‹ Michel-AngeChapitre 1 sur 17 · Michel-Ange · texte numérisé non relu

Michel-Ange

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I Michel- Ang"e a été le chantre de la puissance et de la /-douleur. Dans la Sixtine, il a dit tout le rêve de grandeur de la Papauté, comme, dans les Tombes des MécUcis, tous les désespoirs de l'Italie. Son âme violente et sensible était bien faite pour être l'écho des événements dramatiques de son temps. Ul a été le Dante du xvi^ siècle.

Une longue vie de quatre-vingt-dix ans, toute consacrée au travail, les changements d'idées qui transforment à ce moment l'école florentine et qui substituent l'imitation des œuvres d'art antiques à la représentation des formes vivantes, les événements qui le font passer de la cour sensuelle de Laurent de Médicis au grave milieu de la cour romaine, les drames qui ensanglantent l'Italie, tout a contribué à donner à l'œuvre de Michel-Ange les caractères les plus originaux et les plus variés.

Il On peut diviser sa vie en diverses périodes nettement déterminées.

La première, qui comprend les années de jeunesse, est caractérisée par l'imitation de l'antiquité, par des œuvres n'ayant qu'un faible caractère expressif, les Centaures^ le liacchus^ le Dav'uU la Guerre de Pise.

^juo^^ seconde correspond au pontificat de Jules II, dont la pensée ardente entraîne le jeune artiste et, faisant revivre en lui l'àme des Prophètes, lui inspire la Sixtine et le Moïse.

^^ Le règne de Léon X marque comme un temps d'arrêt dans la vie du maître, l'éloignant de Rome, où sa violence doit momentanément céder le pas à la grâce de son rival, l'aimable Raphaël, qui plus que lui convenait à ce Médicis qui transportait à Rome l'humanisme et l'épicuréisme de Florence.

Avec Clément VII c'est un terrible réveil, et les malheurs de l'Italie, le sac de Rome, trouvent en l'àme sensible de Michel-Ange les accents pathétiques qui, dans les Tombes des Médicis^ diront toutes les douleurs de la patrie.

Puis ce sont les Papes de la contre-réforme, c'est l'Église redevenant maîtresse du monde, faisant face à ses ennemis ; et Michel- Ange a mis dans la main du Christ du Jugement dernier toutes les foudres que la Papauté tenait suspendues sur la tête des hérétiques.

Enfin par sa dernière œuvre, par le Dôme de Saint- Pierre, il semble avoir donné une forme visible à ce qui fut toujours l'idée maîtresse de l'Eglise, à son rêve de grandeur et de domination universelle.

ICHEL-ANGE

Michel-Ange n'était pas né d'une famille d'ouvriers, comme la plupart des artistes florentins. Son père était un fonctionnaire. Podestai du petit bourg de Caprese dans le Casentin, lorsque Michel-Ange vint au monde en kJrUr, il revint peu de temps après à Florence et Michel-Ange resta '^ ^ /ri-Cty pendant toute sa jeunesse dans ce grand centre artistique, 1^ T ^

entrant de bonne heure, à treize ans, dans l'atelier de Ghirlandajo.

Pour comprendre la formation du génie de Michel- Ange, il faut tout d'abord considérer le temps passé dans l'atelier de Ghirlandajo et l'influence exercée sur lui par ce maître. C'est une éducation de peintre qu'il reçoit. Voilà le premier mot à dire et il est capital. Si Jules II s'adressa à lui pour peindre la voûte colossale de la Sixtine^ c'est parce qu'il savait ce dont il était capable; et si la Sixtine est la plus belle fresque de l'art florentin, c'est bien parce que Michel-Ange avait admirablement appris l'art de peindre, c'est parce qu'il avait reçu les leçons de Ghirlandajo.

A la fin du xv*' siècle, la fresque n'est plus en très grand honneur à Florence. Les changements qui se produisaient depuis le commencement du siècle et qui avait pour but d'étudier et de reproduire la nature avec une précision de

plus on plus grande, avaient poussé les artistes à délaisser les grandes décorations murales pour des tableaux de petites dimensions, et à substituer la peinture à l'huile à la fresque. Vers la fin du siècle, Verrocchio et Pollaiuolo sont les chefs de cette école à laquelle on peut rattacher Botticelli, Pérugin et Léonard. A ce moment un seul artiste semble maintenir les grandes traditions italiennes, la tradition des peintres fresquistes, c'est Ghirlandajo, qui continue l'art de Masaccio, de Filippo Lippi et de Gozzoli.

Quand Michel-Ange entre dans l'atelier de Ghirlandajo, et pendant tout le temps qu'il y reste, ce maître est occupé aux fresques de Sainte-Marie-Nouvelle. Et nous savons positivement que Michel-Ange y a travaillé lui-même par un ^ passage de Vasari qui nous dit qu'un jour, en l'absence du maître, il s'était amusé à dessiner l'échafaudage, les galeries de bois et ses camarades d'atelier. \

Il peindra la Sixtine dans la manière de Ghirlandajo, avec cet art sobre qui ne se perd pas dans les détails inu-y / o tiles, qui ne retient que l'essentiel, cherchant les grands; ' , ,; effets d'ensemble, n'ayant recours qu'à des teintes simples / et un peu effacées, sans ces éclats de coloris qui peuvent nous cliarmer, mais qui ont l'inconvénient de trop nous | intéresser par eux-mêmes et de nous détourner du dessin et de l'expression de la pensée. Sans s'en douter alors, Michel- Ange avait trouvé chez Ghirlandajo l'art qui, à un moment de sa vie, devait lui fournir la forme la plus apte a satisfaire son idéal.

C'est non seulement par sa manière de peindre que

Ghirlandajo agit sur Micliel-Ange, c'est aussi par sa pensée. Dans ce milieu florentin de la fin du xv'' siècle, dans celte ville de Laurent de Medicis, oii tous les artistes, e'pris de volupté', semblent asservis au culte de la femme, dans ce milieu où Yerrocchio et Botlicelli régnent en maîtres, Ghirlandajo reste l'homme des pensées viriles, et lui qui continuait la grande tradition de Giotto et de Masaccio, il était bien vraiment le maître qui convenait à Michel- Ang-e( pour lui inspirer le culte du beau, dégagé de toute sensua- j lite'. Chez Michel-Ange, il n'y a pas trace de volupté et c'est' un des traits les plus significatifs et les plus permanents de son œuvre. Cet homme qui a passé sa vie à représenterV\Ldes nudités reste le plus chaste des peintres,. W^

Très désireux de s'instruire, comme tous ceux qui sont destinés à devenir de grands artistes, très avide de connaître tout ce qui avait été fait avant lui, Michel-Ange ne se contentait pas d'étudier les œuvres de son maître. Ses biographes ont noté le soin avec lequel il faisait des copies, non seulement d'œuvres italiennes, mais d'œuvres flamandes, et cela ne surprend pas d'un élève de cet atelier de Ghirlandajo où plus que partout ailleurs à Florence on consultait le naturalisme des maîtres des écoles du Nord.

Quant aux anciens maîtres italiens, il était plus à même que personne den comprendre et d'en aimer la grandeur. Nous savons qu'il étudia avec soin les fresques de Masaccio. C'est en travaillant dans la chapelle Brancacci qu'il reçut de Torrigiano le coup de poing qui lui défigura le visage.

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VX certainement il aimait cet audacieux Signorelli qui, de tous les peintres llorentins, est celui qui était aile le plus avant dans la route où il allait lui-même s'engager. Mais Michel-Ange ne passa pas toute sa jeunesse dans l'atelier de Ghirlandajo. Un homme ardent comme lui ne pouvait rester indifférent à ces nouveautés qui affolaient alors tous les jeunes artistes de Florence. Il veut comme tous les autres étudier les statues antiques que les Médicis avaient rassemblées dans leur Palais, et dès qu'il les a vues il cesse d'être le disciple de Ghirlandajo pour devenir le disciple de l'antiquité. C'est le moment oij va éclater \ cette crise qui se préparait depuis longtemps à Florence, par les lettrés depuis le xrv'^ siècle et par les architectes / dès le début du xv% et qui au xvi^ siècle allait à son tour|| / envahir la peinture et la sculpture et imposer au monde / pendant de longues années un idéal nouveau fait de l'imitation de l'antiquité.

\^ 11 étudie aussi les grands sculpteurs florentins qui l'ont précédé. S'il se sépare d'eux, s'il va détruire l'art qu'ils avaient créé, ce n'a pas été sans leur faire bien des emprunts. 11 a admiré Yerrocchio et Pollaiuolo, ces maîtres au dessin impeccable, les ouvriers des besognes limitées et précises, avides de perfection et déjà très savants en anatomie. Dans un voyage à Bologne il verra la Porte de San Petronio, et c'est en se souvenant de \ Adam de Jacopo délia Quercia qu'il créera une de ses plus belles figures, Y Adam de la Sixtine. Mais surtout il a aimé Donatello, il a été conquis par ses puissantes facultés

Cliché Aliuari.

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