PRÉFACE
Lorsque nous avons demandé à la Bibliothèque nationale communication des manuscrits de Michel Le Tellier, intendant d'armée en Italie, nous pensions continuer une étude que nous avions entreprise, il y a une quinzaine d'années, sur les anciennes ordonnances traitant de l'administration militaire, et nous voulions, en poursuivant l'histoire de sa constitution , chercher si elle serait susceptible de quelque réforme (*).
(f) Les trois manuscrits que nous avons mis à contribution dans ce travail sont, fonds français :
N* 4196 qui contient seulement les lettres de Le Tellier, depuis son anivée à Turin, novembre id40, jusqu*à la un de décembre
N* 5159 qui donne la suite des lettres de Le Tellier, depuis janvier 1642, jusqu*au 19 avril 1643, date à laquelle il va occuper son poste de secrétaire d^Ëtat.
N* 5158 qui contient la commission d*in tendant d'armée en Italie de Le Tellier, septembre 1640, la correspondance des divers personnages qui ont écrit k Le Tellier, de novembre 1640 à avril 1643, et la lettre du roi qui le nomme secrétaire de ses commandements , avril 1643.
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Avec les manuscrits de Le Tellier, nous avons trouvé ce que nous n'osions pas espérer et beaucoup mieux que ce que nous cherchions. Ce ne sont plus de sèches ordonnances d'une interprétation difficile et contestable, c'est, d'une part, la correspondance d'un intendant d'armée en fonctions, écrivant directement aux divers secrétaires d'État, ayant l'armée dans leurs attributions à différents titres , et , de plus , ce sont les lettres qu'il reçoit de chacun de ces personnages. Une correspondance administrative est ordinairement remplie de détails qui n'ont que l'intérêt du moment ; ici les questions que traite Le TelHer sont toutes de ressort contentieux et de haute administration, et, pour nous aujourd'hui, c'est une page d'histoire nous mettant sous les yeux l'organisation des armées du XYIP siècle. Le droit que Le Tellier avait étudié, son application au travail, la droiture et l'habileté avec lesquelles il mania les affaires diverses qui lui furent confiées comme magistrat civil, le mirent en état, du jour au lendemain, en quelque sorte, de s'acquitter avec succès de ses fonctions d'intendant d'armée.
L'administration militaire au XYIP siècle ne ressemble guère à celle de nos jours; toutefois, quand on veut, sans s'arrêter aux détails, re-
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monter aux causes qui ont concouru à rétablissement des principes sur lesquels Tune et l'autre reposent , on leur trouve une commune origine , et , pour notre part , ce n'est pas sans un vif intérêt que nous avons lu dans cette correspondance l'exposition et le développement de la doctrine administrative qui a été en honneur au commencement de notre siècle. C'est là pour nous la source d'un double élément d'information : la succession des faits qui se déroulent sous nos yeux et la physionomie vivante des personnages qui prennent part à l'œuvre commune. Aujourd'hui en les voyant agir, nous pouvons, sans parti pris, nous prononcer sur le mérite des uns et des autres ; signaler celui qui a su le mieux se débarrasser des liens de la routine, qui a été le plus clairvoyant et le plus habile, et dont les justes réformes sont parvenues jusqu'à nous, en se perfectionnant.
Le style de ces lettres n'est pas ce qu'on appelle de nos jours le style administratif, c'est le langage de l'époque avec l'expression propre à chacun des correspondants. Autre remarque à faire : de notre temps chaque lettre a pour objet une seule question spéciale ; autant de questions diverses, autant de lettres. Il n'en était pas de même autrefois, la même lettre comprend toutes