CXXXVI INTRODUCTION
linge à pansement, transports, toutes choses qu'il était d'usage alors d'improviser et qui exigeaient qu'on eût l'argent à la main pour y faire face le moins mal possible; c'est ce que Le Tellier explique en toute occasion. Il écrit dans ce sens à Des Noyers : « Les trésoriers de Tex- » traordinaire de la guerre n'ont aucun fonds » que celui que vous avez envoyé pour l'entre- » tien de la garnison de Turin, sur le ménage » duquel nous prenons ce qu'il faut pour Thô- » pital (*). » Des Noyers répond ; « J'aurai » soin en faisant l'état de l'armée d'y faire em- » ployer un fonds raisonnable pour l'entretien » de vos hôpitaux. Mais vous devez prendre » garde que si le soldat est malade dans l'hô- » pital, son prêt ne lui sera pas payé dans » l'armée, et qu'ainsi, étant mis en deniers » revenant bon, je fais fonds pour l'hô- » pital (^). »
Dans deux circonstances seulement, et toujours pour justifier une demande de fonds, nous avons un effectif des militaires à l'hôpital. Le 9 juin 1641, Le Tellier écrit à Des Noyers : •r J'ai encore emprunté pour les garnisons, pour » l'hôpital qui coûte plus de vingt mille livres;
(1) Le Tellier à Des Noyers, 9 fémer 1641, p. 44.
(2) Des Noyers à Le Tellier, 12 mars 1641, p. 51.
INTRODUCTION. CXMVII
» depuis Ivrée, il y a plus de quatre cens » blessés, ce qui ne s'étoit point vu en ce » pays (*). » Turenne et de Castellan avaient hasardé ce siège sans artillerie; ils ont été obligés d'y renoncer; mais leurs blessés prouvent la vivacité de leurs attaques.
Le Tellier écrit à Mazarin : « J'enverrai au » premier jour Tétat de la dépense de cette » armée... Les travaux de Cressenlino ont coûté j» douze mille livres, ceux de l'artillerie vingt » mille livres , l'hôpital dans lequel il y a pré- » sentement six cens malades, plus de vingt » mille livres (^).
Un certain nombre de militaires français étaient dans les hôpitaux de l'Etat de Gênes : comment sont-ils arrivés-là? sont-ils entrés sur le territoire de la République pour éviter d'être prisonniers des Espagnols? ou les Génois les tiennent-ils prisonniers sous une forme déguisée? Nous ne pouvons pas répondre à ces questions; mais, ce qu'il y a de certain, c'est que notre séjour en Italie portait ombrage à cet Etat, surtout depuis la prise de Tortone. Le Tellier rend compte à Des Noyers, dans une lettre du 18 mars 1643, des mauvaises dispositions
(1) Le Tellier à Des Noyers, 9 juin i641, p. 74.
(2) Lei Tellier à Mazarin, 5 septembre 1643, p. 2i5.
GXXXVm INTRODUCTION.
de la République à notre égard; elle venait môme d'expulser un Italien, dom Diego Sottomaior, qui y faisait des approvisionnements pour Tarmée française (*). Quoi qu'il en soit, voici le passage d'une lettre du roi à Le Tellier, à ce sujet : « Je désire que vous établissiez corres- » pondance avec le sieur d'Amontot, résidant » pour mon service à Gênes, et que, dès à pré- » sent, vous lui écriviez, afin qu'il fasse instance » pour retirer des hôpitaux de l'Etat de Gênes » les soldats qui ont été contraints d'y chercher » refuge (*). »
Dans notre article suivant, intitulé Sièges, nous verrons toujours figurer les besoins de l'hôpital dans l'énuméralion des dépenses diverses qui exigent de l'argent comptant.
Habillement. — « Ce n'étoient point d'abord ^ les colonels ni les capitaines qui habillèrent les soldats, lorsqu'il se faisoit un grand armement; le roi obligeoit les villes de son royaume de fournir chacune certain nombre d'habits de soldats, qui consistoient alors en un jus te-au- corps de drap de Vire ou de Château-Renard, en bas- déchausses et en souliers.
» Parmi les titres de l'Hôtel de Ville de Paris
(1) Le Tellier à Des Noyers, 18 mars 1643, p. 307. (9) Lettre du roi à Le Tellier, 39 janvier 1643, p. 37S.
INTRODUCTION. GXXXIX
se Irouveut plusieurs lettres du roi, écrites pour demander de semblables fournitures, et notamment en 1653, le roi demande à cette ville trois mille paires d'habits, et il en fut fourni quinze cens paires à neuf livres quinze sols par juste au-corps, et quinze cens paires de bas-dechausses aussi de drap, à deux livres douze sols ; de façon que T habillement complet de soldat, à l'exception des souliers, revenoit à douze livres sept sols. Quand la taxe des villes ne suflisoit pas pour riiabiltement entier des troupes d'un armement, le roi fournissoit le reste (*). *
Le roi informe Le Tellier qu'il a chargé Talon de pourvoir à diverses dépenses, et entre autres de faire quelques casaques pour servir pendant l'hiver aux sentinelles en chaque place ('). »
Le Tellier ayant prescrit une répartition plus régulière des contributions en nature pendant le quartier d'hiver, voulut que les excédants proiitassent aux garnisons qui étaient moins bien partagées. Il put de la sorte faire les frais de mille cinquante paires d'habits ('J. A quelque temps de là. Le Tellier écrit à Des Noyers, qu'il est chargé par Mazarin de lui faire la demande
(1) Diet. milit., de Lachesnaie-Desbois, au mot uniforme. (3) Lettre du roi à Le Tellier, H novembre 1640, p. 14. (3) Le Tellier à Des Noyers, Il janvier 1641, p. 33.