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indien, l'embarcation toucha un banc de sable et fut près de faire naufrage. Après de longs efforts, on parvint, avec l’aide des Indiens, à remettre la Surprise à flot.
Le 7 septembre, les missionnaires arrivaient à Barclay- Sound, et comme la Surprise n'allait pas plus loin, ils furent obligés de continuer le voyage en canot. Le 8, au point du jour, ils se mettaient en route avec trois indigènes. La mer était fort houleuse, le canot était bien étroit ; les provisions, consistant surtout en farine et en biscuits, furent presque toutes gâtées par les vagues qui avaient fondu sur l’embarcation, L'Évêque et son compagnon abordèrent à dix heures du soir, après avoir fait plus de quarante milles. La nuit était noire; lorsqu'ils se mirent à dormir sous le feuillage d’un grand arbre sur la côte, ils ne s’aperçurent point que de l’autre côté de la baie (Klayoquot Sound) se trouvait la station de pêche des Indiens d’Ahousat.
Arrivés le 10 septembre à Nootka, emplacement autrefois occupé par les Espagnols, ils rencontrèrent le Boxer, un navire de guerre anglais. Aussitôt que le capitaine, un protestant, ent appris leur présence, il descendit à terre et leur proposa de les conduire au camp des Kyouquots, terme de leur voyage. Leur plan était, en effet, de se rendre directement au cap Cook, pour revenir de là à Victoria, en visitant chaque camp sauvage de la côte; ils acceptèrent avec reconnaissance l'offre du capitaine. Le lendemain, à 5 heures du matin, ils partirent de Nootka sur le Boxer, où ils recurent de la part des officiers anglais, la plus respectueuse et la plus cordiale hospitalité.
Mgr Seghers et son compagnon firent route ensuite le long de la côte dans un canot, passant la nuit à la belle étoile ou dans les peu confortables campements des indigènes. Le voyage dura de la sorte environ six semaines.
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Un jour, la tempête soufflait avec violence, et les missionnaires furent contraints de camper loin de tout village. Ce fut une grande souffrance pour l'Évêque, de devoir passer le temps à se promener de long en large, sans pouvoir travailler pour les âmes. Après deux jours il n’y tint plus, et proposa de faire route à pied. Il comptait tronver des Indiens à vingt milles de là, et dépenser utilement son temps. Il n°y avait pas de chemin, et la côte était couverte de rochers et de cailloux. La nuit venue, ils avaient dû camper sous une pluie battante qui les trempait. Deux jours encore ils marchèrent : épuisé de fatigue et de privations, l'Évêque tomba évanoui sur les rochers. Revenu à lui, sous la sensation de la faim qui le tourmentait, il demanda à manger. Les provisions étaient épuisées, et depuis la veille, les voyageurs n'avaient mangé que les moules qu'ils trouvaient sur le rivage. M. Brabant rassembla tout ce qu'il put trouver dans le sac aux provisions, en râclant tous les coins : une cuiller‘e de farine qu'il tendit au Prélat défaillant. Celui-ci arrêta la cuiller avant de la porter à la bouche : C’est tout? dit-il. — Oui, c’est tout, Monseigneur;
prenez. -— Partageons. — Mais je suis plus fort que vous, Monseigneur ; prenez. — Non, partageons. — Et il fallut que
le prêtre partaget avec son Évêque défaillant cette cuillerée de farine, leur seule ressource. Se relevant, sous la poussée victorieuse de sa volonté, bien plus que réconforté par cette bouchée de nourriture, Mgr Seghers se remit en marche, et, le soir, ils arrivèrent au camp indien, mourant de faim, les vêtements en lambeanx, les chaussures défoncées, semblables à des naufragés.
La tribu des Machelats (ou Muchalats) réservait de profon-
des consolations aux missionnaires. Ces Indiens savaient déjà
que les prêtres étaient sur la côte. Comme la saison des pluies approcbait, toute la tribu, selon un usage immémorial, s'était transportée au pied d’une haute montagne pour y passer l'hiver. Un bras de mer de plus de 40 milles de long, s’enfonce dans l’intérieur des terres, jusqu’au pied de cette montagne. Dès l’arrivée des « hommes de prière », le chef, qui n’avait point quitté la côte, envoya deux sauvages pour rappeler les Indiens. C'était inutile : toute la tribu revenait à force de rames. La veille, surpris par la nuit, les missionnaires avaient dor mi à Ja belle étoile, sur les cailloux du rivage. Une famille de Machelats, ayant vu de loin le feu du campement, avait, dès la pointe du jour, annoncé aux indigènes l’arrivée des hôtes attendus. Les sauvages, au lieu de se rendre directement au camp, descendirent sur l’autre bord du golfe; puis, après s'être lavés dans une rivière voisine, ils revêtirent ce qu’ils avaient de plus beau.
Vers deux heures après-midi, une vingtaine de canots étaient prêts à descendre vers la mer. A un signal donné, tous mettent simultanément à la voile; et poussée par une forte brise, la flottille s’avance lestement.
Les Indiens débarquèrent en observant un religieux silence Leurs costumes étaient pittoresques. On voyait parmi eux un enfant affublé d’une chemise descendant jusqu'aux talons ; il portait au cou un Jong col de papier. Sur le dos d’un vieillard, qui s’était fait une veste d’un sac à farine, on lisait en grosses lettres : « Zmperial mill, Moulin impérial. »
La tribu se rassembla dans la loge du chef, la seule qui füt debout, car en se rendant dans leurs quartiers d’hiver, les sauvages emportent les planches de leurs huttes. Ils demandèrent la permission de dire les prières qu’ils savaient déjà.
Tous firent le signe de la croix, et récitèrent, sans en omettre un mot, l’Oraison dominicale et la Salutation angélique,
Aussitôt les missionnaires se mirent à l’œuvre; avant leur départ, toute la tribu savait le Symbole des Apôtres. les commandements de Dieu, les commandements de l'Église, et différentes explications sur chaque point de ces prières.
Le soir, après les exercices, les sauvages quittèrent la loge du chef pour prendre leur repos. Le temps était très mauvais, et, pour s’abriter contre la pluie, ils dormirent sous les voiles de leurs canots converties en tentes. Mgr Seghers exprima au chef son regret de voir les Indiens endurer tant de privations; il lui proposa de les renvoyer chez eux, et de se transporter au camp voisin. À cette demande, les sauvages répondirent en riant : « ÆAallach okouk lain, cette pluie n’est qu’une bagatelle. »
À la fin du troisième jour, on planta au sommet d’un rocher qui domine le bras de mer, et que l’on aperçoit de fort loin, une croix de trente-quatre pieds de hauteur. Magnifique était l’empressement des sauvages à préparer le bois, à porter les lourdes pierres destinées à l’affermir dans le sol, et leur recueillement profond tandis qu'ils gravissaient la montagne. Lorsque l'Évêque eut bénit la croix, les jeunes gens l’érigèrent et la fixèrent dans le sol; puis ils déchargèrent leurs fusils, pour annoncer au loin que l'arbre du salut allait porter désormais des fruits de vertu et de bonheur là où le démon avait exercé son empire.
Trente-cinq enfants recurent les eaux du baptême. Une jeune fille à toute extrémité, fut préparée à paraitre devant le tribunal de Dieu.
Les autres tribus ne furent non plus rebelles à la grâce ; elles donnèrent beaucoup de satisfaction à leurs zélés missionnaires.
« Ce qui nous a le plus consolés, dit le Prélat, c’est de voir combien les sauvages avaient profité de nos instructions.
« Ils aiment éperdüment leurs enfants. A notre arrivée chez les Kyouquots, nous demandâmes à l’un d’eux, appelé Némekaus, comment se portait son petit garcon, que nous avions baptisé au printemps. Il nous répondit qu’il était mort. Nous nous tûmes, nous attendant à de vives plaintes contre Jésus-Christ, dont le baptême n’avait pas conservé la vie à l’enfant. Il n’en fut rien. — Avez-vous éprouvé beaucoup de peine? demandai-je au père. — Non, répondit-il, ni ma femme non plus. Si vous n’étiez pas venu, nous aurions été inconsolables. Mais sachant que notre enfant est en paradis, parce que le prêtre lui a lavé le cœur, nous ne sommes nullement affligés. »
Les missionnaires s’arrétèrent aussi pendant quatre jours dans la tribu des Hesquiats.
Depuis qu’ils avaient appris la présence des prêtres sur la côte, ces Indiens allaient chaque jour en mer, bien loin, voir si les missionnaires arrivaient. Lorsqu’enfin ils les apercurent, ils retournèrent à force de rames au camp, où tous les fusils furent déchargés en signe d’allégresse.
L'Evêque et M. Brabant eurent la consolation d’y offrir chaque jour le Saint Sacrifice, auquel assistaient tous les Indiens, récitant le Rosaire en leur propre langue. Hesquiat est le point central de la côte. Aussi l'Évêque conclut-il un arrangement avec cette tribu pour l'établissement d’une mission permanente.
Ils visitèrent encore les Taquats, les Ohyots, les Sichats,
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les Opitchesats; puis ils traversèrent à pied l’île Vancouver dans toute sa largeur. Quand ils furent arrivés sur la côte orientale, un canot les transporta à Nanaïmo, et de là ils parvinrent facilement à Victoria, après une absence de plus de deux mois.
L'Évêque s’occupa aussitôt de l'établissement de la mission permanente à Hesquiat; le missionnaire qu’il destinait aux Indiens de l'Ouest, était tout indiqué : c'était M. Brabant. En mai 1875, ce courageux jeune prêtre prenaït possession de sa modeste chapelle et de son pauvre presbytère.
L'attentat.