‹ Michel Cervantes drame en cinq actes, en versChapitre 33 sur 90 · CERVANTES, LA COMTESSE · texte numérisé non relu

CERVANTES, LA COMTESSE

CREVANTES, A péri.

O Joséfa, faut-il

Que pour toi, mon enfant, je redoute un péril!

LA COMTESSE

C’c»t elle! c'est ma fille!...

Elle?... non, non. Madame!

LA COMTESSE

Ah ! j’en crois cet appel qui vihre dans mon âme :

Je suis sa mère !

En vous c« nom perd son pouvoir.

Le droit n'existe plus où faillit le devoir.

LA COMTESSE

Ce droit ne périt pas.

O jeu des destinées,

Qui nous met en présence apt es dix-sept années! Souvenir à la fois trop doux et trop amer!

A Lisbonne, autrefois dans ses quartiers d'hiver.

Un soldat fut aimé, — du moins il put le croire. — Dans un noble salon il racontait l'histoire Des hauts faits dan» lesquel» il eut son humble part. Souvent on s’étonna qu'il fut déjà si tard,

Le soir, quand des captifs il peignait la souffrance, Alger, le bagne sombre où s'éteint l’espérance...

LA COMTESSE

A quoi bon rappeler un fol enivrement 1

Ce soldat insensé qui croyait au serment,

A ces mots : ■ Je serai la femme , ta compagne! »

Un jour, quand, revenu d'une rude campagne.

Palpitant de bonheur, et de crainte agité,

11 courut vers le toit si souvent visité.

Plus rien que le silence et que la solitude!

Devinant à demi, dans son inquiétude,

11 s'informe : un vaisseau, sur l'Océan muet,

Avait de ce départ emporté le Ment;

Mais un petit enfant, délaissé par sa mère ,

Pleurait , gage innocent, aux mains d'une étrangère.

LA COMTESSE

Oh ' ce ne fut pas moi'... Ne voyant qu'un seul but, Une autre volonté...

Cette femme mourut

Bientôt après. I.Vnfant demeurait sans asile.

Le soldai, dont la tâche était bien difficile.

Prit sa fille en ses bras, l'emporta triomphant;

H trouva, pour veiller sur cette frêle enfant,

Une amie au cœur d'or, en sa sphère modeste ;

Et plus tanl , de :on mieux, lui-même il fit le Bref. Joséfa devint ce qr vous la voyez,

Un de ces anges purs par le ciel envoyés ,

Une fleur qui sourit, un rayon qui console.

Répondez-moi, Madame, ai-je tenu parole.

En jurant par ma foi de père et de chrétien.

Que d'un bien si sacré je serai» bon gardien?

' LA COMTESSE

Ce dévouement, Monsieur, croyez que je l’admire; Mais de la vérité reconnais*ez l'empire.

Quelques moments au moins je veux me reposer I)'un rôle où mon courage est près de s'épuiser.

A ce berceau chéri quand je fus arrachée,

Si vous m'aviez pu voir, sur ma fille penchée !

Je l'inondais de pleurs, je voulais l'emporter Avec moi! Je l'aimais... et je dus la quitter!

Ma mère... — de son but que Dieu lui tienne compte! Aux yeux du monde, hélas! voulut cacher ma honte. J'ai souffert, bien souffert pendant ces dix-sept ans.

O richesse ! ô grandeurs ! ô dehors éclatants,

Que vous couvrez parfois d’amertume cachée I Un hymen imposé me tenait attachée Dans ces pays lointains, où je n'eus bientôt plus Que Dieu pour confident de mes vœux superflus.

Oh! sur un tel penser quand l'âme se replie.

On peut bien s’étourdir, mais jamais on n'oublie,

El je m'étourdissais. A défaut de l’amour,

Ce germe pur, en moi desséché sans retour,

L’ardente ambition s'empara de mon être.

Les rêve» qu'à mes yeux je voyais apparaître Demandaient des chemins plus largement ouverts. Veuve et libre , aussitôt je repassai les mers.

Le marquis tout à point s'offrit sur mon passage ; Vais j'avais, de l’E>pagnc en touchant le rivage, Retrouvé du passé l'implacable remord.

De cille pauvre enfant pour découvrir le sort,

A ne rien négliger j’étais déterminée.

Par uu coup du hasard , sur ma route amenée,

Avec vous que d’abord, Monsieur, je reconnus.

Elle se rencontra : si longtemps contenus ,

Les sentiment» innés de l'amour maternelle,

A sa trace attachés, m’ont guidée auprès d’elle ;

Mais la voix de mon cœur avait beau me presser : Hélas ! en 1a voyant , je n’ai pu l'embrasser!

Faut-il donc vous en plaindre? et de cette entrevue. Pouviez-vous espérer, Madame, une autre issue?

Le passé pour jamais n'est-il pas aboli ?

Ce fol enivrement...

LA COMTESSE

Que doit couvrir l’oubli!

Alors, que voulez-vous?

LA COMTESSE

En secret voir ma fille.

i Votre place n'est pas dans mon humble famille.

la comtesse.

N'importe.

Malgré moi?...

LA COMTESSE

Malgré le monde entier!

(CLaagetnt J* toi.)

Non... Je m'aba Userai. Monsieur, jusqu'à prier.

J’ai trop bien mérité d'être par vous haie.

Je puis vous pardonner ma foi jadis trahie ;

Mais près de Joséfa mon regard a»idu

Veille, cl mon cher trésor serait bien défendu.

LA COMTESSE

Mon Dieu!..*

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