XL MORT DE RICUELIEU
Comment est accueillie dans cette armée la mort de ce grand ministre qui n'a pas hésité, pour mettre le roi hors de pair, à verser le sang de plusieurs ambitieux prétendant gouverner à la place de leur maître? Une semblable vie ne
(1) Le Tellier au chancelier Séguier, 12 janvier 1()42, p. 163. (î) De Chavigny à Le Tellier, 29 juin 1642, p. 197.
ex INTRODUCTION.
peut être appréciée à sa juste valeur au moment où elle finit. Un homme reconnaissant pleurera cette mort, d'autres y applaudiront, le plus grand nombre se préoccupera surtout du lendemain. Le cœur humain est ainsi fait, il ne faut pas lui en demander davantage. L'histoire est plus équitable, parce qu'elle voit plus loin et de plus haut. Elle rend justice aux sévérités du ministre qui a travaillé à l'indépendance de la royauté et à la grandeur de la France; il a bien mérité de l'une et de l'autre. Il a complété son œuvre, en désignant au roi son successeur qui a ses traditions et qui continuera sa politique tout en employant des moyens plus doux.
Leroy, parent de Le Tellier, lui écrit : « Nous » avons été et serons longtemps dans une ex- » tréme affliction , qui se peut dire consterna- » tion , pendant quelques jours , de la perte de » M^' le cardinal-duc. Mais à présent , toutes » choses subsistent comme elles étoient avant » son décès. 315' \q cardinal Mazarin est avec » ceux du conseil étroit et le premier par sa » dignité (*). » Des Noyers se plaignant de retards dans la correspondance de Le Tellier, dont celui-ci n'était nullement cause , lui dit :
(i) Leroy à Le Tellier, 12 décembre 1642, p. 240.