‹ Michel Colombe et la sculpture francʹaise de son tempsChapitre 174 sur 305 · Cf. plus haut, p. 249-250, fig · texte numérisé non relu

Cf. plus haut, p. 249-250, fig

4. Cf. Plailly, Le prieuré de Saint-Come, Méin. Soc. archéol. Tour., 1843, p. 23, et Bull. Soc. archéol. Tour., VI, p. 436,

duelles, y sont gracieuses et douces ; elles sont pour ainsi dire à mi-cliemin entre les figures d'Orléans et celles de Solesmes. Le détail des costumes et des accessoires est encore précis et réaliste : suivant la tradition iconographique, ces deux patrons des médecins, des chirurgiens -barbiers et des sages-femmes tiennent Tun le pot aux onguents, l'autre la fiole aux urines ^ Ils sont vêtus Tun et l'autre comme les bourgeois du temps : le saint Côme, coiffé d'une toque en drap, porte une longue robe à plis droits et tombants, que la virtuosité d'un Bourguignon n'eût pas manqué de compliquer et de mouvementer ; mais nous sommes ici dans le pays où s'étaient produites ces œuvres aux draperies si simples, aux attitudes si modérées, les bas-reliefs du tombeau des Boucicaut, ou ceux de la Celle-Bruère. Rappelonsnous de plus que dans certaines figures de Solesmes ou de Jarzé, nous avons vu également les robes ou les manteaux tomber ainsi en grands plis droits et réguliers. Quant au saint Damien, il est coiffé d'un bonnet à mortier et son manteau est ramené de la droite vers la gauclie , en faisant un certain nombre de grands plis souples et laineux, suivant une formule qui va devenir courante dans l'école.

Tours. Musée archéologique. — Saint Côme. des plus anciennes fîgures OÙ

( Pi erre, j .

nous voyons cette formule se préciser, est une sainte Catherine en pierre de l'église de Ballan '^^. Encore assez lourde de proportions, elle porte un surcot à la mode du xv'^ siècle avec une bordure

1. Cnhier, Caraclérisliques des Saints, p. 137. — Une gravure allemande reproduite par le P. Cahier leur attribue des accessoires de forme identique à celle que nous trouvons ici, et la miniature du Livre d'heures d'Anne de Bretagne où ils sont représentés, leur donne non seulement les mêmes accessoires, mais des costumes identiques à ceux-ci.

2. C'est cette église qu'enrichira plus tard Jacques de Beaune, mais celte slatuc-ci est certainement antérieure à la fortune du financier. Cf. plus loin, chap. XI.

L ART DE SOLESMES

de lettres au col; les plis de son manteau ramené devanl elle sont un peu secs et rigides, et son visage commence seulement à se parer de cette grâce souriante, très douce et un peu immobile particulière aux figures de Fécole tourangelle.

A C/ére, au nord de la Loire, une autre sainte Catherine nous montre comme un certain progrès réalisé : le costume y est toujours réaliste , l'attitude extrêmement simple et calme, mais les draperies sont im peu plus souples et plus laineuses. La tête couronnée, avec les cheveux pendants, est plus ronde, et l'expression plus placide; les traits sont moins aigus. Cette sainte Catherine est accompagnée d'une Vierge qui est certainement de la même époque et de la même main ; celle-ci porte le manteau à gros plis nettement ramené de droite à gauche selon la formule. Suivant une habitude courante également, on voit apparaître au bas de la robe le pied chaussé d'une épaisse pantoufle ronde. Quant à l'enfant, il est à demi nu et porté sur le bras droit ; et bien que cela ne soit pas, nous l'avons vu, un signe absolu pour classer une œuvre, il est intéressant de noter que l'enfant de la Vierge d'Olivet, à demi nu lui aussi, présentera identiquement la même disposition. Il peut paraître singulier de parler de la Vierge d'Olivet à propos de cette grossière et épaisse Vierge de Cléré ; il faut reconnaître cependant que celle-ci est comme une première ébauche du chef-d'œuvre de l'école de la Loire.

On pourrait en dire presque autant d'une Vierge moins importante encore qui figure dans la collégiale de Mon(résoi\ et de bien d'autres statues et statuettes de Vierges ou de saintes que nous avons rencontrées disséminées dans la région de la Loire, et qui nous présentent, à un degré moindre, quelques-unes des mêmes qualités : ce sont là sans doute les productions courantes plus vulgaires ou moins soignées des imagiers secondaires de l'Ecole ^

Clôré.

Clirlir Bousrez.

Sainte Catherine. { Pierre.)

1. Ce sont, par exemple, à Sainte-Catherine-de-Fierbois, une statuette de sainte Catherine en pierre peinte très médiocre, placée au-dessus d'ua autel signalé par le D'' Giraudet dans ses Artistes

Mais il faut en mettre à part quelques-unes, qui, bien que n'ayant peut-être pas une origine beaucoup plus illustre, nous paraissent cependant plus importantes et plus démonstratives. Nous y retrouvons, si nous les comparons aux productions de la sculpture du xv'' siècle, surtout de l'école bourguignonne, une finesse plus grande d'exécution, un caractère nouveau d'élégance et de distinction, avec un affînement caractéristique des types et un allégement sensible de la draperie, c'est-à-dire exactement ce que nous avons déjà relevé dans le saint Michel de Ferrières, comme dans les sculptures du Bourbonnais, dans celles de Champagne ou de Normandie.

Tel est le saint Jean-Baptiste de l'église à' Autrèche ^ qui provient de l'abbaye de Fontaines-les-Blanches ' : le Précurseur porte encore ici la traditionnelle tunique en poil de chameau que nous lui avons vue dans certaines œuvres bourguignonnes d'origine' ou d'inspiration, les saints Jean d'Autun, de Limeray ou de Cangey^. Il porte également un manteau bordé d'une tresse qui ne pose que sur sur son épaule gauche et dont un pan est ramené par-dessus le bras droit, formant devant le corps une sorte de tablier, retenu par le bras gauche. C'est la formule habituelle que nous avons vue appliquée dans le saint Michel de Ferrières et dans quelques-unes des figures féminines précédentes. Les plis de ce manteau, très souples encore, sont beaucoup moins amples et moins lourds que dans les draperies bourguignonnes. De même la tête, dont tous les détails, boucles des cheveux et de la barbe, rides du front et des yeux, etc., sont indiqués avec un soin extrême, est d'une simplicité et

louraïujeaux, p. lxxviii ; à la Ville-aux-Dames, près Tours, une Vierge en bois qui figure sur un culot au milieu d'un tympan ajouré; à Saint-Marlin-le-Bcaii, une Vierge en pierre placée sur une façade de maison neuve ; dans les fossés du château du Lucie, une Vierge mutilée portant l'enfant habillé sur le bras gauche, dont le manteau ramené par-devant laisse apercevoir un corsage finement modelé; dans la chapelle du château de Chaiimont, une petite sainte de provenance incertaine ; dans l'église de Lassay, une Vierge qui se trouve près du tombeau de Philippe du Moulin; d'autres encore dans la région de Vendôme, h Saint-Claude-Froidinentel, et dans la crypte de l'église de Châleaii-du-Loir, où se voit une petite Vierge en pierre peinte tenant son enfant nu sur le bras droit ; son manteau est disposé suivant la formule courante ; la tête est ronde et couronnée, avec les cheveux pendants ; elle s'incline doucement vers l'enfant et lui sourit, etc.

1. Celte abbaye était située autrefois sur le territoire de la paroisse d'Autrèche. Elle avait été fondée au xii*^ siècle et suivait la règle de Cîteaux (Chalmel, Hist. de Touraine, 111, 506-508) ; il en reste quelques vestiges dans un vallon boisé entre Amboise et Château-Renault; mais ce sont surtout des fragments d'édifices des xii" et xin" siècles. L'abbaye dut pourtant, si nous en jugeons par les sculptures qui en proviennent, avoir un moment d'assez grande prospérité au xV. Les stalles de Noizay, Pocé, etc., en proviennent également. Cf. plus haut, chap. Vlll, p. 252-253.

Le saint Jean-Baptiste a été publié par M. A. Gabeau, Les œuvres d\irt de Vahb. de Fontainesles-Blnnches, Uéun. des Soc. des B.-A. des dép., 1899.

M. Gabeau l'attriljue sans commentaire à la fin du xv" ou au début du xvi" siècle. On ne sait du reste absolument rien sur l'histoire de cette statue.

2. Les deux bras sont mutilés, mais il devait tenir l'agneau sur son bras gauche et le désigner de la main droite.

l'art dk solesmes

d'une dignité d'expression très particulière. Il n'y a plus rien là de la vulgarité chère aux Bourguignons, de ces traits épais et populaires que nous observions dans les saints Jean de Limeray et de Cangey •. Les yeux à peine ouverts, le nez droit, la bouche fine sont d'une élégance suprême qui s'accorde avec la discrétion et la modération de l'attitude. Passant par-dessus le naturalisme brutal du xv'^ siècle , il semble qu'il faudrait remonter jusqu'au saint Jean gothique de Mussy, avec son sourire si expressif et sa sérénité profonde, pour trouver l'équivalent de cette figure.

Il existe aussi dans cette même église d'Aulrèche, une Notre-Dame de Pitié qui provient également de l'abbaye de Fontaines-les-Blanches -, et qui, avec le saint Jean dont nous venons de parler, est une des œuvres les plus caractéristiques de cette époque qui nous aient été conservées en Touraine.

Elle est assise, avec le corps du Christ mort sur ses genoux, les mains jointes, le visage

calme et les yeux baissés. Autrèche. - Saint Jean-Baplislc provenant de

. . Fontaines-lcs-151anclics. (Pierre.)

C est le type des Pitiés gothiques dont nous avons déjà rencontré dans cette région quelques spécimens de date plus ancienne, ou au moins de caractère plus archaïque

Le Christ tout rigide ne nous apprendrait pas ici grand'chose de nouveau ;

1. D'autres saints Jean-Baptiste plus rustiques gardent, avec quelques-uns des caractères nouveaux que nous relevons dans celui d'Aulrèche, certaines lourdeurs du type ancien : ainsi, celui de l'église de Soiivùjné, plusieurs au Musée Saint-Jean à Angers, etc.

2. M. Gabeau qui a publié le saint Jean dont nous venons de parler le rapproche de deux autres statues conservées aussi au presbytère d'Autrèche, un saint évêque et une sainte ; mais celles-ci nous paraissent assez postérieures, et sont beaucoup plus molles et moins significatives. (A. Gabeau, art. cit.)

3. Deux petits personnages accessoires, une Madeleine de proportions très réduites, et un saint Jean insignifiant ont dû être ajoutés au groupe après coup. L'œuvre est malheureusement repeinte et porte quelques traces de restauration, particulièremeat la main droite du Christ.

c'est le type traditionnel qui se continue presque sans modifications. Les plis de la robe de la Vierge ne sont pas non plus très significatifs ; mais son buste et sa tête couverte par le manteau, avec le visage entouré d'une guimpe forment un morceau exquis, où se fait sentir à merveille le mouvement qui s'est produit dans fart français autour de 1480-1490.

Le torse, assez robuste encore, est moulé dans un corsage très simple, comme celui de certaines femmes de Solesmes ; les mains sont délicatement modelées, le visage, sans grande beauté de traits, possède un charme réel et profond. Enserré dans sa guimpe, avec son front légèrement bombé, son ovale peu allongé, ses sourcils très hauts, son nez moyen et arrondi, il nous rappelle absolument et le type des figures d'Orléans et celui de plusieurs figures de Solesmes. Cette Vierge douloureuse enfin, présente dans son ensemble cette même expression de tristesse pénétrante mais retenue, cette espèce de sérénité dans la résignation, ce même calme et cette même noblesse très simple que nous avons notés déjà chez certains personnages du Sépulcre de 1496, et voici véritablement une œuvre dont on peut dire qu'elle est non pas certes de la même main, mais de la même école que les sculptures de la célèbre abbaye. Nous n'en Hvons pas encore trouvé, à jsart le saint Cyr de Jarzé, qui s'en rapprochât autant comme esprit et comme style.

Or, cette œuvre-ci n'est pas isolée en Touraine, et nous pouvons, malgré les destructions regrettables qui ont affligé ce pays, retrouver quelques morceaux analogues et presque aussi caractérisés.

Le type de cette Vierge est très proche d'abord de celui que nous rencontrons dans le triptyque de l'église Saint-Antoine de Loches, daté de 1485 ^ ? dans le compartiment de droite, en particulier, nous apercevons la Vierge, assise derrière le groupe des disciples qui vont ensevelir le corps du Christ. Son attitude modérée et discrète, sa tête penchée et ses mains jointes, la façon dont elle est drapée, dont sa guimpe est disposée autour de son visage et dont un pan de son manteau lui recouvre la tête, le type surtout de sa physionomie et le caractère de tristesse grave et douce que le peintre a su lui donner permettent de la placer tout à fait à côté de la Pitié d'Aiitrèche.

Il existe une autre Pitié du même genre, en pierre, mais dans un état de dégradation lamentable, au Musée de la Société archéologique de Tours ~. Le Christ, complètement mutilé, devait y être rigide comme à Autrèche, les mains de la Vierge étaient jointes; elles ont disparu également. Mais son visage entouré d'une guimpe, et le modelé du torse dont on peut encore juger sont d'une délicatesse remarquable ; les yeux en amande avaient aussi ce même

1. Cf. Palustre, Album Exp. râlrosp., Tours, 1S9I , pl. IV, et plus haut, chap. II, p. 41.

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