‹ Michel Cervantes drame en cinq actes, en versChapitre 26 sur 90 · I.E MARQUIS · texte numérisé non relu

I.E MARQUIS

C’est un petit talent

Qu'en moi, sans gi-iud effort, je trouvoraiî wns doute; Mais je n'ai pas de temps à perdre eu celle joùte ;

Puis, on sait nu’un auteur a besoin de gagner;

Aussi j’ai préféré sur vous nie renseigner.

Au lieu de vous mander, je suis venu : peut-être,

En vous voyant chez moi, des soupçons prompts à naître... Bref, je suis assez clair, et vous avez saisi?

Parla itcment.

LE MARQUIS

Très-bien; mais il faut, songez-y.

Donner les plus grands soins, Monsieur, à nia commande, Et des plus fines Heur* tresser cette guirlande.

Quant au prix...

Permettez...

LE MARQUIS

J entends, en un tel cas, Procéder largement, et cinquante ducats...

La question de prix est très-indifférente.

LE MARQUIS

Pourtant, quand un auteur n’a ni terres ni rente,

U vit de son état.

CERVANTES, *e IhmI.

U en vit noblement.

A me* yeux. Monseigneur, l’or n’est pas un aimant Qui puisse ainsi, [tour peu qu'un chaland me requière,

De ma musc à l’encan faire une boutiquière.

LE MARQUIS, qui *e%\ inui lt«*.

Bah! bah! nous comprenons... soixante ducats... ceut... Voyons... à ce prix-là votre fierté consent?

Hein?... ceut ducats wuuauU?...

Dispensez-vous, de grâce.

Monseigneur...

LE MARQUIS

Ce refus, en vérité, me passe.

Comment! lorsqu’on vou* paie... — Il est, j en jurerais, Pins d’un auteur livrant, et même à moins de liais,

S’il vient un acquéreur, ou se* vers ou sa prose.

Comme il est des marchands filoutant sur Ia dose, Fraudant sur la mesure et volant sur le poids,

De> avocats touchant des deux mains à la fois.

Des procureurs forban*, des intendants corsaires Mais que me font, à mol, les plumes mercenaires,

A moi, de l'écrivain gardant la dignité?

Au fruit intuct et sain, que fait le fruit gâté?

Que chacun, — c'est assez, — pour soi-même réponde ! Quoi ! si Dieu me dota d’une veine féconde,

J’en irais, pour autrui, faire un obscur trafic!

Je me transformerais en écrivain publie,

Faisant à juste prix, tant par vers, tant par ligne,

Lettres ou compliments qu’on lui paie et qu’on signe !

Je ne livre pas plus, de la sorte, au passant,

L’enfant de mon esprit que l’enfant de mon sang. L'œuvre par moi vendue ainsi qu'une étrangère.

Crierait sous l’autre nom, en réclamant son père !

A moi seul mon enfant et l’oeuvre de mon art !

Ce rarrilicc enfin est le seul, de ma part.

Auquel l’amitié même aurait tort de préleudre.

O qu’on ue donne pas, peut-on jamais le vendre?

LE MARQUIS

Tous ces beaux sentiments auxquels, moi, j’applaudis.

Ils sont très-loin, Monsieur, de vous être interdits;

Mais aux vain* mouvement* d’un point d'honneur futile, Vous feriez mieux, je crois, de préférer l’utile.

Plut us, — et maintenant je n’en suis pas surpris, —

Ne vous a pas rangé parmi ses favoris.

De votre logement l’aspect me ferait craindre...

Quand je ne me plains pas, nul n’a droit de me plaindre. Gardez donc, Monseigneur, guidez votre pitié;

Point d'aumône à celui qui ii'h pas mendié.

Si, — pourquoi le cacher? — si je ne suis p&* riche, Si le sort, favorable à l’aigrefin qui triche.

Au fripon , de sa honte et de son Or pare,

D’un regard bienveillant ne m'a pa« honoré.

Plutôt que d’avoir part à leur ignominie.

Je te prends pour refuge, ô pauvreté bénie!

Les mets les plu* exquis sont bien loin de valoir,

Si l'opprobre s y mêle, un morceau de pain noir. Non, non, la pauvreté n’est ni honte ni faute :

Elle peut avec moi marcher la tête haute;

Car on m’a toujours vu suixre les droits chemina;

Ma conscience est pure et nettes sont me* mains !

LE MARQUIS

Eh! si l'on écoutait certain bruit qui circuit...

Achevez!...

LE MARQUIS

Tant s'en faut qu’il me trouve crédule.

; Je ne sais... à Séville... oui...

J’ai trop bien compris, Et je voudrais en vain m'en tenir au mépris.

Un reçu qu’a soustrait une fatale chance ;

D'un employé vénal payant la complaisance.

Un fripon qui sur moi veut faire ainsi planer Les soiqiçoii* flétrissants qu’il cherche à détourner; Voilà dans son vrai jour la question posée.

Eh Men! quand, Monseigneur, ce serait chose aisée D'étouffer cette affaire, et quand par devers moi J’en aurais les moyens, l’honneur me fait la loi De ne rien demander qu’à la seule justice ;

Il n'est pas d’intérêt que le droit n’agrandisse!

Enfin l’on m'entendra. Hautement je le dis,

Fiît-cc pour un réal , pour un maravédis.

Il me faut une enquête, il me la faut entière;

Le coupable tremblant redoute la lumière;

Mais pour qui voit à faux noircir sa probité,

U* soleil rayonnant u'apa* trop do clarté!

LF. M ARQUIS.

Agissez donc. Monsieur; de grand cœur je souhaita Qu’au gré de vos dé*irs cette enquête soit faite;

Mais je vous le répète , et c’est pour votre bien,

Avec tant de raideur l’on ne parvient à rien;

Le inonde rarement goûte ce ton farouche.

Serviteur 1

(l! Mil.)

IR

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