamais : ils venaient lui dire leur bonheur et leur dévoùment,
Ensuite Mgr Seghers se rendit à l'Eglise du Collège S, Louis, où étaient réunis de nombreux Indiens catholiques. L’Evèêque leur fit une de ces allocutions dont il avait le secret, et qui allaient droit au cœur de ces hommes simples et primitifs. Puis, vers le soir, après les véêpres solennelles et le salut, M. De Craene, un prêtre belge, dit, en un brillant discours, combien Vancouver était heureux d’avoir, en Mgr Seghers, un Evêque selon son cœur.
Oui, c'était l’Evêque selon le cœur de ses diocésains ; ils l’avaient vu à l’œuvre, et ils savaient ce qu’ils pouvaient attendre du jugement sûr, de la volonté ferme, du dévoñment sans bornes de celui à qui Dieu confiait leurs âmes.