SCÈNE VII
JOSÉFA, CERVANTES.
JOSÉFA .
Ce moment de repos, mon père, m’a suffi,
Et j'irais maintenant jitsques au bout du monde. * CERVANTES.
C’est beaucoup !
JOSÉFA .
Avec vous ?
Pourtant!
Quelquefois je te gronde.
JOSÉFA.
Bien doucement. Et puis, pour quels motifs ? Lorsque je prends pour vous quelques soins trop actifs,
— Et qui s’en chargerait si ce n’est votre fille ? — Quand je veille un peu tard pour manier l’aiguille,
Ou du mieux que je puis pour aider vos travaux.
En vous mettant au net quelques feuillets nouveaux.
Oui, c'est toi, chère enfant, qui me sers de copiste.
Ce métier, cependant, est ennuyeux et triste.
JOSÉFA.
Triste?... ennuyeux? l)u tout!... Sous mes agiles doigts
— Avantage envié qu’à vous-même je dois, —
La plume sait courir, et cet apprentissage Peut-il être employé pour un meilleur usage?
11 me vaut un plaisir que plus d’un m’envierait.
Quand l’écrit frais éclos est encore un secret,
Par privilège, ainsi, de cette œuvre ébauchée.
Moi, je goûte avant tous la primeur recherchée.
C’est moi qui la première ai, s’il vous plaît, connu Notre bon chevalier, héros nouveau venu.
Et mon ami Sancho, sans compter Dulcinée,
Dont je m’enorgueillis d être la sœur aînée.
Voyez si ce n’est pas un bonheur peu commun,
Le vase encor fermé, de sentir le parfum?
Contre l’adversité tu t’armes de courage.
Mais de ton beau printemps tel est-il le partage?
Oh ! ce n’est pas pour moi, soldat cicatrisé,
Par la lutte endurci, par le soleil bronzé.
Que je crains les rigueurs de la fortune ingrate C’est pour toi, mon enfant, pour toi, fleur délicate ; . C’est pour ton jeune front, serein et pur miroir,
Que d’un destin plus doux je caressais l’espoir.
Bonheur que vainement je poursuis et j’appelle !
Ainsi que mon héros à la pauvre cervelle,
L’esprit préoccupé d’un rêve décevant.
Je m’en vais me heurter contre un moulin à vent.