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Environ un quart de siècle s'est écoulé ■ depuis la nuit tempétueuse de novembre où rodant à travers Paris en la société du poète alors obscur dex Fleurs du Mal, lequel à ses heures de mélancolie avait l'habitude et errer au hasard danssa grande ville natale où, selon ses vœux, il s'est éteint, trop tôt, 'hélas ! pour ses disciples à qui ses conseils eussent été plus tard si profitables, et pour lui qui n'a pas foui de sa gloire, je lui racontai sous la pluie et dam le vent, avec la verve de mes primes années, te qu'il intitula proprio motu, non sans une (lointe d'ironie et plusieurs frissons dcffroi,
« les aventures superlativement extraordinaires et peut-être infernales de Mi-Diable. » // en fut très frappé y ce railleur qui se moquait de tout t de tous^ y compris Satan Trismégiste aaoHel il croyait fermement^ et ^ dusj auprès ae F Arc de F Etoile où nous avait , '^rtés notre marche vagabonde^ lui promettre a? les écrire un jour. En dépit de tous les obstacles, qui souvent entravent les projets de cht que artiste et parfois tes rendent irréalisables j je tiens y au bout de vingt-cinq ans enfin, parole à mon maître Charles Baudelaire. Or, il est néy ce livre j et le voici, cet enfant qui, certes, a failli me i^ester dans le ventre ou dans la cervelle. A quiconque s'étonnerait de ses allures si naïves quoique si cavalières en même temps et formant une disparate fort sensible avec sa langue à la fois un peu mûre et trop verte pourtant, il suffira de répondre qu'il fut conçu par un quasi blanc-bec brûlant de con- 7iaître la vie et mis au monde par un grison assez barbu presque usé par elle. Il m'est donc triplement cher en ce sens que s'il me
rappelle non seulement mon printemps au cœur de mon hiver ^ mais encore ines capitaines^ mes compagnons (T armes ^ aujourd'hui morts au champ d'honneur la plupart^ et quelqueS'Ur \ passés chefs à leur tour au lilieu des bi 'dlles, il eut aussi pour tém ns de sa la^ ^rieuse gestation une foule de conscrits pour ^qui déjà je suis un vétéran. Et voilà pourquoi ri?iscription initiale dont il m'a plu de lé'décorer ici.
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Château de Famelette-eii-Hesbaye, 13 octobre I880.
A mes arnis de lettres :
mes aînés, mes camarades et mes cadets,
ZiOGULARAv, maître de combat, aussi fameux en France qu'en Gascogne est descendu de ses montagnes, il y a près de huit jours, et le voici maintenant arrivé, paysans, en nos murs avec sa troupe de faèles sans pareilles. Elles et Lui vous invitent à venir tout de suite à l'esplanade du château, sur le bord raveiin oii, campés depuis
quelques heures seulement, ils donneront, ainsi que vous Tont annoncé les affiches placardées hier aux portes du rempart, une représentation des plus intéressantes, à la fois la première et la dernière, attendu que demain il faut qu'ils soient avant midi rendus à Fernagore-de-Veyre en Giésigne, en laquelle bourgade ils espèrent remporter une victoire aussi décisive que celle deTaîi passé!...
Cela lancé d'une voix métallique et mécanique à tous les vents, le crieur public de Bruniquel en Rouergue allait ailleurs en dire autant aux nombreux terriens d'alentour attablés au fond des auberges, ou vaguant, indolents et désœuvrés à travers les ruelles du bourg, entre messe et vêpres.
— Si nous ne nous pressons pas, il n'y aura plus de place là-bas pour un seul puceron ; houp, houp !
Et Ton se hâtait, vieux et jeunes, vers l'endroit désigné, car, en ce pays assez éloigné de toute route carrossable et que nulle voie ferrée ne sillonnait en ce temps-là, tout le monde était également friand de ces tueries où le « sang des chrétiens et celui des brutes » se mêlaient en coulant comme de l'eau.
— MiloDious! allons-y sur le coup, aux grands quatre pieds!...
Il était environ trois heures du soir et le soleil d'août tapait d'aplomb sur] ce rocher aux flancs
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évidés où s'érige, au milieu d'un noir amas de toitures, le donjon où, suivant force légendes, le corps de Brunehaut fut jeté pantelant et mutilé, dès qu'il eut été accueilli par les ronces du voisinage, en lesquelles s'était abattue la cavale sauvage qui, par monts et par vaux, l'avait traîné jusque-là. D'une pureté sans égale et même extraordinaire en ce climat où presque jamais il ne pleut ni ne neige, le ciel enflammé, poli comme une armure, vibrait et miroitait ainsi qu'une glace exposée aux ardeurs de la canicule, et le hameau déjà calciné sous Iulius Cœsar qui, d'après la tradition, y séjourna dans un camp retranché tout un hiver, étageait en ampithéâtre ses huttes amoncelées au-dessus desquelles s'étend un aride plateau d'où quiconque a le sens des beautés de la nature admire autour de soi, d'un côté, les plaines aquatiques et velues qui se prolongent jusqu'aux contreforts de^ Pyrénées, et de l'autre, une série de mamelons schisteux et quartzeux qui semblent courir comme une armée à Tassant des pics de l'Auvergne pointant à l'horizon où moutonnent en plein azur des vagues d'argent et d'or fluides que réverbèrent les froides ondes transparentes du sinueux Aveyron, nommé Veroniuspar les Latins, Abaïrou par les Celtibériens d'avant J.-C. ainsi que par lesindigènes aujourd'hui, qui sont restés Gaulois en dépit de l'intrusion des peuplades germaniques, si bien qu'en parlant des gens d'outre- Loire, ils les appellent et toujours appelleront :
Français. Sans doute, conquis, subjugués, ils le sont ces Aquitains, ces Rutènes, ces Cadurques, oui, mais aucun d'eux n'ignore qu'il a dans les veines une liqueur qui n'a rien de romain ni d'allemand, et tous, nourrissant en soi le secret espoir de recouvrer leur indépendance et leur liberté, subissent hélas! en attendant, sans avoir l'énergie d'en rompre quelques anneaux, les chaînes héréditaires dont leurs aïeux furent chargés. Ah ! si les fédéralistes de la Gironde eurent peut-être tort, en 92, de s'opposer à l'unité nationale, alors indispensable pour mieux affronter les innombrables mercenaires des tyrans de l'Europe, ils auraient à présent bien raison, car tout s'étiole, dépérit et meurt en ces provinces anémiées de qui Paris, l'ogre Paris, accapare au jour le jour toute la sève en attirant à lui l'élite de leurs fils qu'il garde et qui d'ailleurs oublient, aux rives de la Seine, eux, leur lieu natal, leur berceau, la patrie, la seule et vraie patrie où chaque homme digne de ce nom est attaché par les fibres de son cœur comme tout enfant par le cordon ombilical au sein de sa mère.
— Ohé, gens, ohé! par ici, nom de Dieu! par ici, donc!
Cent voix, mille et plus encore répétaient ce cri qu'on se renvoyait de toutes part comme une balle et l'on se groupait devant l'estrade d'un vaste pavillon au long duquel un noueux et pileux montagnard, vêtu de peaux de faons, coiffé du
béret basque et chaussé d'espadrilles se pavanait silencieusement en roulant des yeux d'orfraie et montrant parfois aux badauds une large toile écrue où s'enlevaient violemment ces mots en vermillon :