SCÈNE XV
JOSÉFA, CERVANTES, MIRALÈS.
JOSÉFA, «ans Toir d'aliord Miralès, à son père.
Vous êtes seul?..,
CERVANTES, l’entourant de ses bras, arec une tendresse conrulsire.
Viens! viens! A cette amour profonde , Sur laquelle ici-bas tout mon bonheur se fonde.
Tu crois bien , n’est-ce pas?...
JOSÉFA, étonnée et presque effrayée.
Si j’y crois?... comme à Dieu !
MIRALÈS.
Puis-je me réjouir? Parlez... selon mon vœu,
Ce seigneur apportait un propice message.
N'est-ce pas ?
Renoncez à cet heureux présage.
Les bureaux, cette lois, m'ont tout net repoussé.
Un mot d’ordre nouveau, qui m’avait devancé!
îéais ce n’est plus ni d’eux, ni du ministre môme,
C’est du roi, seul recours, du roi, juge suprême,
One ce droit qu'on repousse attend tout désormais.
J’irai sur son passage, aux portes du palais,
Ma supplique à la main, demandant qu’il m’entende.
Des huissiers, des valets, j'afTronterai la bande.
Le mal qui se commet, c’est à l’insu du roi 1 Oui, dans son équité , dans sa bonté j’ai foi. •
Arrivant jusqu’à lui, qu’une voix l’avertisse,
11 n’en faudra pas plus ; non , non , car la justice,
Quand le royal pouvoir naquit sur notre sol,
Fut sa première dette envers tout Espagnol!
MIRALÈS.
Oui , certes !
CERVANTES, à Joséla.
Mais faut-il que seule je te laisse ?
Sans qu’un nouveau péril à mes yeux apparaisse , Comment un seul instant, pourrais-je te quitter?
JOSÉFA.
Eh ! pour moi donc ici qu’est-il à redouter?
Cette appréhension jamais ne vous arrête.
* s MICHEL CERVANTES.
Tu m’accompagneras.
JOSÉBA.
Oh ! j’y suis toute prête.
Si pour vous le chemin refuse de s’ouvrir,
I ai mon cœur pour prier, mes pleurs pour attendrir;
Et dût-on à mon tour me rebuter, qu’importe! ,
Eu luttant pour son père, une fille est bien forte.
Joséfa ! noble enfant!
M1RALÉS*.
Seigneur, en mon cerveau,
Pour vous aider aussi, germe un moyen nouveau.
J ai lit mes compagnons. En tribune éloquente Transformant tous les lieux que la foule fréquente, tin Dun Quichotte en main, nous nous y répandons.
Ce livre, où du génie éclatent tous les dons ,
En plaisant aux esprits que la science éclaire.
Ne sait pas moins toucher la fibre populaire.
Des endroits les plus beaux quand , chaleureux lecteurs , Nous aurons entraîné , ravi nos auditeurs :
« O peuple ingénieux, illustres Madrilènes, » Dirons-nous, «citoyens de la nouvelle Athènes,
« Pour les œuvres de l’art, vous, connaisseurs si fins,
« Celui qui vous donna ces passe-temps divins,
« A mille iniquités sachez qu’il est en butte!
« Au lieu du simple droit qu’un commis lui dispute ,
« Les honneurs les plus grands ne lui sont-ils pas dus? » Croyez que ces discours ne seront pas perdus.
Lancée à tout hasard dans le sillon immense,
Soudain fructifiera la féconde semence,
Et mille cris divers , en se réunissant,
Deviendront du public le cri vaste et puissant.
JOSÉFA.
Le merveilleux projet !
Votre imaginative,
Avec son bon vouloir, court beaucoup trop active.
C’est agir, mon ami, comme un vrai casse-cou.
* Joséfa, Mira lès, Cervantes.