LE TELLIER AU COMTE DE GHAYIGNY
J'ai assisté aux conférences que M. d'Aiguebonne a eues avec les agens de MM. les princes de Savoie touchant leur accommodement. Tout est réduit à l'égard du roi à deux points : l'un concerne la restitution des places que Sa Majesté tient en Piémont, à mesure qu'elle en recouvrera sur les Espagnols par la force des armes, et l'autre le temps qu'ils demandent pour se déclarer pour le service du roi contre ses ennemis, depuis la délivrance des lettres et ratifications du traité. M. de Monti conteste ces deux points-là assez froidement, car il dumeure d'accord que M. le prince Thomas ne peut point désirer du temps pour le déclarer, après ce qui s'est passé l'année dernière, et dit que l'article de la restitution des places n'est désiré par MM. les princes que pour un prétexte d'abandonner les Espagnols, et que celle qui se fera de la ville de
Coni entre les mains de Madame, leur en sera un fort honorable devant le monde, si bien qu'à mon sens, la seule difficulté qui est en cette affaire est de savoir s'ils ont résolu de changer de parti, ou s'ils ont envoyé ici leurs agens pour donner de la jalousie aux Espagnols et tirer d'eus, des conditions plus avantageuses, ce que je crois plus qu'autrement, voyant qu'ils font des propositions à Madame toutes différentes de celles de Tannée dernière. M. le prince Cardinal veut comprendre dans le gouvernement de Nice les forts et les péages, et qu'on ne puisse changer le gouverneur du château de Nice sans son consentement. Et M. le Prince Thomas demande la vallée d'Aoste dont il n'avoit point fait parler jusqu'ici, comme vous verrez par les mémoires que vous en envoie M. d'Aiguebonne, auxquels je n'ai rien à ajouter, que les assurances de l'entière passion que j'ai de vous témoigner que je suis, etc....
LETTRE DU ROI A LE TELLIER
M. Le Tellier, m'ayant été représenté de la part de ma sœur la duchesse de Savoie, que le pays de Piémont ne peut plus fournir le pain de munition aux troupes d'infanterie qui sont en garnison dans les places de Piémont et en quartier à la campagne, et désirant soulager ledit pays autant qu'il se pourra, je vous fais cette lettre pour vous dire que mon intention est qu'au !•"" du mois de février prochain, vous fassiez faire la dépense du pain de munition desdites troupes, des fonds qui vous ont été et seront envoyés en Piémont pour la subsistance d'iceiles, tout ainsi qu'il se faisoit avant les ordres qui avoient été donnés
pour le faire fournir par le peuple de Piémont. La présente n'étant pour autre fin, je prie Dieu, etc.... Ecrit à Saint-Germain-en-Laye, le 23 janvier 1642.