SCÈNE VU
DON RAMON, LE MARQUIS, LE ROI, CERVANTES, JOSÉFA, DON ALONZE, seigneurs, etc.
CERVANTES, se jetant aux pieds du roi.
O mon maître!... ô mon roi!... j’embrasse vos genoux!
JOSÉFA, de même.
Justice pour mon père!... ô sire!... écoutez-noüs !
L’astre heureux du salut à nos yeux enfin brille !
LE ROI
Relevez-vous tous deux... et le père et la fille j C’est Dieu seul qu’à genoux il convient d’adorer.
CERVANTES, se relevant, ainsi que Joséfa.
Le bienfait que de vous, sire, j’ose implorer.
C’est que le jour, sur moi, sans nulle ombre se fasse ;
C’est que mes ennemis, me regardant en face.
Eux qui m’ont attaqué dans le premier des biens,
De me justifier me rendent les moyens.
Devant un souverain qu’un grand esprit anime,
Quel que soit l’opprimé, l’oppression est crime.
Mon sang sous les drapeaux, ne coula pas en vain,
— Car je fus soldat, sire, avant d’ôtre écrivain; —
Je ne regrette pas misères ni blessures,
fit
Ni la captivité, ni ses longues tortures.
Si je vois exaucer mon légitime vœu.
Par un seul de ces mots qui vous coûtent si peu!
I.E ROI , se levant, et prenant le mémoire que Cervantes lui présente.
11 suffit : nous verrons ce que vaut votre plainte;
J'entends bien qu’aucun droit ne reçoive d’atteinte. Laissez-moi ce mémoire, et soyez assuré Que de mes propres yeux je l’examinerai.
A ce puissant recours, sire, je m’abandonne.
CE ROI, aux courtisans.
Pour être bien instruit, cette méthode est bonne,
N’est-il pas vrai, Messieurs?
LE MARQUIS, avec contrainte.
Si le roi l’a pensé...
LE ROI, à Cervantes.
Vous avez, au surplus, un ami prononcé,
Ce jeune étudiant qui, plein d’un si beau zèle,
Montre, en parlant, le feu que son regard décèle.
Pour servir votre cause, ici comme au dehors,
Quels accents chaleureux ! quels entraînants efforts!
11 faut, bon gré, mal gré, qu’on soit son prosélyte!
CERVANTES, à sa fille.
Ah! j’avais d’un coup d’œil jugé ce cœur d’élite.
JOSÉFA, à part.
Moi de même.
A présent, heureux d’une faveur Que nous implorions, sire, avec tant de ferveur,
De n’en pas abuser le devoir nous ordonne.
(A Joséfa.)
Viens, ma fille.
LE ROI
Attendez : cette aimable personne Entre peut-être ici pour la première fois?
JOSÉFA.
C’est un pays tout neuf, en effet, que je vois.
LE ROI
A le connaître mieux vous vous plairez, sans doute.