‹ Michel Cervantes drame en cinq actes, en versChapitre 31 sur 90 · I.A COMTESSE · texte numérisé non relu

I.A COMTESSE

Est-il un témoignage, enfin, pour le prouver?

JOSEFA

Oui.

LA COMTESSE

Lequel ?

JOSÉFA.

Croyez- vous. Madame, que nia mère Au sort de son enfant demeurât étrangère,

Qu’elle m’abandonnât de la sorte au hasard?

Est-ce possible ?

LA COMTESSE

Il faut peut-être avoir égard....

JOSÉFA.

Ah ! c’est vous-même ici que j’en veux faire arbitre. Madame, êtes-vous mère?

LA COMTESSE

Hélas! de ce doux litre

Je n'ai pas le bonheur de m’entendre nommer.

JOSÉFA.

Alors....

LA COMTESSE

Et rien n'a pu jamais vous informer Si celle qui vous fut dès le berceau ravie....

C’est un mystère étrange au fond de votre vie.

JOSEFA

Que cet épais rideau soit ou non un linceul ,

Lc secret de mou père appartient à lui seul.

Un jour, — c’est du plus loin, je crois, qu'il me souvienne, — Avec leur mère, — hélas! chacun avait la sienne-, —

Je vis d’autres enfants qui s'ébattaient joyeux ;

Mon esprit s'éveilla, pensif et curieux;

Et je dis, enviant cette heureuse volée :

« Ma mère , à moi, cher père... où donc est-elle allée? »

H ne répondit pas, son regard se baissa;

U me prit sur son cœur, longtemps U m'y pressa,

El m'embrassa deux fois , — ô tendresse puissante ! —

Une fois pour lui-mèinc , une fois pour l’absente.

LA COMTESSE, «i veinent aune.

Poursuivez.

JOSÉFA.

Quand mou père eut quitté les drapeaux Pour de nouveaux labeurs et non pour lo repos,

A de fidèles mains par qui j’étais gardée ,

Mission qu’à regret il leur avait cédée,

Il vint ine réclamer, et, depuis ce temps-la,

Auprès de lui ma vie assidûment coula.

Je sentis à la fois, par un tel maître instruite.

Mon âme avec mon corps grandir sous sa conduite;

J'appris à l’admirer aussi bien qu’à l'aimer,

Et sur lui de mon mieux tâchai de me former.

Bien qu'il trouve en ce mundc une si rude arène ,

Je vois sa fermeté toujours calme et sereine;

Sa tendresse, à mes yeux se cache pour souffrir.

Si, dans certains moments, il se laisse assombrir.

C'est que pour moi tout bus, ô bon père, il regrette Le charme d’un plaisir ou bien d'une toilette ;

(.'est que la perle et l’or lui plairaient siu' mon front. Quand de ce vain éclat d'autres s'embelliront .

J'ai ma parure aussi, qui jamais n'est ternie ,

Le pur rayonnement que verse son génie;

Dans cet état modeste oii le sort nous a mis .

C'est à moi que l'orgueil serait plutôt permis.

Pour tant de maux souffert-, oh! le ciel, en échange,

A ses côtés, Madame, aurait dû mettre un ange:

Je ne suis que sa fille... — Ab! cette tâche, au moins ,

Où je voue à mon père et mon zèle et mes soins,

Me semble la plus douce entre les lois divines ,

Heureuse, en son chemin, d oler quelques épines. D'adoucir un chagrin , d'alléger un ennui .

: Et de le voir sourire et de prier pour lui!

LA COMTESSE

1 Ah ! cet auge appelé, dont la voix dit : Espère !

Ce doux consolateur, c'est vous !

JOBÉFA.

Voici mon père.

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